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Bulletin Quotidien Europe N° 10763
Sommaire Publication complète Par article 31 / 31
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 986

*** SOPHIE BOUTILLIER, FARIDAH DJELLAL, FAÏZ GALLOUJ, BLANDINE LAPERCHE, DIMITRI UZUNIDIS (sous la dir. de): L'innovation verte. De la théorie aux bonnes pratiques. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Business & Innovation", n° 3. 2012, 401 p., 46 €. ISBN 978-90-5201-864-5.

Pour le chroniqueur, une quatrième de couverture est toujours un tant soit peu suspecte puisqu'elle vise - très légitimement - à attirer le chaland. Dans ce cas, pourtant, elle se révèle moins incitation à la vente qu'invitation à ouvrir grands les yeux et à méditer sur le monde qui est le nôtre - et, plus encore, sur celui que nous léguerons à nos enfants. Jugez-en vous-mêmes: « Alors que dans le monde entier l'utilisation des ressources naturelles ne cesse de croître et l'environnement de se dégrader, les économistes, les managers et les politiques s'inquiètent avant tout de la perte de compétitivité de leurs entreprises et de leurs économies. Ils focalisent aussi leur attention sur les performances financières des systèmes économiques au détriment d'une réflexion approfondie sur les changements nécessaires et urgents des modes de production, de consommation et d'échange dans lesquels la contrainte environnementale pourrait se transformer en innombrables opportunités d'innovations et conduire à l'émergence d'une nouvelle économie »… Vous l'aurez compris, ce livre de scientifiques - il est le fruit de débats qui ont eu lieu au cours de l'École d'été du Réseau de recherche sur l'innovation organisée à la fin de l'été 2011 à l'Université du Littoral Côte d'Opale à Dunkerque - est à la fois un hymne et une incantation pressante au « faire autrement ».

Dans leur présentation générale, les coordinateurs de l'ouvrage commencent par rappeler à grands traits divers aspects du défi à relever. Il s'agit ainsi de « faire face à une double rareté », à savoir celle des ressources énergétiques dont les besoins ne cessent pourtant de croître et celle, plus angoissante encore car potentiellement mortifère, des capacités de la biosphère « à servir de décharge commune aux rejets de gaz à effet de serre et de multiples polluants chimiques ». En clair, la « machine à fabriquer des richesses » se retrouve aujourd'hui tout entière à la croisée des chemins, ce dont témoignent d'ores et déjà certains infléchissements dans les comportements d'individus et d'entreprises. Or, estiment les auteurs, le rôle des pouvoirs publics sera essentiel pour qu'émerge une société de « l'innovation verte » faisant enfin le lit du développement durable et d'une économie plus vertueuse. A eux de canaliser les pulsions vers un nouveau monde inéluctable, tant il est vrai par exemple que « rien n'est plus stimulant pour la créativité scientifique et technologique que la perspective d'une rareté croissante ». Loin d'être pessimistes, les scientifiques qui tiennent la plume s'emploient résolument à paver la voie conduisant à ce nouveau monde, eux qui procèdent à l'analyse de différentes expériences d'éco-innovation et de la manière dont elles s'inscrivent dans le « nouveau paradigme sociotechnique en construction ».

La première partie du livre est consacrée à un cadrage théorique général sur la notion d'innovation verte et sur la manière dont la prise en compte de la problématique environnementale pourrait transformer les modèles et/ou théories économiques aujourd'hui dominants. Les auteurs y contestent notamment la domination persistante du paradigme industriel alors que le secteur tertiaire est devenu le moteur principal de l'économie dans les pays les plus développés. C'est pourquoi, entre autres, Sophie Boutillier (Université du Littoral Côte d'Opale) et Ingrid Vaileanu-Paun (Université Paris 7) lui opposent le paradigme de l'économie des fonctionnalités, jugeant que le potentiel éco-compatible des services ne pourra se réaliser que si l'on passe de l'achat systématique de biens à leur mise à disposition temporaire. Elles font également valoir que le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication, ainsi que l'économie numérique, constitue le support de la nouvelle forme d'organisation économique et sociale qui se profile à l'horizon. A noter aussi la contribution qu'Aurore Moroncini et Mouloud Kadri (Université de Mons) consacrent à la mise en œuvre de l'Eco-Management and Audit Scheme » de l'Union européenne, l'exemple du Centre de valorisation des déchets de Thumaide, en Belgique, leur prouvant combien l'émergence d'approches volontaires de protection de l'environnement peut amener les entreprises à voir dans celles-ci une aubaine. La deuxième partie du livre se penche précisément sur les rapports entre stratégies entrepreneuriales et promotion d'innovations vertes. Blandine Laperche et Dimitri Uzunidis y montrent entre autres que les éco-innovations peuvent difficilement émerger de la seule stratégie des entreprises, laquelle est toujours orientée dans le contexte actuel vers la réalisation de profit à court terme. Toutefois, observent-ils, la crise actuelle pourrait en amener certaines à changer plus vite que prévu leur fusil d'épaule. Pour sa part, Danièle Bénézech confirme le potentiel des « circuits courts », les réseaux locaux étant même de nature à réconcilier les deux côtés du marché, à savoir l'offre et la demande. La troisième partie est précisément consacrée à l'hypothèse que les innovations vertes prendraient plus aisément racine lorsqu'elles sont inscrites dans de fortes interrelations de proximité: géographique, cognitive, organisationnelle, productive, financière, etc. Sur la base de la Californie, territoire par excellence de la révolution verte, une conclusion finalement assez pessimiste est tirée: « la crise financière, le resserrement des budgets, l'austérité salariale, etc., laissent peu de place aux efforts de conception d'une nouvelle économie ». Sans doute. Mais une révolution n'est jamais déclenchée par les pouvoirs en place, politiques ou économiques ; elle l'a toujours été par des citoyens insatisfaits. Et beaucoup, aujourd'hui, le sont !

