Bruxelles, 29/08/2013 (Agence Europe)- Les eurodéputés membres de la commission du développement du Parlement européen ont, unanimement, exprimé les plus vives préoccupations face à l'aggravation prévisible de la crise humanitaire en Syrie dans l'hypothèse d'une intervention militaire qui semblait imminente, mercredi, avant que David Cameron, le Premier ministre britannique, ne revoie sa position.
Au vu du dernier bilan de la situation humanitaire que leur a dressé Jean-Louis de Brouwer, directeur des opérations humanitaires et de protections civiles à ECHO (le service d'aide humanitaire et de protection civile de la Commission européenne), ils se sont interrogés sur l'état de préparation de l'UE pour une réponse humanitaire adéquate. Ce dernier a assuré qu'ECHO travaillait à une préparation avec les organisations humanitaires partenaires sur le terrain, mais il a aussi averti que - crise budgétaire oblige, la Commission allait tomber en défaut de crédits de paiements pour les besoins humanitaires énormes à couvrir cet hiver. Il a également appelé à garder à l'esprit le risque que les pays limitrophes de la Syrie ne soient plus en mesure de faire face à l'afflux de réfugiés.
« L'attention du monde entier est plus que jamais braquée sur la Syrie au vu de l'utilisation documentée d'armes chimiques, mercredi à Damas. La situation est dramatique. Près de 7 millions de personnes ont besoin d'aide humanitaire », a déclaré Eva Joly (Verts/ALE, France), présidente de la commission parlementaire.
Selon les estimations les plus fiables, cette crise humanitaire, la plus importante de toute la décennie en type de besoins et de souffrances, a fait plus de 100 000 morts, environ 5 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays, 2 millions de réfugiés avec un contingent très important au Liban (700 000 dans ce pays, 500 000 en Jordanie, 150 000 en Irak), a indiqué M. De Brouwer. « Le Liban est en train de devenir une crise humanitaire en lui-même, et si les frappes devaient avoir lieu la pression sur le Liban augmenterait encore », a-t-il ajouté. Les frontières sont contrôlées dans tous les pays d'accueil (y compris la Turquie), ce qui a des conséquences sur le nombre d'arrivées et les catégories de réfugiés. À ces pays, il convient, selon lui, d'adresser deux messages: « les soutenir et les encourager dans leur politique d'accueil, et les inviter à ne pas pratiquer l'accueil sélectif, que ce soit pour les Syriens non Kurdes à la frontière avec l'Irak ou les Palestiniens à la frontière avec la Jordanie ». Sur les 530 000 Palestiniens réfugiés vivant en Libye, 420 000 ont besoin d'aide et un grand nombre a été déplacé. « Les camps étant tous dans les zones de combat, la situation est intenable. »
À lui seul, ECHO a engagé 0,5 milliard d'euros en 2013 pour la crise en Syrie (48%) et les pays voisins. « Nous allons rééquilibrer la donne avec 250 millions d'euros complémentaires sur les 400 millions additionnels annoncés juste avant l'été. Mais l'impact de la crise budgétaire sur les paiements va nous frapper de plein fouet. Pour les 250 millions d'euros, nous espérons les avoir contractualisés pour mi-octobre en vue de l'hibernation, mais nous n'aurons pas les crédits pour honorer ces contrats. Sans tomber dans le pathos, l'arbitrage va se faire entre les réfugiés libyens ou palestiniens, les populations victimes des inondations au Darfour, les populations centrafricaines », a averti M. de Brouwer.
La Commission européenne est engagée dans « un énorme travail de coordination de l'effort humanitaire ». Une réunion a eu lieu à Bruxelles en juillet, une autre est prévue à Stockholm le 16 septembre, et Kristalina Georgieva, commissaire européenne à l'Aide humanitaire et à la Réponse aux crises, organisera une nouvelle réunion sur la coordination et le droit humanitaire en marge de l'assemblée générale des Nations Unies, le 25 septembre à New York. « Nous agissons dans le cadre de l'appel des fonds de l'ONU, honoré à 42%, et du Haut commissariat aux réfugiés, honoré à 37% », a précisé M. de Brouwer.
«Vous évoquez une situation intenable dans les pays limitrophes. Une intervention est imminente, je regrette vivement qu'il soit impossible de la freiner. Je crains le pire, notamment au Liban. On va droit dans le mur », a déclaré Véronique de Keyser (S&D, Belgique). Et de demander, comme Judith Sargentini (Verts/ALE, Pays-Bas), quelle stratégie, quel plan humanitaire la Commission envisage alors qu'elle ne parvient pas à honorer ses paiements. Gay Mitchell (PPE, Irlande) a demandé si l'on envisageait une force européenne pour livrer l'aide humanitaire dans des conditions sûres où s'il fallait s'en remettre aux États membres. M. de Brouwer s'est voulu rassurant sur l'état de préparation de l'UE: « Nos partenaires prépositionnent des stocks de matériel de première urgence à la frontière entre la Syrie et le Liban et dans l'arrière pays libanais. Et, ce vendredi, une réunion est prévue avec le Service européen pour l'action extérieure et la protection civile pour faire face aux premières conséquences. Nous mettons en place un dispositif d'urgence et de premier secours », a-t-il dit.
Selon lui, le problème principal, qui serait rendu encore plus difficile en cas de frappe, c'est l'accès humanitaire à l'intérieur de la Syrie. Les violations du droit international par toutes les parties sont un autre problème. Nous avons travaillé avec Valérie Amos, responsable de la coordination de l'aide d'urgence des Nations unies pour « l'obtention d'une résolution de l'ONU qui réaffirmerait les principes humanitaires », a souligné le directeur d'ECHO. Et d'ajouter: « Nous devons entrer dans un cadre respectueux du droit humanitaire. C'est une préoccupation majeure de Mme Georgieva. » À Thijs Bermann (S&D, Pays-Bas), qui lui demandait si les États membres manifestaient la volonté de « contribuer à l'effort gigantesque d'ECHO », il a répondu par l'affirmative: « À ce stade, nous en sommes à 950 millions d'euros pour l'UE, dont 500 millions via le budget et 450 millions via les États membres qui honorent leurs promesses. » (AN)