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Bulletin Quotidien Europe N° 10992
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SUPPLÉMENT / « europe/documents » n° 2578

Une présidence grecque spartiate au service de la croissance et de la cohésion

Dossier réalisé par Camille-Cerise Gessant et Lionel Changeur

I. - INTRODUCTION

Après une présidence d'un « nouveau pays » de l'est de l'UE, direction la Méditerranée. Succédant à la Lituanie et dernier pays du trio (avec l'Irlande), la Grèce a pris, le 1er janvier 2014, la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne.

Pour sa cinquième présidence, le pays, sous assistance financière, veut prouver qu'il peut assurer sa présidence comme n'importe quel pays, avoir « une présidence d'opportunités et non de crise », selon le Premier ministre, Antonis Samaras. Comme les présidences précédentes, mais encore plus en raison de sa situation financière et de celle de ses 11 millions d'habitants, la Grèce met l'accent sur une présidence « austère », estimée à 50 millions d'euros. Il n'y aura pas de cadeaux superflus, et toutes les réunions ministérielles informelles auront lieu à Athènes, pour faire des économies.

Le spectre du 'Grexit' (sortie de la Grèce de la zone euro) qui a accompagné la chute économique et sociale du pays n'est plus invoqué par les analystes. « La Grèce va redevenir un pays normal comme tous les autres », a assuré Antonis Samaras dans son message de voeux, promettant que 2014 marquerait la fin des plans d'aide UE-FMI qui, depuis 2010, ont placé le pays sous perfusion financière en échange d'un programme d'austérité draconien. Le gouvernement grec prévoit une légère croissance de 0,6% en 2014, après six années de récession.

La Grèce reste toutefois sous la tutelle de l'UE au sein de la troïka UE-BCE-FMI qui supervise la mise en oeuvre de l'ajustement structurel du pays. La troïka sera de retour à Athènes mi-janvier pour reprendre son audit qui a rencontré de nombreuses difficultés cet automne.

C'est au terme de cet audit, en juillet 2014, à l'échéance du deuxième programme de sauvetage de la Grèce, que le pays saura s'il peut s'affranchir d'un troisième plan d'aide.

Le gouvernement de coalition de ce pays, qui a adhéré à l'UE en 1981, ne devra pas perdre de temps car sa présidence, qui se veut proche des citoyens, ne durera réellement que trois mois et demi, jusqu'à la dernière session plénière du Parlement européen, en avril.

La Grèce, avec un « agenda ambitieux mais réaliste », selon M. Samaras, compte faire coïncider les priorités nationales et européennes.

Le pays veut promouvoir la croissance, l'emploi et la cohésion, alors que l'Europe, dont la Grèce, sort peu à peu de la crise. La présidence veut aussi approfondir l'Union économique et monétaire, en adoptant des politiques et actions pour améliorer les lacunes dans l'architecture de la zone euro. Porte d'entrée dans l'UE, la République hellénique veut faire progresser le dossier de la migration, illégale avec la gestion des frontières et la sécurité mais aussi légale, facteur de croissance. Pays qui compte des milliers d'îles, la Grèce veut aussi redéfinir et relancer la politique maritime de l'UE, pas seulement du point de vue économique, de la croissance et du développement, mais aussi sur les aspects énergétique et sécuritaire.

Les élections au Parlement européen se dérouleront du 22 au 25 mai, et la menace d'une poussée des eurosceptiques de tous bords inquiète.

Un exemple de cette tension: les polémiques, en Grande-Bretagne et en Allemagne notamment, suscitées par la levée, effective depuis le 1er janvier 2014, des dernières restrictions sur le marché du travail dans l'Union européenne pour les Roumains et les Bulgares.

La Grèce est, comme d'autres pays, exposée à cette tentation du repli incarnée notamment par le parti néonazi Aube Dorée toujours crédité de la troisième place dans les intentions de vote aux scrutins nationaux. Et ce malgré la mise en examen de six de ses 18 députés, après l'assassinat par un de ses membres d'un musicien antifasciste en septembre.

Syriza, le parti de la gauche radicale, qui veut obtenir des créanciers du pays une « réduction significative » de la dette, bénéficie d'une légère avance sur Nouvelle Démocratie, le parti du Premier ministre, dont la majorité ne dispose que de 153 députés sur un total de 300.

II. - ENTRETIEN AVEC DIMITRIS KOURKOULAS

Agence Europe - Quelles sont, en quelques mots, les principales priorités de la présidence grecque de l'UE ?