Michel Theys

*** CORNEL MICU: From Peasants to Farmers ? Agrarian Reforms and Modernisation in Twentieth Century Romania. A Case Study: Bordei Verde Commune in Braila County. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Publications Universitaires Européennes - European University Studies", n° 1090. 2012, 294 p., 49,80 €. ISBN 978-3-631-62247-6.

Au cours du XXème siècle, la Roumanie a connu pas moins de quatre réformes agraires, de l'octroi de terres des années 21 et 45 à la collectivisation des années 50 et, in fine, au retour à la propriété privée qui accompagna la chute du régime Ceausescu. Pourtant, rien n'y fit: l'agriculture restait envers et contre tout le secteur le plus arriéré de l'économie roumaine, au point même qu'il constitua l'un des dossiers les plus délicats lors des négociations d'adhésion de la Roumanie à l'Union européenne. Dans cet ouvrage, un politologue et historien qui enseigne à l'Université Danubius de Galati s'emploie à mettre à nu les raisons de ce marasme persistant en analysant de manière approfondie l'action de trois secteurs de la société roumaine impliqué dans ces vagues successives de réformes, à savoir les élites nationales qui en ont arrêté les contours, l'administration qui a eu la tâche de mettre en œuvre les projets arrêtés et, enfin, les personnes qui, sur le terrain, eurent à en subir les conséquences. Il ressort notamment de cette étude que les modernisations suscitées par l'Union dans le secteur agricole roumain ont été beaucoup plus efficaces que toutes les tentatives précédentes.

(PBo)

*** JOSEP L. BARONA: From Hunger to Malnutrition. The Political Economy of Scientific Knowledge in Europe, 1918-1960. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "European Food Issues", n° 3. 2012, 372 p., 46 €. ISBN 978-90-5201-856-0.

Enseignant l'histoire de la science à l'Université de Valence, Josep Barona présente, dans ces pages, une étude approfondie des interactions entre le régime alimentaire, la faim et la santé dans l'Europe au cours de la période allant du sortir de la Première Guerre mondiale jusqu'aux années 60. Il s'appuie sur les archives de la Ligue des Nations, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture, la Fondation Rockefeller et l'Organisation mondiale de la santé, il montre combien les pénuries alimentaires ont affecté la santé de la population et, aussi, combien elles ont dynamisé la recherche scientifique, ayant progressivement fait le lit d'une nouvelle économie politique de la connaissance scientifique.

(MT)

*** Futuribles. Analyse et prospective. Futuribles Sarl (47 rue de Babylone, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 53633770 - fax: 42226554 - Courriel: revue@futuribles.com - Internet: http://www.futuribles.com ). Décembre 2012, n° 391, 112 p., 14 €. Abonnement annuel: 115 €. ISBN 978-2-84387-404-8.

Le numéro de décembre de la principale revue de prospective en langue française qui a été créée en 1974 par Hugues de Jouvenel se révèle à nouveau très riche et éclectique. Epinglons tout particulièrement la contribution que Jean-Michel Huet consacre aux quatre milliards de personnes dans le monde qui ont les mêmes besoins que tout le monde - manger, boire, s'éclairer, etc. - mais qui n'intéressent guère les entreprises privées compte tenu de leur maigre solvabilité. Cet expert explique, arguments forts à l'appui, que ces firmes commettent une erreur stratégique en oubliant « les oubliés du bas de la pyramide », selon la formule de Franklin Roosevelt en 1932. Pour sa part, Nadine Cattan (CNRS) présente quatre scénarios relatifs à la place de la France dans le monde à l'horizon 2040, tandis que Jean-François Drevet, ancien fonctionnaire de la Commission, apporte des réponses assez chagrines à la question de savoir si l'Union peut sortir de l'impasse, jugeant notamment que les États n'ont pas assez fait prévaloir l'intérêt européen sur leurs intérêts nationaux jusqu'à présent.

(MT)

*** FRANCESCO GARIBALDO, MIRELLA BAGLIONI, CATHERINE CASEY, VOLKER TELLJOHANN (sous la dir. de): Workers, Citizens, Governance. Socio-Cultural Innovation at Work. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "Labour, Education & Society", n° 27. 2012, 222 p., 39,80 €. ISBN 978-3-631-61429-7.

