Wroc³aw, 16/09/2011 (Agence Europe) - Mise en œuvre, mise en œuvre, mise en œuvre. L'Eurogroupe a répété inlassablement que la Grèce doit respecter ses engagements budgétaires si elle souhaite obtenir le versement en octobre d'une nouvelle tranche d'aide financière, vendredi 16 septembre lors de sa réunion informelle à Wroc³aw (Pologne). Il a exhorté les douze pays de la zone euro n'ayant pas ratifié les décisions du sommet de la zone euro à le faire d'ici un mois. Quant aux demandes finlandaises de garanties grecques en vue d'une contribution finlandaise au 2ème sauvetage grec, les discussions se poursuivent.
Pour la Grèce, respecter « totalement » les engagements budgétaires et structurels fixés est « crucial », a déclaré le président de l'Eurogroupe Jean-Claude Juncker, satisfait des « mesures additionnelles » - création d'une taxe exceptionnelle sur l'immobilier - que le gouvernement grec a prises le week-end dernier afin de combler un trou budgétaire proche de 2 milliards d'euros pour 2011 (EUROPE n°10450). Selon lui, une décision sur le versement d'une nouvelle tranche financière sera prise « en octobre », sur la base du rapport que produira la 'troïka' (Commission européenne, BCE, FMI) qui a repris ses travaux à Athènes en début de semaine. « La balle est dans le camp de la Grèce », a estimé le commissaire aux Affaires économiques et monétaires Olli Rehn. Il a salué la « ferme détermination » des autorités grecques à mettre en œuvre leur programme d'austérité. Le ministre grec des Finances Evángelos Venizélos a en effet réitéré à ses homologues que son pays était déterminé à respecter tous ses engagements en 2011 et 2012 de manière à enregistrer un excédent budgétaire primaire dès que possible. Pour la 4ème année consécutive, l'économie est plongée dans la récession qui atteindra cette année 5,3%.
Le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet a attiré l'attention de tous les pays de l'Eurozone sur la nécessité d'appliquer « de manière stricte, exhaustive et rapide » toutes les décisions « individuelles et collectives » prises: les pays soutenus financièrement doivent prendre les mesures contenues dans leur programme d'ajustement économique et les seize autres doivent ratifier les décisions du sommet de la zone euro de fin juillet relatives au 2ème sauvetage grec et à l'extension des capacités du fonds de sauvetage européen, la Facilité EFSF. À ce titre, M. Juncker a fixé à « mi-octobre » la date limite des ratifications nationales, alors que l'Allemagne et la France avaient demandé à ce que toutes les procédures soient bouclées d'ici la fin du mois. À ce jour, cinq États membres (Belgique, Espagne, France, Italie, Luxembourg) ont tenu leur engagement. L'Allemagne se prononcera le 29 septembre, mais l'Autriche a repoussé la date du vote et des doutes existent concernant un vote rapide en Slovaquie.
EFSF. Conformément aux décisions de fin juillet, l'Eurogroupe a concrétisé les modalités de tarification des prêts octroyés par l'EFSF à l'Irlande, au Portugal, et bientôt à la Grèce. Les taux d'intérêt seront fixés de manière à couvrir « les coûts de financement et les coûts opérationnels », a indiqué M. Juncker. Ils seront donc réduits au maximum pour soulager le service de la dette des pays sous tutelle financière, les pays créanciers renonçant ainsi à une rémunération plus conséquente du risque encouru en se portant au secours des pays en difficulté. Vantant la notoriété acquise par l'EFSF, son directeur général Klaus Regling a affirmé que le fonds de sauvetage serait en mesure de prêter davantage (jusqu'à 440 milliards d'euros) et de diversifier ses interventions (rachat de dettes souveraines sur les marchés secondaires, soutien exceptionnel du secteur bancaire d'un pays ne faisant pas l'objet d'un programme) dès que les Dix-sept auront entériné les décisions prises fin juillet. « À ce moment-là, nous serons prêts », a-t-il assuré.