Dimitris Kourkoulas, vice-ministre des Affaires étrangères de Grèce - Les priorités de la présidence grecque sont en grande partie celles imposées par l'actualité politique de la crise qui a frappé fort l'Union européenne, et plus fort certains États membres.

La première priorité est la mise en oeuvre des instruments concrets pour soutenir la croissance, encourager l'emploi et combattre le chômage - surtout chez les jeunes - et favoriser la cohésion.

La deuxième priorité se réfère à l'architecture institutionnelle de la zone euro et au renforcement de ce cadre institutionnel, un exercice qui a déjà commencé avec des progrès très importants déjà réalisés. Cet exercice va continuer pendant notre présidence, surtout dans le secteur de l'union bancaire mais pas seulement.

La troisième priorité est notre volonté d'essayer d'avoir une approche plus cohérente de la part de l'UE sur le phénomène de la migration et de la mobilité. Il n'y a pas seulement l'aspect de la lutte contre l'immigration illégale. Il y a aussi un aspect lié à la croissance, c'est-à-dire comment mieux utiliser l'immigration légale comme facteur de croissance économique. Pendant notre présidence, il y aura aussi une révision des directives stratégiques qui sont décrites dans le document de Stockholm, lequel expire en 2014. On espère qu'il sera possible, lors du Conseil européen de juin, de se mettre d'accord sur de nouvelles directives stratégiques post-2014.

Il y a une quatrième priorité, plutôt horizontale: la politique maritime de l'UE. Les voies maritimes sont très importantes pour notre commerce. 70% de tous les biens qui arrivent dans le marché unique passent par la mer. L'objectif est d'essayer d'avoir une approche plus globale de tout ce qui est maritime (aspects sécurité et énergétiques de la politique maritime). Il y a des documents qui sont préparés actuellement par le SEAE (Service européen pour l'action extérieure), et l'objectif consiste à amener le Conseil européen de juin à adopter certaines décisions dans ce domaine.

Avez-vous d'autres priorités ?

Ce sont les 4 ou les 3+1 priorités politiques, mais il y a une longue liste d'autres priorités très importantes, à commencer par l'élargissement. Lequel reste toujours, pour la Grèce et la présidence, une priorité stratégique.

Il y a aussi un grand nombre d'autres instruments, législatifs ou non, qui sont liés à l'achèvement du marché intérieur, très important pour la croissance, comme le marché digital. L'objectif est d'avoir un marché digital intégré, pour promouvoir la création d'emplois et encourager le commerce électronique intra-européen. Il y a aussi les sujets liés au transport et aux télécoms. Parmi les autres dossiers figurent le financement des partis politiques européens.

On va faire de notre mieux pour faire adopter tout ce qui est législatif lors des trois premiers mois de notre présidence et lors de la dernière session plénière du Parlement européen, en avril.

Justement, comment avoir une présidence efficace alors que celle-ci ne va durer que trois mois et demi en raison des élections européennes fin mai ?

On ne peut pas passer outre cette contrainte temporaire. On est déjà en collaboration étroite avec les autres institutions. J'étais au Parlement européen mi-décembre devant le comité des présidents des commissions parlementaires pour passer en revue tout ce qu'il y a dans les tuyaux et se mettre d'accord sur les priorités. On va organiser autant de trilogues que ce sera nécessaire pour boucler les derniers dossiers. On va contribuer au lancement de certaines initiatives qui ne pourront pas aboutir sous notre présidence mais pour préparer le terrain pour la présidence italienne. On a une coopération très étroite avec elle car on veut un programme qui couvre les deux semestres 2014.

Votre pays est sous assistance financière. Quel en sera l'impact sur votre présidence ?

La situation financière de la Grèce et le fait qu'on soit sous programme n'a aucune interférence sur le rôle institutionnel de mon pays en tant que présidence du Conseil de l'UE. Au contraire, le fait qu'un pays sous programme assume cette fonction confirme l'égalité institutionnelle des États membres. Cette égalité a été un peu malmenée ces dernières années à cause de la crise et du besoin de prendre des mesures d'urgence un peu en dehors du cadre traditionnel institutionnel.