Dans cet ouvrage, des sociologues et économistes se penchent sur les maux dont souffre la démocratie à la lumière des entraves à la démocratie participative qui prévalent dans le monde du travail et des entreprises en Europe. Leur but consiste à répertorier les difficultés liées à la montée en puissance, ces dernières années, de règles et systèmes imposés par les élites en vue de formuler des alternatives et d'imaginer des alternatives auxquelles pourraient avoir recours les partenaires sociaux en vue de renforcer et rééquilibrer le dialogue social - et partant, selon les auteurs, de redonner des couleurs à la démocratie tout court. Dans le premier chapitre, le sociologue industriel Francesco Garibaldo explique ainsi que la crise actuelle est le produit de « régimes réglementaires néo-libéralisés », Roland Erne (University College de Dublin) assurant ensuite que les syndicats d'Europe, pris en tenaille entre « les contraintes prédéterminées découlant du processus décisionnel technocratique de l'Union et les exigences particulières des processus socio-économiques nationaux », en arrivent à oublier leur mission d'émancipation économique, sociale et politique. Dans le même esprit, Mirella Baglioni, professeur de socio-économie à l'Université de Parme, montre que le rôle des partenaires sociaux diffère d'un pays à l'autre, leur point commun étant de ne pas exprimer de « valeurs communes conduisant à l'innovation socio-culturelle dans les relations de travail », Richard Hyman invitant, lui, les syndicats à envisager une nouvelle stratégie d'inclusion sociale afin de donner enfin des couleurs à l'Europe sociale. D'autres auteurs analysent encore de manière critique la re-marchandisation d'une série de biens sociaux, l'efficacité des directives relatives à l'information et la consultation des travailleurs, la faiblesse des moyens institutionnels mis au service de l'objectif EUROPE 2020, etc. Les derniers chapitres tracent quelques pistes en vue de rendre à l'avenir le tableau moins sombre…

(PBo)

*** HELEN STALFORD: Children and the European Union. Rights, Welfare and Accountability. Hart Publishing (16 C Worcester Place, Oxford, OX1 2JW, UK. Tél.: (44-1865) 517530 - fax: 510710 - Courriel: mail@hartpub.co.uk - Internet: http://www.hartpub.co.uk ). Collection "Modern Studies in European Law", n° 32. 2012, 252 p., 27,50 £. ISBN 978-1-84113-765-0.

L'Union européenne compte quelque 107 millions d'enfants et il en naît chaque année 5,4 millions dans les vingt-sept pays membres. Grâce soit dès lors rendue à Helen Stalford pour avoir consacré une étude à la manière dont ce cinquième de la population d'Europe est traité. Directrice de l'Unité des droits de l'enfant européen à la faculté de droit et de justice sociale de l'Université de Liverpool, cette juriste propose une analyse critique approfondie du cadre juridique et politique qui sous-tend les droits des enfants dans l'Union, abordant des domaines tels que les dispositifs visant à garantir leur protection, le droit de la famille, l'éducation et l'immigration. Alors que les droits des enfants font désormais l'objet d'une mention explicite dans le Traité de Lisbonne et que la Commission a lancé en février 2011 un Agenda visant à les renforcer pratiquement, ce livre se pose en référence en ce domaine. Quelle est la valeur ajoutée de traiter des droits de l'enfant au niveau de l'Union ? De quels mécanismes celle-ci dispose-t-elle pour mieux les promouvoir ? Peut-on être sûrs que les mesures adoptées par l'Union européenne en ce domaine ne font pas double emploi ou, plus grave, ne sont pas en contradiction avec des dispositions arrêtées dans les États ou privilégiées par le Conseil de l'Europe ou les Nations unies ? Dans quelle mesure l'Agenda que l'Union leur dédie est-il dominé par un souci paternaliste de protéger les enfants plutôt que de les responsabiliser ? Y a-t-il suffisamment de dispositions européennes qui appréhendent les enfants comme des acteurs indépendants et non point comme des objets passifs devant faire l'objet de contrôles et de soins ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles il est apporté des réponses éclairantes.

(PBo)

*** Manuel de droit européen en matière de non-discrimination. Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (11 Schwarzenbergplatz, 1040 Vienne. Tél.: (43-1) 58030-60 - fax: 58030-693 - Courriel: info@fra.europa.eu - Internet: http://www.fra.europa.eu ) et Cour européenne des droits de l'homme (67075 Strasbourg Cedex. Tél.: (33-3) 88412018 - fax: 88412730 - Courriel: publishing@echr.coe.int - Internet: http://www.echr.coe.int ). 2011, 177 p.. ISBN 978-92-871-9994-2 et 978-92-9192-669-5.

Assortie d'un CD-Rom, cette publication présente utilement l'ensemble des législations de l'Union et du Conseil de l'Europe en matière de non-discrimination, montrant à la fois leurs recoupements et, parfois, leurs divergences. L'impressionnant corpus jurisprudentiel établi en la matière par la Cour européenne des droits de l'homme et par la Cour de justice est également passé en revue.

(MT)

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