Garanties. Les espoirs d'un accord sur les garanties que réclame la Finlande en échange de sa participation au 2ème sauvetage grec ont été douchés tôt le matin. « Malheureusement, je ne crois pas que nous trouverons une solution ce soir », a reconnu la ministre finlandaise des Finances Jutta Urpilainen à son arrivée. Au début des années 1990, la Finlande a traversé une grave crise financière. Pour s'en sortir, elle avait notamment pris des mesures radicales, apportant aussi des garanties au secteur financier. Pressé par une opinion publique gagnée par l'euroscepticisme, le gouvernement réclame des engagements similaires de la part de la Grèce. Parmi les pistes évoquées figurent le dépôt d'une caution financière et la mise en gage d'actifs immobiliers. D'autres pays de la zone euro (Pays-Bas, Autriche…) seraient tentés de demander à bénéficier d'un traitement similaire. Afin de rendre le mécanisme en gestation le moins attractif possible, les pays bénéficiaires pourraient être contraints à renoncer à une partie des bénéfices qu'ils retirent des garanties apportées aux prêts de l'EFSF. « Si la Finlande souhaite des garanties, elle recevra évidemment un retour moins important des prêts octroyés », a considéré le ministre belge des Finances Didier Reynders.
Dialogue UE-US. Signe de la gravité de la crise de la dette souveraine, le secrétaire américain au Trésor Tim Geithner a fait le déplacement jusqu'à Wroc³aw pour plaider en faveur d'un accroissement des capacités du fonds européen de sauvetage. « Ce qui est dommageable, ce n'est pas seulement les divisions qui règnent dans le débat sur la stratégie à adopter en Europe, mais aussi le conflit continu entre les États et la banque centrale », a-t-il aussi prévenu, rapporte l'agence Dow Jones. La politique de rachat par la BCE de titres de dette souveraine de pays en difficulté a suscité des réactions virulentes en Allemagne et a provoqué la démission des deux Allemands du conseil des gouverneurs, M. Weber et M. Stark. La BCE s'est longtemps opposée à l'implication du secteur privé dans le 2ème sauvetage grec. L'hypothèse d'une sortie d'Athènes de l'Eurozone est débattue alors que la chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont encore répété que la place de la Grèce est dans la zone euro.
M. Juncker a concédé que les leaders européens devaient retrouver « une discipline verbale » pour limiter la cacophonie qui mine la crédibilité de la zone euro. Mais les Européens refusent qu'on vienne leur faire la leçon. « Nous devons résoudre nos problèmes des deux côtés de l'Atlantique pour avoir plus de stabilité sur les marchés financiers », a indiqué le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble. Le président de l'Eurogroupe n'est pas non plus convaincu que l'approche américaine visant à éviter une nouvelle récession soit applicable en Europe. « Nous ne voyons pas dans la zone euro de marge de manœuvre qui pourrait autoriser un stimulus », a-t-il estimé. La Commission est quand même d'avis que les rares pays aux déficits publics maîtrisés peuvent laisser jouer 'les stabilisateurs économiques' afin d'amortir le ralentissement économique. Quant à M. Trichet, il a estimé que la décision de fournir des liquidités en dollars au secteur bancaire, bien accueillie par les marchés, démontre « la coopération très étroite » entre les banques centrales.
Eurobonds. M. Rehn a indiqué que l'étude de faisabilité sur les euro-obligations serait présentée cet « automne ». Cette étude analysera les enjeux économiques et juridiques liés à l'introduction de ces instruments de mutualisation d'une partie de la dette des pays de la zone euro. Le lancement d'une telle initiative nécessiterait un renforcement de la gouvernance économique et de la discipline budgétaire, « sinon, les 'eurobonds' se transformeraient en obligations pourries », a prévenu M. Rehn. (MB)