Une conséquence sera que l'on va faire une présidence très austère au niveau budgétaire. Le ministre des Finances nous a donné 50 millions pour 2013-2014. On est presque certains que l'on ne va pas tout dépenser. On a une très petite équipe au ministère des Affaires étrangères (28 personnes) qui coordonne tout cela aussi bien au niveau diplomatique qu'organisationnel. On a utilisé presque exclusivement des fonctionnaires d'État pour ne pas avoir de dépenses supplémentaires. Il n'y aura pas de cravates ni de foulards comme cadeaux. C'est plutôt symbolique, mais important.

La Grèce va-t-elle s'impliquer dans le débat européen alors que l'euroscepticisme progresse ? Comment la présidence va-t-elle être proche des citoyens européens ?

On est conscient des tendances dans l'opinion publique européenne, de la montée de l'euroscepticisme pas seulement dans les milieux politiques traditionnellement eurosceptiques, mais aussi dans presque tous les États membres, et à droite comme à gauche dans les partis politiques. C'est très inquiétant, car l'UE ne peut pas avancer sans la volonté du peuple, des peuples européens. On va essayer de contribuer en essayant de faire avancer les dossiers et les priorités qui sont très importants pour regagner la confiance des citoyens. Et de montrer que, pour sortir de la crise, on a besoin d'une meilleure Europe et de plus d'Europe. La solution n'est pas de défaire ou détruire tout ce qui a été construit pendant des décennies et qui a donné des résultats très positifs pour notre continent.

Quelles sont vos priorités sur l'élargissement ?

Le Conseil européen de décembre a pris des décisions très importantes, demandant que le processus d'élargissement avance. On est très content que cela avance car c'est une des politiques les plus réussies de l'UE, et une politique très importante pour notre stabilité. On se félicite de la décision de commencer les négociations avec la Serbie au mois de janvier, cela ouvre aussi la porte vers le renforcement de nos relations avec le Kosovo. Pour l'Albanie, il y a la perspective très réaliste pour le pays d'obtenir le statut de candidat en 2014, nous l'espérons pendant notre présidence. En ce qui concerne la Turquie les négociations ont repris après une longue période de suspension. La Grèce est en faveur de la perspective européenne de la Turquie à condition que ce pays satisfasse les critères nécessaires.

La Lituanie a accordé beaucoup d'importance aux pays du 'Partenariat oriental'. Comptez-vous continuer ou mettre l'accent sur les pays de la Méditerranée ?

On va continuer à mettre en oeuvre les décisions importantes prises à Vilnius. Nous allons travailler intensivement pour obtenir la signature des accords paraphés avec la Moldavie et la Géorgie, pour faire avancer la libéralisation des visas et pour construire une relation plus étroite et plus stratégique avec l'Azerbaïdjan, qui est aussi un pays très important pour la politique énergétique de l'UE. Pour l'Ukraine, il faut voir comment les choses vont évoluer.

Quelles sont vos idées pour renforcer le pilier social de l'Union économique et monétaire ?

Après une longue période de politiques très dures, très radicales, d'ajustements budgétaires nécessaires, le moment est venu d'essayer de rééquilibrer nos politiques en continuant les efforts d'assainissement financier, mais en mettant un peu plus l'accent sur la croissance et les aspects sociaux. Le modèle social européen fait partie intégrante du patrimoine de l'UE. Il ne faut pas oublier que la dimension sociale a contribué pendant des décennies au développement économique de nos États membres. Il faut ajuster, réformer ce modèle social pour qu'il soit viable dans les nouvelles conditions de mondialisation, mais en aucun cas il faut le détruire. Il y a des mesures plus concrètes que nous allons essayer de renforcer car la dimension sociale n'est pas antinomique avec le développement économique. Au contraire, cela peut être un élément de croissance économique et de compétitivité.

Justement, une de vos priorités est la croissance, l'emploi et la cohésion, quelles sont les mesures concrètes que vous voulez mettre en place ?

Il y a des décisions qui ont déjà été prises. Par exemple, sur le chômage des jeunes, la mise en oeuvre de programmes supplémentaires à hauteur de 6 milliards pour les régions qui ont un taux de chômage des jeunes supérieur à 25%. Il y a la mise en oeuvre du 'front loading', qui consiste à essayer d'utiliser le budget durant les deux premières années. Là, il y a une responsabilité des États membres pour essayer d'absorber les fonds au plus vite. Il y a aussi l'utilisation des fonds de la Banque européenne d'investissement (BEI) pour essayer de multiplier les effets des fonds structurels, en particulier ceux destinés aux PME.

