Bruxelles, 28/08/2013 (Agence Europe) - Deux groupes agrochimiques producteurs d'insecticides - le Suisse Syngenta et l'Allemand Bayer - ont formé un recours en justice contre la décision de la Commission européenne d'imposer, à compter du 1er décembre prochain, un moratoire partiel de deux ans sur l'utilisation des trois insecticides néonicotinoïdes tueurs d'abeille les plus dangereux (règlement 485/2013 ) - au grand dam des ONG environnementales qui ont exprimé les 27 et 28 août leur vive indignation.
Par son initiative qui remonte au 14 août, Syngenta conteste la validité de la décision estimant que celle-ci a été prise « sur la base d'un processus défectueux, d'une évaluation inadéquate et incomplète par l'Autorité européenne de sécurité des aliments » (EFSA) et en l'absence du soutien unanime des États membres. « Nous sommes persuadés que la Commission a établi à tort un lien entre le thiaméthoxame et le déclin de la santé des abeilles», a déclaré mercredi John Atkin, directeur opérationnel de Syngenta, invoquant une infraction à la législation de l'UE applicable aux pesticides et reprochant à la Commission d'avoir « indûment appliqué le principe de précaution ».
Ardent défenseur de l'interdiction totale des pesticides tueurs d'abeilles, PAN Europe (Pesticide Action Network), estime que Syngenta et Bayer, qui s'efforcent depuis quatre ans de donner une image d'industries responsables préoccupées par le sort des abeilles et d'autres pollinisateurs, ont « tombé le masque ». Syngenta continue à diffuser de l'information trompeuse en faisant de la biodiversité et des agents pathogènes la principale cause du déclin des abeilles et présente en outre son produit comme moderne, déplore PAN Europe. Martin Dermine, coordonateur du projet abeilles de ce réseau, dénonce « un double langage».
« Syngenta continue d'ignorer les preuves scientifiques qui établissent clairement le lien entre la mortalité des abeilles et le thiaméthoxame, comme d'autres pesticides. Au lieu de traduire la Commission devant la Cour, il ferait mieux d'agir de manière responsable et de cesser de commercialiser ses pesticides tueurs d'abeilles. La Commission a eu raison d'intervenir », déclarait mardi Marc Breddy, porte-parole de Greenpeace.
La décision de la Commission prise en avril se fondait sur les conclusions de l'EFSA. Au-delà des trois insecticides néonicotinoïdes dont l'utilisation fera l'objet d'un moratoire partiel (thiaméthoxame, clothianidine et imidaclopride), l'EFSA a reconnu que le Fipronil présentait aussi un risque de toxicité aiguë pour les abeilles mellifères. Le 4 juillet dernier, PAN Europe et la Confédération paysanne avaient enjoint à la Commission de procéder à l'examen de son règlement et annoncé qu'ils entameraient une action en justice, si la Commission n'imposait pas une interdiction totale de toutes les utilisations. (EUROPE 10882). (AN)