Bruxelles, 24/04/2014 (Agence Europe) - Pour le premier anniversaire de la tragédie du Rana Plaza au Bangladesh, jeudi 24 avril, la Commission fait part de « progrès significatifs » dans l'amélioration des niveaux de sécurité et de santé dans l'industrie du prêt-à-porter au Bangladesh, de même que dans la promotion d'une conduite responsable des entreprises occidentales qui y sous-traitent leur production. Mais elle dit aussi attendre « davantage ». Une première évaluation des avancées permises par le pacte de durabilité passé en 2013 entre l'UE, les États-Unis, l'OIT, le Bangladesh et l'industrie sera rendue en juillet prochain.
Un an après l'effondrement du complexe industriel du Rana Plaza à Savar, dans la banlieue de la capitale bangladaise, Dhaka, qui a coûté la vie à 1 138 personnes et blessé 2 000 autres, le 24 avril 2013, l'UE a réagi timidement jeudi, alors qu'ONG et syndicats ont dénoncé l'attitude des marques de prêt-à-porter occidentales et la lenteur, voire l'absence, d'indemnisations pour les victimes.
« La tragédie a révélé de graves lacunes dans la sécurité et les droits au travail des travailleurs bangladais dans l'industrie du prêt-à-porter orientée vers l'exportation. Elle devait être un tournant pour les questions de sécurité et de travail au Bangladesh » et elle a donné naissance au 'pacte de durabilité', a rappelé John Clancy, porte-parole du commissaire au Commerce, Karel De Gucht.
Lancée le 8 juillet 2013 par l'UE, l'Organisation internationale du Travail (OIT) et les autorités bangladaises, et rejointe par les États-Unis à un stade ultérieur, cette initiative multipartite vise à améliorer les conditions de travail et de sécurité pour les travailleurs dans le secteur du prêt-à-porter au Bangladesh et à promouvoir la responsabilité sociale des entreprises européennes et américaines impliquées dans la chaîne d'approvisionnement dans le pays.
« Le pacte de durabilité décrit des engagements concrets. Les actions qui en découlent conduisent à l'amélioration des niveaux de sécurité et de santé au travail et promeuvent la conduite responsable des entreprises et un plus grand respect des droits du travail, en mettant l'accent sur la liberté d'association et le droit à la négociation collective », a précisé M. Clancy, faisant part de « progrès significatifs dans ces domaines au cours des derniers mois », mais appelant à « faire plus ». « Des progrès substantiels sur les questions du travail sont importants pour le maintien de l'accès préférentiel du Bangladesh au marché européen. L'UE reste prête à aider le Bangladesh avec ses réformes et surveille la mise en œuvre du Pacte de durabilité. Nous aurons une meilleure évaluation des réalisations du Pacte de développement durable à l'occasion de son premier anniversaire, en juillet de cette année », a-t-il conclu.
Outre une réforme du droit du travail au Bangladesh, le pacte repose sur une action pour améliorer d'ici à juin 2014 la sécurité des bâtiments hébergeant des usines de prêt-à-porter et sur le recrutement de 200 inspecteurs supplémentaires, en 2013, pour évaluer les conditions de travail dans les usines, incluant la sécurité, la santé et la conformité au droit du travail.
Lente indemnisation. Marquant aussi l'anniversaire de la tragédie, ONG et syndicats ont dénoncé l'attitude des marques de prêt-à-porter ou des filiales de la grande distribution occidentales soupçonnées d'avoir sous-traité leur production à un moment ou à un autre au Rana Plaza, et pointé du doigt la lenteur et la faiblesse des indemnisations. « Les marques abandonnent les ouvriers une deuxième fois. Elles ne se sont pas préoccupées de la sécurité des ateliers où elles s'approvisionnaient ; maintenant elles abandonnent les survivants et les familles de ceux qui ont perdu leurs proches », déplorait jeudi l'ONG Clean Clothes Campaign. À ce jour, selon elle, aucune de ces victimes n'a été correctement indemnisée. Le fonds d'indemnisation des victimes n'a toujours pas réussi à lever les 40 millions de dollars (29 millions d'euros) prévus. Selon les ONG, seulement la moitié des 29 marques qui faisaient appel aux ateliers du Rana Plaza a pour l'instant contribué. Seule avancée: le salaire minimum des ouvriers du secteur textile a été relevé, sous la pression des syndicats, de 76% en décembre 2013, pour atteindre 68 dollars par mois (50 euros). (EH)