L'UE dans la guerre en Afrique ? Soutien, préoccupation et perplexité: c'est la triple réaction, en partie contradictoire, qu'a suscité dans l'UE la décision française d'engager ses forces armées au Mali. La seule réaction officielle des institutions communautaires que je connaisse est celle du président de la sous-commission Sécurité et Défense du Parlement européen, Arnaud Danjean, qui a qualifié de nécessaire et légitime l'action de la France car elle répond à la demande d'un pays ami et s'appuie sur deux résolutions explicites des Nations unies autorisant le recours à la force. M. Danjean a ajouté: « Nous pouvons juste regretter que plus de pays ne participent pas à cet effort, alors que le processus de déploiement d'une mission européenne est acté depuis des semaines et tarde toujours à se concrétiser. » Et il a précisé: « Nos partenaires européens et africains doivent également assumer leurs responsabilités face au défi collectif à la stabilité et à la sécurité. »
M. Danjean s'est exprimé à titre personnel, et sa prise de position porte évidemment la marque de sa nationalité. Il est évident que la décision française soulève des problèmes pour l'UE dans son ensemble et que ses répercussions pourraient s'étendre aux relations avec les pays du Maghreb. Cette rubrique y reviendra.
Chypre, premier cas de sortie de l'euro ? Ça a été écrit en toutes lettres: Chypre pourrait être le premier pays de la zone euro à en sortir. Il ne représente que 0,15 % du produit intérieur brut des pays de l'euro, ce qui signifie qu'en chiffres absolus l'aide demandée ne paraît pas colossale. Mais dans la première phase des négociations, en juin dernier, le président chypriote, Dimitris Christophias, avait rejeté a priori les conditions habituelles de ces opérations, surtout les privatisations (ce qui est normal de sa part car il est communiste), et les négociations avec la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne et FMI) avaient été interrompues. Elles ont ensuite repris et les autorités chypriotes se sont fixé l'objectif de les conclure avant les élections présidentielles nationales (17 et 24 février). Du côté communautaire on est beaucoup plus prudent (voir nos bulletins 10760 et 10762), d'autant plus que M. Christophias ne sera pas candidat et, du moins en théorie, son départ pourrait faciliter les négociations.
Mais en réalité, au-delà des déclarations officielles logiquement apaisantes, les réticences et les obstacles gonflent. Les aspects évoqués en particulier dans la presse allemande sont les suivants: a) le secteur financier de Chypre, pléthorique, aurait besoin de 10 milliards d'euros à lui seul, ayant été laminé par l'explosion de la bulle immobilière et par d'autres évolutions ; b) le président du parti social-démocrate allemand, Sigmar Gabriel, a cité des informations selon lesquelles l'activité de certaines banques chypriotes réside surtout dans la complicité avec la fraude fiscale ; c) les banques jouent le rôle de centre offshore pour les investisseurs russes. Le Spiegel a écrit, en se fondant sur un rapport des services secrets allemands dont il aurait eu connaissance, que soutenir les banques chypriotes signifierait aider la mafia russe.
Le renflouement financier de Chypre dans le volume et les modalités dont il est question gonflerait l'endettement du pays à plus de 180 % de son PIB, ce qui serait insoutenable selon le FMI. C'est pourquoi les mots sortie de la zone euro ont été prononcés.
Pression américaine sur Londres. Il est compréhensible que les États-Unis fassent savoir au Premier ministre britannique leur souhait que le Royaume-Uni ne quitte pas l'UE ; il est moins normal que cette démarche soit effectuée en faisant valoir les intérêts américains. Pourtant, c'est bien en ce sens que s'est exprimé Philip Gordon, secrétaire d'État adjoint américain chargé de l'Europe, qui, en rendant hommage à l'importance mondiale de l'UE a ajouté: « Nous voulons que le Royaume-Uni ait une réelle influence en son sein (…) Nous souhaitons une Union européenne tournée vers l'extérieur et que le Royaume-Uni en fasse partie. »
C'est presqu'une mise en garde et il revient aux autorités britanniques de réagir. Mais les autres pays de l'UE sont déjà perplexes sur la manière dont le R.-U. interprète sa présence dans l'UE: un État membre qui réclame le droit de choisir les aspects de la construction communautaire auxquels il souhaite participer (voir cette rubrique dans le bulletin précédent), sans oublier qu'il ne participe pas à des réalisations essentielles comme la monnaie unique, l'espace Schengen ou le Traité de discipline budgétaire. Va-t-on en outre lui confier le rôle de représentant des États-Unis au sein de l'UE ?
(FR)