La mise en oeuvre de toute la législation nécessaire pour les fonds structurels, qui a déjà été faite en grande partie sous présidence lituanienne, est très importante aussi pour la dimension sociale. Pour certains États membres, les fonds communautaires sont les fonds les plus importants pour les investissements, mais aussi pour la politique sociale.

Quelles suites comptez-vous donner aux propositions de la 'task force' Lampedusa ?

On participe très activement en tant qu'État membre. Et en tant que présidence, on va continuer sur cette voie car on estime qu'il y avait du retard du côté de l'UE et ce n'est pas acceptable qu'il y ait des phénomènes comme ceux qui se sont produits à Lampedusa. Il faut une approche plus globale, plus proactive. On va essayer de persuader nos partenaires de mettre l'accent sur nos actions dans les pays tiers qui sont des pays d'origine de transit des immigrés illégaux et surtout combattre les réseaux criminels. Il faut mettre plus d'accent sur la coopération, sur la conclusion et la mise en oeuvre correcte, par nos partenaires des pays tiers, des accords de réadmission. On va continuer à participer activement à la 'task force', également avec la présidence italienne avec qui on est en étroite coopération sur ce sujet. Il y aura aussi, pendant notre présidence, une discussion et l'adoption des nouvelles orientations stratégiques pour notre politique de migration, la révision du code de Schengen et le système d'asile au niveau européen. Ce sont des questions très sensibles, il n'y a pas toujours un accord facile entre les États membres, mais tout le monde, au nord comme au sud, a intérêt à avoir une meilleure coopération, coordination, et une meilleure solidarité.

La commissaire Viviane Reding compte beaucoup sur la présidence grecque pour faire avancer la réforme sur la protection des données. Quel espoir pouvez-vous lui donner ?

C'est un dossier très important, une de nos priorités, mais aussi très compliqué au niveau technique et au niveau des sensibilités politiques. Le Parlement européen est très intéressé par ce dossier. On s'est mis d'accord avec lui, on va faire de notre mieux pour faire avancer le dossier, on va faire beaucoup de réunions du groupe de travail. Il y a un besoin de consulter les experts des États membres qui ont des législations en la matière et qui ont des traditions différentes. C'est très compliqué, mais je pense qu'il y a une volonté politique, un accord sur le besoin d'avoir des normes harmonisées au niveau européen.

Pensez vous qu'il y aura des progrès concernant l'élargissement de Schengen à la Roumanie et la Bulgarie ?

C'est une décision qui incombe aux États membres à l'unanimité. Il faut attendre le rapport de la Commission en février puis il y aura un débat au Conseil. Nous estimons que beaucoup de progrès ont été réalisés par les deux pays pour remplir les conditions pour rentrer dans Schengen.

III. - INTÉGRATION PLUS APPROFONDIE DE L'UE ET DE LA ZONE EURO

L'objectif principal, pour la présidence grecque, est de préserver la stabilité de la monnaie commune, en progressant dans l'approfondissement de l'Union économique et monétaire et dans la coordination ex ante des politiques budgétaires et économiques nationales.

Union bancaire. La présidence grecque s'efforcera de parvenir à un accord avec le Parlement européen sur la dernière décision du Conseil sur le mécanisme de résolution unique (SRM). Le Conseil européen de décembre 2013 a salué l'accord final auquel sont parvenus les législateurs sur la directive relative aux systèmes de garantie des dépôts et la directive relative au redressement des banques et à la résolution de leurs défaillances. Il a salué également l'orientation générale du Conseil en ce qui concerne le mécanisme de résolution unique (MRU). Le MRU représentera une étape cruciale sur la voie de l'achèvement de l'union bancaire. Le Conseil européen a invité les législateurs à adopter le MRU avant la fin de la législature actuelle (du PE, soit avril 2014). Le Parlement européen, la Commission et la présidence grecque ont entamé, le 8 janvier, les négociations sur le projet de règlement créant le MRU, en charge de la restructuration des banques en crise. Les positions du PE et du Conseil sur ce texte controversé diffèrent considérablement. Le MRU devrait viser les banques des États de la zone euro et des autres pays de l'UE qui souhaiteront y participer.

Le Conseil ÉCOFIN du 18 février devrait faire le point sur l'état des négociations sur ce dossier.

