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Bulletin Quotidien Europe N° 10652
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INSTITUTIONNEL / (ae) chypre

Les Chypriotes turcs voudraient que l'UE s'engage plus dans la réunification

Bruxelles, 10/07/2012 (Agence Europe) - Plusieurs membres de la société civile et des politiciens chypriotes de la partie de Chypre occupée par la Turquie ont indiqué à un groupe de journalistes - dont Agence Europe - en voyage en République turque de Chypre nord en fin de semaine dernière qu'ils souhaitent que l'UE s'engage davantage pour la réunification de l'île. Ils espèrent que la présidence chypriote de l'UE mettra le problème de la réunification en avant pour que les Chypriotes turcs, qui sont des citoyens de l'UE, ne soient plus des Européens « de seconde zone ». Si toute l'île est officiellement territoire de l'UE, l'acquis communautaire est suspendu pour la partie nord. Ses habitants n'ont pas non plus de député européen qui les représente. « Nous sommes des citoyens européens mais nous n'avons pas les droits des citoyens européens », a expliqué un membre du parti républicain turc. Plusieurs Chypriotes turcs craignent d'être de plus en plus oubliés et de ne jamais bénéficier des avantages de l'adhésion. Les Chypriotes turcs rencontrés se définissent comme des Chypriotes turcs, des Européens et des Chypriotes, plus que comme des Turcs.

Un député du parti républicain turc souhaiterait aussi que le turc, la langue qu'il parle, devienne une langue officielle de l'UE, afin que ses concitoyens soient mieux informés sur l'UE et puissent mieux communiquer.

La seule solution: la réunification

Pour les Chypriotes turcs, la « seule solution est la réunification ». « La solution d'une fédération est la seule solution. L'UE a beaucoup à faire pour cette solution », a souligné le député, rejetant toute annexion de leur partie de l'île par la Turquie. Certains chypriotes turcs considèrent que l'UE aurait dû attendre que Chypre soit réunifiée avant de faire adhérer la République de Chypre, et utiliser la réunification comme moyen de pression car ils considèrent la pression est plus forte sur la partie occupée que sur la République de Chypre. Selon un intellectuel chypriote turc, la résolution du conflit dépend aussi de l'amélioration des relations entre l'UE et la Turquie.
« Chaque phase constructive dans les relations UE-Turquie s'est reflétée positivement sur les négociations sur Chypre, et vice versa », a-t-il expliqué.

Occasions manquées

Les Chypriotes turcs commencent à perdre espoir. « À cause de promesses non tenues on croit de moins en moins à la réunification », a souligné un politicien. « Nous avons besoin d'une volonté politique des deux côtés », a souligné le député qui souhaite un « État partagé équitablement entre les deux communautés ». Car certains Chypriotes turcs ne sont pas convaincus que leurs homologues grecs soient réellement engagés dans la réunification et ont peur qu'ils se satisfassent du statu quo. Selon plusieurs Chypriotes turcs, la jeune génération chypriote grecque ne serait pas prête à partager l'île.

En 2010, la réunification était proche, avec un plan donnant tous les éléments, mais le président de la République de Chypre, Demetris Christofias se serait rétracté à la dernière minute, a rapporté le député. « (Le secrétaire général de l'ONU) Ban Ki-moon est venu à Chypre avant les élections. Il était prêt à dire qu'il y avait des convergences et qu'ils continueraient après les élections mais Christofias n'a pas trouvé le courage de prendre les dernières décisions », a-t-il expliqué.

Un passé encore présent

Les Chypriotes turcs regrettent aussi que les Chypriotes grecs ne viennent pas dans la partie nord de l'île, en raison d'un « blocage psychologique », selon eux. Les Chypriotes grecs sont encore, entre autres, très marqués par le fait d'avoir dû quitter leur maison lors de la guerre en 1974 et beaucoup ne sont jamais retournés visiter leur ville d'origine. La question de la ville fantôme de Famagusta, quartier de cette ville de Chypre nord abandonné par les Chypriotes grecs en 1974 et depuis zone interdite, est toujours très sensible en République de Chypre.

Mais les relations entre les deux parties de l'île existent cependant. Chaque jour, 2000 Chypriotes turcs passeraient par un des 7 check points entre les deux parties de l'île pour aller travailler en République de Chypre, même si ce nombre a diminué depuis le début de la crise et avec la concurrence des travailleurs venus de l'est de l'Europe. Mais l'inverse est peu vrai, ce qui s'explique en partie par le fait que le revenu dans la partie nord est moitié moindre que dans la partie sud. Les Chypriotes turcs bénéficient aussi de l'aide médicale gratuite en République de Chypre.

Liens extérieurs forts

S'ils sont occupés par la Turquie qu'ils qualifient de grande sœur, les Chypriotes turcs s'inquiètent de perdre leur culture face à la culture turque, tout en réfutant le fait que les Turcs seront bientôt plus nombreux que les Chypriotes turcs. Pour le maire de Famagusta, en raison de la crise, les Turcs repartent en Turquie.

Les Chypriotes turcs rappellent aussi que la Grèce est très présente à Chypre sud. Un journaliste chypriote turc a précisé que plusieurs milliers de militaires grecs sont présents, que le drapeau grec est omniprésent et que la République de Chypre n'a pas d'hymne officiel propre mais utilise celui de la Grèce. « C'est un hymne provisoire en attendant la réunification », justifie un fonctionnaire chypriote grec. Ce journaliste regrette aussi que l'équipe de football de Chypre ne compte aucun Chypriote de la partie nord de l'île, alors qu'une Chypriote turque va participer aux Jeux Olympiques de Londres sous les couleurs de la Turquie. (CG)

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