Bruxelles, 05/04/2012 (Agence Europe) - Des règles harmonisées pour comptabiliser les émissions et les absorptions de gaz à effet de serre de la foresterie et de l'agriculture, comme le propose la Commission européenne (EUROPE n° 10572), c'est une bonne chose, mais il faudrait aller plus loin, estime l'ONG CEEweb for Biodiversity. Tout en saluant la proposition de la Commission, jugée essentielle pour que ces deux secteurs contribuent, eux aussi, à la réalisation des engagements climatiques de l'UE, CEEweb for Biodiversity appelle de ses vœux une proposition complémentaire établissant des objectifs spécifiques pour les activités forestières et agricoles, et l'inclusion de ces objectifs dans un cadre législatif pour la politique environnementale fondé sur une approche qui tienne compte des écosystèmes. CEEweb appelle aussi de ses vœux à l'adoption de plans d'action par les États membres pour accroître les absorptions de carbone et réduire leurs émissions dans les deux secteurs.
S'agissant de l'agriculture, l'ONG recommande aux États membres: - de diversifier les paysages agricoles pour faire en sorte que les terres cultivées alternent avec des pâturages et des habitats semi-naturels ; - de diversifier leurs systèmes agricoles tant en termes d'aménagement du territoire qu'en termes d'espèces et de variétés de cultures et d'animaux élevés pour la reproduction ; - de préférer des variétés adaptées aux conditions locales de manière à renforcer la diversité des cultures à l'échelle régionale et en gardant à l'esprit que les variétés locales ont une diversité génétique relativement élevée - un facteur clé pour la résilience agricole.
La capacité de résilience et d'adaptation aux changements climatiques des forêts étant fortement tributaire de leur dynamique naturelle et biologique (diversité de micro-habitats, d'espèces et des variantes génétiques) et de leur diversité structurelle (âge et distribution des arbres), l'ONG estime que les objectifs de la foresterie durable devront être intégrés dans la politique agricole commune et largement soutenus par la PAC.
S'agissant de la foresterie l'ONG estime que les États membres devraient empêcher les émissions de carbone des forêts anciennes en leur conservant leur statut naturel ; introduire largement la pratique de gestion par la non-intervention dans les forêts spéciales (riveraines ou sèches) ; encourager la gestion durable des autres types de forêts ; veiller à mettre l'accent sur la présence de suffisamment de bois mort dans les plans de gestion des forêts ; protéger les micro-habitats ; protéger les sols des forêts ; renforcer la proportion de zones forestières non exploitées ou exploitées de manière durable tout en restreignant l'usage intensif des plantations.
À l'appui de ses aspirations et recommandations, CEEweb for Biodiversité rappelle notamment que la quantité de carbone stockée dans les sols d'Europe est quinze fois supérieure à la quantité annuelle de gaz à effet de serre émis par l' UE, 2,5 fois plus importante que le carbone stocké dans la biomasse aérienne et 7 fois supérieure aux quantités de carbone stockées dans les champs pétrolifères et gaziers d'Europe.
L'ONG rappelle aussi qu'eu égard à la grave érosion des sols dans l'UE, le risque existe que les sols européens perdent leur statut de puits de carbone pour se transformer en sources de carbone.
La proposition de décision de la Commission présentée le 12 mars a vocation à transposer en droit européen la décision sur les LULUCF (sigle anglais pour utilisation des terres et changement d'affectation des terres) adoptée par la communauté internationale en décembre dernier à Durban lors de la conférence climatique onusienne sur le changement climatique (COP 17). (AN)