Cadres d'intégration budgétaire et économique renforcés. L'objectif est d'assurer la mise en oeuvre efficace et la plus grande intégration des nouveaux mécanismes de gouvernance économique de l'UE et de la zone euro, à savoir la coordination des politiques budgétaires et économiques. Cette procédure respectera pleinement les règles du marché unique et sera ouverte aux États membres de l'UE qui ne font pas partie de la zone euro. « Notre but est de jeter les bases en vue de la création d'une UEM plus prospère et mieux coordonnée, avec un juste équilibre entre la solidité et la solidarité, en respectant l'autonomie institutionnelle de ses membres, et ouverte aux pays membres de l'UE qui ne participent pas encore à la zone euro », selon le programme grec.

La Grèce estime qu'il faut accorder une importance particulière à la dimension sociale de l'UEM, en tant que l'un des piliers de son approfondissement.

Dans le domaine de la fiscalité, le programme provisoire des Conseils prévoit: - un accord politique lors du Conseil ÉCOFIN du 18 février sur la taxation des revenus de l'épargne ; - un débat d'orientation lors du Conseil du 18 février, et un accord politique (éventuel) le 6 mai, sur une coopération renforcée sur la taxe sur les transactions financières ; - un débat (éventuel) lors du Conseil ÉCOFIN du 11 mars sur la proposition de directive mères/filiales ; - un débat le 6 mai (et éventuellement un accord politique lors du Conseil ÉCOFIN du 20 juin) sur une proposition sur l'échange automatique d'informations dans le domaine de la fiscalité ; - un débat d'orientation le 20 juin sur la proposition de directive sur la CCCTB (Common Consolidated Corporate Tax Base) ; - un accord politique le 20 juin sur le dossier de la taxation des produits de l'énergie.

IV. - CROISSANCE, EMPLOI ET COHÉSION

La présidence grecque estime qu'il faut trouver le juste équilibre entre solidité financière et effort pour stimuler la croissance. La cohésion est, pour la Grèce, le fondement de la poursuite de l'intégration européenne. L'objectif principal est d'équilibrer le calendrier de l'assainissement budgétaire avec la mise en oeuvre d'un Pacte pour la croissance et l'emploi considérablement améliorée et réaliste. La Banque européenne d'investissement (BEI) peut avoir un rôle important en ce qui concerne les projets à forte intensité de main-d'oeuvre (par exemple des projets pour les PME, les infrastructures de base, de l'énergie et le climat) ayant également le soutien et la confiance de la Banque centrale européenne (BCE). Pour stimuler la croissance européenne, il faudrait selon la présidence grecque augmenter « considérablement » la capacité de prêt de la BEI pour financer des investissements notamment dans les pays les plus touchés par la crise. L'évaluation intermédiaire de la stratégie EUROPE 2020 sera faite lors du Conseil européen de printemps 2014. Un premier pas dans la bonne direction a été pris par le Conseil européen de juin 2013, lorsque les dirigeants européens ont décidé de renforcer les efforts pour lutter contre le chômage des jeunes et d'approuver l'initiative conjointe de la BEI et de la Commission pour financer les PME. Pour la Grèce, des actions supplémentaires sont nécessaires pour endiguer le chômage et stimuler la création d'emplois et éviter le danger d'une 'croissance sans emploi'.

V. - IMMIGRATION, FRONTIÈRES, MOBILITÉ

La présidence grecque indique qu'elle va concentrer ses efforts sur la mise en évidence des aspects positifs d'une gestion globale de la migration pour stimuler la croissance, et sur le besoin de mesures pour enrayer l'immigration illégale.

La Grèce rappelle les trois objectifs du cadre de l'UE sur les politiques liées à la migration et de la coopération de l'UE avec les pays extérieurs à l'Union (partenariats pour la mobilité avec les pays tiers): améliorer et mieux organiser la migration légale et la mobilité facilitée, réduire la migration illégale d'une manière efficace, tout en préservant le respect des droits de l'homme, et renforcer les synergies entre migration et développement. Le programme de Stockholm 2010-2014 expire en fin d'année. La présidence grecque va travailler sur la formulation de la vision stratégique et la formulation des priorités des politiques de l'UE pour les années 2014 à 2018.

La Grèce accorde de l'importance aussi à la lutte contre l'immigration clandestine, et insiste sur la réadmission et le retour, ainsi que sur la lutte contre la traite des personnes et le renforcement des capacités institutionnelles pour une meilleure gestion des frontières, dans le processus de mise à jour du 'plan d'action de l'UE contre les pressions migratoires'. L'objectif principal de la présidence sera de contribuer à la construction d'une approche globale de la gestion des frontières, tout en renforçant les actions préventives vis-à-vis des pays tiers d'origine et de transit des immigrants clandestins.

