La zone euro après Chypre. Philip Suttle, chef économiste à l'IIF (Institut de la finance internationale), a été à ma connaissance le premier à affirmer explicitement que Chypre devrait dévaluer sa monnaie, ce qui impliquerait sa sortie de la zone euro. Sans quoi, estime-t-il, Chypre continue à payer les coûts liés à l'euro, sans bénéficier des avantages. Ce qui manque à l'affirmation de M. Suttle (et de ceux qui partagent son opinion) est la prise en considération des inconvénients et des contre-indications implicites de toute sortie de l'euro. C'est donc logique que les réactions à la thèse de M. Suttle constituent surtout des points d'interrogation. Par exemple: « Ça parait simple, sortir de l'euro… Mais alors, pourquoi on freine toujours dès qu'une telle sortie est évoquée ? » Ou encore: « On a du mal à voir le rapport entre l'euro et la mauvaise gestion des banques en faillite. En quoi la sortie de l'euro aiderait-elle ces banques ? » On le voit, les perplexités se réfèrent une fois de plus à l'impression que l'intérêt des banques prime et détermine les décisions (voir cette rubrique d'hier). Mais, parfois, ce qui est mis en doute est la possibilité en elle-même qu'une monnaie commune fonctionne entre des pays dont les conditions économiques sont radicalement différentes. Selon cette thèse, la monnaie allemande aurait dû s'apprécier de 50% face aux monnaies du Sud et après Chypre, on annonce la crise de la Slovénie: c'est la doctrine de la zone euro qui suscite des doutes. La méthode même d'évaluation est contestée: le PIB ne serait pas le bon instrument. En revanche, la discipline que l'UE est en train de définir pour gérer l'activité bancaire n'est pas souvent évoquée ; elle est pourtant essentielle et elle progresse. Mais les délais d'application demandent du temps…
Turquie: clarification d'objectifs sous-entendus. Une bonne nouvelle pendant la pause pascale est arrivée d'Ankara. Je me réfère à l'apaisement des relations entre les Turcs et les Kurdes qui habitent en Turquie. La trêve annoncée a été amplement commentée par la presse internationale. Toute action militaire est supprimée (ou simplement suspendue ?) et les forces armées kurdes en provenance du Kurdistan vont se retirer du territoire turc. C'est d'autant plus significatif que la pacification est lancée alors que la majorité parlementaire et le gouvernement n'ont rien gardé de laïque (en théorie, la République turque est définie comme telle) et affirment leur caractère musulman. Les Kurdes, on le sait, sont, depuis le Traité de Lausanne de 1923, dispersés entre Iran, Irak, Syrie et Turquie, et la partie turque (15 millions de personnes) ne revendique pas l'indépendance, mais une autonomie régionale qu'il faut définir. Le fait nouveau est donc, en principe, la fin d'un conflit armé qui a fait quand même 45 000 morts en 30 ans.
Quelques observateurs qui vont au-delà des apparences situent l'évolution décrite dans le cadre de l'Oumma, c'est-à-dire la communauté des croyants musulmans de toutes les tendances, dont les Kurdes font partie. Or, quand on pense à quel point les pires conflits actuels sont entre Musulmans de différentes tendances, des plus fanatiques aux plus ouverts, on peut comprendre le poids international qu'aurait une Turquie qui dépasse ce stade et le rôle de premier plan qu'elle jouerait dans ce contexte.
Du point de vue européen, les évolutions citées impliquent à la fois: a) le renforcement des liens et de la coopération entre l'UE et la Turquie ; b) l'absurdité de tenir en vie la fiction d'une adhésion turque à l'UE.
Les faits confirment donc ce que cette rubrique affirme depuis toujours. On peut se demander si la Turquie ne sera pas un jour le sixième des BRICS, après Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud.
L'Europe ne peut pas oublier son héritage. L'Europe, ou du moins certains pays européens comme la Belgique, ont officiellement abandonné leurs fêtes traditionnelles. Pour les écoles, les fêtes de Pâques, de Noël, de la Toussaint et de Carnaval sont finies. Ces dénominations ont été considérées comme dépassées et elles ont été remplacées, pour déterminer les congés scolaires, par congés (ou vacances) d'automne, d'hiver, de détente et de printemps. Remarquables les congés de détente, comme si l'objectif des autres vacances était le surmenage.
L'Europe aurait-elle honte de ses fêtes et de ses traditions ? L'évêque de Namur, André Léonard, a défini ces innovations curieuses et surtout irréalistes. Il pense que les gens, les enfants surtout, continueront à parler de vacances de Noël, vacances de Pâques, etc. Il explique: « Si on veut gommer l'héritage chrétien, gare à nos musées, au répertoire musical… Les réformes du calendrier auront le même sort que le calendrier républicain en France, avec ses Messidor ou Vendémiaire. »
(FR)