Bruxelles, 02/08/2012 (Agence Europe) - La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé, jeudi 2 août, qu'elle se tenait prête, si nécessaire, à racheter des titres souverains de pays de la zone euro en difficulté si les Dix-sept, par le biais de leurs fonds européens de sauvetage (FESF, MES), agissent au préalable. En cas d'intervention sur les marchés secondaires, elle précisera les montants acquis et l'identité des pays qui en bénéficieront. Aucun élément sur le calendrier n'a filtré dans la mesure où les détails techniques de ces opérations seront arrêtés « dans les prochaines semaines » et où l'activation des fonds de sauvetage n'a, à ce stade, fait l'objet d'aucune demande d'un pays de la zone euro.
« Le Conseil des gouverneurs, dans le cadre de son mandat relatif au maintien de la stabilité des prix à moyen terme, et conformément à son indépendance en matière de politique monétaire, pourra entreprendre des opérations ponctuelles sur les marchés d'une amplitude adéquate en vue d'atteindre son objectif », a déclaré M. Draghi. À ce titre, la question du statut ('senior') des détenteurs publics de dette souveraine devra être réglée. Les détenteurs privés de titres s'inquiètent en effet de la possibilité que les créanciers institutionnels puissent être prioritaires en matière de remboursement si un pays fait défaut.
Conditionnalité. Justifié par l'impact nuisible sur la politique monétaire qu'ont des taux d'intérêt sur dette souveraine trop élevés, le rachat de titres souverains concernera les pays de l'Eurozone, comme l'Italie et l'Espagne, qui font de gros efforts budgétaires et flexibilisent leur économie mais continuent à être la cible des marchés. Madrid a d'ailleurs réussi, jeudi, son émission de titres à 10 ans mais à des taux d'intérêt en hausse par rapport à la dernière émission équivalente (voir autre nouvelle).
La BCE place à nouveau les États face à leur responsabilité: la politique monétaire est inefficace si les États ne continuent pas à consolider leurs finances publiques ni à réformer leurs économies. Surtout, « les gouvernements doivent se tenir prêts à activer les fonds FESF/MES pour le rachat de dette souveraine en cas de circonstances exceptionnelles sur les marchés financiers et de risques pour la stabilité financière », estime l'Institut de Francfort. Cette opération est « nécessaire mais pas suffisante », selon M. Draghi.
Lors de son dernier sommet, l'Eurozone a rappelé que les fonds FESF/MES pourront être mis à contribution « de manière souple et efficace afin de stabiliser les marchés pour les États qui respectent leurs recommandations par pays et leurs autres engagements » au titre du Pacte de stabilité révisé et du processus budgétaire du 'Semestre européen' (EUROPE n°10645). « Ces conditions devraient être consignées dans un mémorandum d'accord », ajoutent les Dix-sept. Encore faut-il qu'un État fasse formellement appel à ce type d'aide. À ce jour, ni l'Espagne ni l'Italie n'ont formulé une telle demande, a reconnu M. Draghi.
Cette décision de la BCE, destinée à clarifier les récents propos de son président selon qui tout sera fait pour garantir l'irréversibilité de l'euro (EUROPE n° 10664), a été prise à l'unanimité des gouverneurs de l'Institut monétaire excepté le président de la Bundesbank qui a publiquement fait part de son opposition à la relance de ce type de mesure non conventionnelle (EUROPE n° 10668). Même si, selon M. Draghi, M. Weidmann ne conteste pas le principe selon lequel tout doit être fait pour défendre le caractère irréversible de la monnaie unique. « Ça ne sert à rien à parier à court terme contre l'euro », a appuyé M. Draghi.
Les places financières européennes ont accueilli avec scepticisme les déclarations de la BCE. La prime de risque sur les titres espagnols à 10 ans a dépassé à nouveau les 7%. Reste à voir si les acteurs financiers s'en contenteront à court terme ou s'ils vont tester la volonté de la BCE.
Quel événement récent a poussé la BCE à agir ? Il n'y aurait pas d'événement isolé qui a poussé la Banque à prendre cette décision, juste le sentiment d'une aggravation de la crise de la dette souveraine. « Notre plus grande inquiétude concerne la fragmentation des marchés », a expliqué M. Draghi. Il a énuméré une liste d'éléments illustrant cette fragmentation parmi lesquelles la part des prêts monétaires transfrontaliers qui n'atteint plus que « 40% » du total, « l'augmentation significative des collatéraux de nature nationale » qui représentent désormais 80% du total. Des évolutions identiques sont observées en matière de financement interbancaire ainsi que sur les marchés de la dette souveraine. « C'est ce que nous devons surmonter, corriger et changer », a estimé l'ancien gouverneur de la Banca d'Italia.
Taux inchangés. La BCE a par ailleurs décidé à l'unanimité de maintenir inchangés ses taux d'intérêt, un mois après avoir décidé de ramener le taux de refinancement bancaire dans l'Eurozone au niveau historique de 0,75% (EUROPE n°10649). M. Draghi a indiqué que l'inflation, sous contrôle (2,4% en juillet) continuerait à diminuer pour revenir sous la barre des 2% début 2013. (MB)