La présidence grecque va promouvoir la mise en oeuvre du 'système européen commun d'asile' et soutiendra des mesures de solidarité afin d'aider les pays de l'UE les plus touchés par la migration. En outre, la présidence juge prépondérants le respect des obligations découlant des traités internationaux et du droit de l'UE, ainsi que la coopération étroite avec les organisations internationales.

Par ailleurs, la présidence compte lier la dimension extérieure de la migration avec les politiques de visa (accords de facilitation et politiques nationales des pays de l'UE sur les séjours de longue durée, révision du code des visas), les partenariats stratégiques et une politique d'immigration commune.

La Grèce se prononce pour le renforcement de la politique européenne commune en matière de justice et affaires intérieures. Cette politique commune doit reposer sur la solidarité, la responsabilité conjointe et la coopération entre les États membres, selon la Grèce.

Lors du Conseil JAI du 6 mars, des informations de la présidence devraient être fournies sur les pressions migratoires (tendances) et le suivi de la 'task force' Méditerranée (après les drames à Lampedusa). La Commission présentera une communication sur les futurs développements en matière de JAI. Les autres dossiers suivants pourraient être à l'ordre du jour de ce Conseil: - accord politique sur la proposition établissant des règles pour la surveillance des frontières maritimes extérieures dans le cadre de la coopération opérationnelle coordonnée par l'Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l'Union européenne ; - approche générale partielle sur le règlement sur l'agence Europol ; - débat sur la proposition modifiant le règlement 810/2009 établissant un code communautaire des visas (code des visas).

Lors du Conseil JAI des 5 et 6 juin à Luxembourg, les ministres débattront du paquet frontières intelligentes: - proposition portant création d'un système d'entrée/sortie pour l'enregistrement des entrées et sorties des ressortissants de pays tiers franchissant les frontières extérieures des États membres de l'UE ;
- proposition portant création d'un programme d'enregistrement des voyageurs ; - proposition modifiant le règlement 562/2006 en ce qui concerne l'utilisation du système d'entrée/sortie (EES) et le programme d'enregistrement des voyageurs (RTP).

En outre, une approche générale est attendue sur le règlement sur les nouvelles substances psychoactives, de même qu'une décision sur l'application des dispositions de l'acquis de Schengen en Bulgarie et en Roumanie et sur l'accord PNR UE/Canada. Des débats sont prévus aussi sur la stratégie de lutte contre le terrorisme et sur un programme de l'UE pour enrayer l'extrémisme violent.

Lors du Conseil informel de fin janvier, le dossier de la protection des données sera évoqué.

VI. - L'ÉLARGISSEMENT, AUTRE PRIORITÉ GRECQUE

Une autre priorité de la présidence grecque est la politique d'élargissement de l'UE. Le ministre Dimitris Kourkoulas considère la politique d'élargissement comme « l'une des plus réussies de l'UE, très importante pour sa stabilité ». Lors d'une précédente présidence, en 2003, la République hellénique a ouvert les portes à une perspective d'adhésion à l'UE des pays des Balkans occidentaux, avec la Déclaration de Thessalonique.

La présidence grecque va organiser la première conférence intergouvernementale avec la Serbie le 21 janvier, ce qui marquera l'ouverture des négociations d'adhésion. Le ministre des Affaires étrangères grec Evangelos Venizelos considère que l'ouverture des négociations est « très importante non seulement pour l'intégration européenne de la Serbie, mais plus largement pour l'ensemble de la région, y compris le Kosovo, naturellement, car de cette manière, nous encourageons le dialogue substantiel entre Belgrade et Pristina ». Si la Grèce est un des cinq pays de l'UE qui ne reconnaît pas l'indépendance du Kosovo, elle soutient cependant sa perspective européenne (EUROPE 10987). La conclusion des négociations sur l'accord de stabilisation et d'association avec le Kosovo est d'ailleurs prévue sous présidence hellénique, au printemps.

C'est aussi sous présidence grecque, en juin prochain, que l'Albanie pourrait obtenir son statut de candidat. À la lumière d'un rapport de la Commission européenne notamment sur les progrès en termes de lutte contre la corruption et le crime organisé, « le Conseil attend avec intérêt une décision concernant l'octroi du statut de candidat à l'Albanie en juin 2014 », soulignent les conclusions du Conseil du 17 décembre (EUROPE 10987). La Grèce, qui était favorable à l'octroi du statut dès décembre 2013, a proposé de fournir toute l'assistance possible à l'Albanie dans ses efforts pour répondre aux conditions fixées par l'UE.

