Bruxelles, 05/04/2012 (Agence Europe) - Les pilotes d'avion dénoncent la pression du lobby des compagnies aériennes sur l'Agence européenne pour la sécurité aérienne (AESA). Elle s'obstinerait selon eux à proposer des règles dangereuses en matière de fatigue des pilotes, et ce en dépit de trois analyses scientifiques mettant en lumière le degré de dangerosité des vols réalisés sous l'emprise de la fatigue. Les pilotes souhaitent que l'AESA adopte une approche prudente suivant le principe de la précaution.
Trois limites dangereuses. L'association européenne des cockpits (ECA) attire l'attention sur le fait que les vols de nuit sont une période critique pour les pilotes. Ils devraient donc être limités à 10 heures pour prévenir tout risque d'insécurité, contrairement aux 11 heures que préconise l'AESA, et qui répondent pleinement au souhait des compagnies aériennes. Autre sujet de grief pour les pilotes: la veille imposée aux pilotes et à l'équipage en cabine tenus de rester disponibles pour une compagnie aérienne en cas d'urgence. La proposition de l'AESA en la matière voudrait qu'un pilote puisse faire décoller un avion après 20h de veille, et après être resté éveillé plus de 22 heures. La veille est aussi un élément essentiel pour les compagnies aériennes qui doivent pouvoir être flexibles. Par ailleurs, de longues journées de travail, composées de plusieurs décollages et d'atterrissages, multiplient le risque d'accidents. Si les scientifiques estiment qu'une journée de travail devrait être réduite après deux séries de décollage et d'atterrissage, l'AESA fixerait pourtant la limite à trois. De quoi exacerber encore le mécontentement des pilotes.
Responsabilité ministérielle ? L'ECA apprécie cependant que lors des discussions des ministres européens aux Transport, réunis le 22 mars dernier, les propositions de l'AESA aient fait l'objet d'interrogations. Mais les pilotes mettent garde ces mêmes ministres. « Il y a encore des gouvernements qui n'ont pas encore réalisés les véritables risques d'un pilote mort de fatigue. Ils n'ont pas réalisé non plus le fait que, en fin de compte, les doigts seront pointés sur eux s'ils n'ont pas été en mesure de prendre leurs responsabilités pour fournir aux voyageurs européens des règles en matière de fatigue sûres et basées sur la science », déplore l'organisation dans un communiqué. (MD)