Si Athènes est favorable à l'intégration européenne des Balkans occidentaux, une question se pose pour l'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). Malgré la recommandation pour la cinquième année consécutive, l'ouverture des négociations d'adhésion est bloquée est raison de l'absence d'unanimité sur la décision, avec entre autres les réserves grecques. Le ministre des Affaires étrangères Venizelos considère le problème comme plus large que la seule question du nom « Macédoine », et le conflit entre les deux pays à ce sujet. « La question n'est pas bilatérale, et ne concerne pas non plus le nom. C'est une question beaucoup plus profonde de démocratie et primauté du droit, un enjeu international beaucoup plus profond dans le cadre de l'ONU, une question paneuropéenne sur les critères de Copenhague qui doivent être respectés par tous les candidats à l'adhésion à l'UE. Nous allons soutenir la perspective européenne du pays, pourvu qu'il y ait une preuve de bonne foi et le respect des principes européens », a-t-il souligné.

Interrogé sur la question, le ministre Dimitris Kourkoulas préfère reprendre les conclusions du Conseil du 17 décembre qui « reviendra sur la question (de l'ouverture des négociations avec l'ARYM, actuellement bloquée) en 2014, sur la base d'une mise à jour par la Commission » (EUROPE 10987). La mise à jour portera sur la poursuite de la mise en oeuvre des réformes (…), y compris la mise en oeuvre de l'accord politique du 1er mars et sur les mesures concrètes pour promouvoir de bonnes relations de voisinage et parvenir à une solution négociée et mutuellement acceptable sur la question du nom.

La Grèce, en tant qu'État membre et en tant que présidence, est favorable à l'adhésion de la Turquie, si ce pays voisin remplit les conditions nécessaires, dont ses obligations concernant la République de Chypre. Interrogé mi-décembre sur la possibilité d'ouvrir de nouveaux chapitres de négociation sous présidence hellénique, M. Koukoulas a considéré qu'il était trop tôt pour se prononcer. La Turquie a ouvert en novembre le chapitre sur la politique régionale, après plus de trois ans sans ouverture de chapitres.

Concernant la politique de voisinage, la présidence grecque souhaite poursuivre les avancées obtenues sous présidence lituanienne avec les pays du Partenariat oriental. La présidence va travailler « intensivement » pour obtenir la signature des accords d'association, dont des zones de libre-échange complet et approfondi avec la République de Moldavie et la Géorgie. Paraphés lors du sommet du Partenariat oriental à Vilnius le 29 novembre, ces accords doivent, selon les conclusions du Conseil européen du 20 décembre, être signés en août 2014 au plus tard (EUROPE 10989). La Grèce veut aussi avancer sur la libéralisation des visas. Elle aimerait aussi construire une relation plus étroite et plus stratégique avec l'Azerbaïdjan, pays important pour la politique énergétique de l'UE, notamment la Grèce en raison du pipeline trans-Adriatique.

Pays méditerranéen, la République hellénique devrait aussi s'attacher à la Méditerranée orientale et aux partenaires du sud que M. Kourkoulas considère comme « très importants ». La Grèce examinera la situation en Syrie. Elle veut contribuer à la préparation et au bon déroulement de la conférence pour la Paix, prévue le 22 janvier à Genève, mais aussi poursuivre l'aide humanitaire. La présidence surveille aussi la situation en Égypte. « L'Égypte, en tant que pays clé dans la région au sens large, doit rester stable, car une crise en Égypte - qui plus est, une crise incontrôlable - aura des effets désastreux sur tous les fronts ouverts dans la région », selon M. Venizelos. Enfin, lié à son objectif de migration et de gestion des frontières, Athènes veut développer la coopération entre les États membres de l'UE et les pays tiers d'où partent les migrants, dont la Libye, et lier l'assistance financière de l'UE à ces pays aux progrès qu'ils font dans la lutte contre la migration illégale et la coopération dans des questions telles que l'asile, la réadmission et les retours.

Pour stimuler la croissance, l'emploi et la cohésion, la présidence souhaite une plus grande promotion des accords commerciaux avec les partenaires stratégiques, dont les États-Unis.

VI. - CALENDRIER DE LA PRÉSIDENCE GRECQUE

Janvier

13-16 - Plénière du Parlement européen (Strasbourg)

20 - Conseil Affaires étrangères (Bruxelles)

21 - Conseil Affaires générales (Bruxelles)

23-24 - Informelle du Conseil JAI (Athènes)

27 - Eurogroupe (Bruxelles)

28 - Conseil ÉCOFIN (Bruxelles)

Février

3-6 - Plénière du Parlement européen (Strasbourg)

10 - Conseil Affaires étrangères (Bruxelles)

11 - Conseil Affaires générales (Bruxelles)

17 - Eurogroupe (Bruxelles)

17-18 - Conseil Agriculture-Pêche (Bruxelles)

18 - Conseil ÉCOFIN (Bruxelles)

20-21 - Conseil Compétitivité (Bruxelles)

20-21 - Informelle Défense (Athènes)

24 - Conseil Éducation, culture, jeunesse, culture et sports (Bruxelles)

24-27 - Plénière du Parlement européen (Strasbourg)

28 - Informelle Affaires étrangères 'Commerce' (Athènes)

Mars

3 - Conseil Environnement (Bruxelles)

4 - Conseil TTE 'Énergie' (Bruxelles)

6-7 - Conseil JAI (Bruxelles)

10 - Conseil EPSCO (Bruxelles)

10 - Eurogroupe (Bruxelles)

10-13 - Plénière du Parlement européen (Strasbourg)

11 - Conseil ÉCOFIN (Bruxelles)

14 - Conseil TTE 'Transport' (Bruxelles)

17 - Conseil Affaires étrangères (Bruxelles)

18 - Conseil Affaires générales (Bruxelles)

20-21 - Conseil européen (Bruxelles)

24-25 - Conseil Agriculture-Pêche (Bruxelles)

Avril

1-2 - Informelle du Conseil ÉCOFIN (Athènes)

2-3 - 4ème Sommet UE/Afrique

4 - Gymnich (informelle Affaires étrangères, à Lagonissi)

5 - Gymnich (informelle Affaires étrangères)

14 - Conseil Affaires générales (Luxembourg)

14 - Conseil Affaires étrangères (Luxembourg)

15 - Conseil Affaires étrangères 'Défense' (Luxembourg)

14-15 - Conseil Agriculture-Pêche (Luxembourg)

14-17 - Plénière Parlement européen (Strasbourg)

24-25 - Informelle des ministres responsables de la politique de cohésion (Athènes)

28 - Informelle du Conseil EPSCO 'Santé' (Athènes)

29 - Informelle du Conseil EPSCO 'Santé/Emploi'(Athènes)

30 - Informelle du Conseil EPSCO 'Emploi' (Athènes)

Mai

5 - Eurogroupe (Bruxelles)

5-6 - Informelle du Conseil Agriculture (Athènes)

6 - Conseil ÉCOFIN (Bruxelles)

7 - Informelle du Conseil sur les questions maritimes (Athènes)

8 - Conseil Affaires étrangères 'Commerce'(Bruxelles)

8 - Informelle du Conseil Transport (Athènes)

12 - Conseil Affaires étrangères + éventuellement Développement (Bruxelles)

12-13 - Informelle du Conseil Compétitivité (Athènes)

13 - Conseil Affaires générales (Bruxelles)

14-15 - Informelle du Conseil Environnement (Athènes)

15-16 - Informelle Conseil 'Énergie' (Athènes)

19-20 - Conseil Agriculture et Pêche (Bruxelles)

20 - Conseil EJCS 'Éducation et Jeunesse' (Bruxelles)

21 - Conseil EJCS (Culture et Sport) (Bruxelles)

26-27 - Conseil Compétitivité (Bruxelles)

Juin

5-6 - Conseil JAI (Luxembourg)

5 - Conseil TTE 'Transport' (Luxembourg)

12 - Conseil TTE 'Énergie' (Luxembourg)

13 - Conseil Environnement (Luxembourg)

16-17 - Conseil Agriculture et Pêche (Luxembourg)

19 - Conseil EPSCO (Luxembourg)

19 - Eurogroupe (Luxembourg)

20 - Conseil ÉCOFIN (Luxembourg)

20 - Conseil EPSCO 'Santé' (Luxembourg)

23 - Conseil Affaires étrangères (Luxembourg)

24 - Conseil Affaires générales (Luxembourg)

26-27 - Conseil européen (Bruxelles).

Sommaire

PRÉSIDENCE GRECQUE
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
POLITIQUES SECTORIELLES
ACTION EXTÉRIEURE
SUPPLÉMENT