Bruxelles, 27/07/2011 (Agence Europe) - L'urgence, c'est d'apporter de l'aide à l'intérieur de la Somalie en partenariat avec les chefs locaux pour sauver la vie de millions de personnes dont les réfugiés fuyant la sécheresse et la famine pour rejoindre le Kenya voisin « en effectuant ce qui sera pour nombre d'entre eux leur dernier voyage, mortel ». C'est en ces termes que, de retour de six jours de mission dans la Corne de l'Afrique, Kristalina Georgieva, commissaire à la Coopération internationale, l'Aide humanitaire et la Réponse aux crises, a lancé cet appel, mercredi 27 juillet, en faisant, devant la presse à Bruxelles, le récit alarmant d'une « situation catastrophique » dont elle-même et le ministre polonais du Développement ont pu prendre conjointement la mesure sur le terrain (EUROPE n°10427). Mais au-delà de cette urgence absolue, c'est à un plaidoyer pour la fourniture primordiale d'une « aide à toute la Corne de l'Afrique » et pour la préparation des populations locales à la pénurie d'eau afin d'accroître leur résilience à ce fléau que s'est livrée la commissaire. « Si l'on investit aujourd'hui 5 euros pour contrer la sécheresse on peut sauver des vies. Si l'on attend quatre mois d'ici à octobre, les coûts seront beaucoup plus élevés: 200 euros », a averti Mme Georgieva.
« La sécheresse prolongée a créé une situation d'urgence extraordinaire nécessitant une réponse extraordinaire. C'est pourquoi la Commission européenne a décidé de multiplier son aide par deux fois et demi en la portant de 64 millions d'euros à 160 millions d'euros. Les États membres aussi apportent un soutien substantiel qui porte à 340 millions d'euros l'aide de l'UE ». Le même jour, se tenait à Nairobi (Kenya), au niveau des ambassadeurs, une conférence internationale des donateurs convoquée par le Bureau de coordination des Affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) en vue de faire le point de la situation en Somalie et « d'évaluer l'état d'avancement des dons pour la Corne de l'Afrique» en réponse à l'appel de Jacques Diouf qui estime à 1,6 milliard de dollars dans les 12 mois et 300 millions dans les deux mois qui viennent les sommes à mobiliser.
Au cours de sa mission dans la région, Mme Georgieva, accompagnée de Josette Sheeran, directrice exécutive du Programme alimentaire mondial des Nations unies (PAM), a rencontré le ministre de l'Agriculture somalien et visité les camps de Dadaab, dans l'est du Kenya à la frontière de la Somalie, où les réfugiés continuent d'affluer alors même que s'entassent déjà 400 000 personnes et que la capacité d'accueil initialement prévue n'est que de 90 000. Elle s'est rendue dimanche à Doolow dans le Sud de la Somalie pour rencontrer des personnes déplacées à l'intérieur du pays et voir des projets d'aide humanitaire. De retour au Kenya, elle s'est entretenue avec les autorités de Nairobi et s'est rendue sur le site de projets financés par l'UE dans le cadre des programmes de lutte contre la sécheresse et de réductions des risques de catastrophe financés par ECHO, le service d'aide humanitaire de la Commission.
« Le pont aérien pour acheminer l'aide a déjà commencé suite aux entretiens qu'a eus Mme Sheeran avec les autorités somaliennes », a confirmé Mme Georgieva, en précisant que la « Commission et les États membres sont de gros contributeurs au PAM ». Si la nourriture pourrit à Mogadiscio, en raison des difficultés d'acheminer l'aide - comme l'a fait observer un journaliste - cela ne remet nullement en cause l'utilité du dispositif, estime la commissaire. Dans ce pays complexe, Puntland et Somaliland sont des régions « où la gouvernance est favorable à l'apport d'aide et où l'on est loin des conditions de famine des autres régions ». Là où sévit la famine, les conflits sont évidemment une entrave à l'acheminement de l'aide, mais l'existence d'un « camp à Mogadiscio où les gens peuvent aller chercher l'aide sans devoir aller vers l'Éthiopie et le Kenya » convainc la commissaire que « le pont aérien avec Mogadiscio, c'est une solution ».
Dans les zones où les conflits persistent, la commissaire s'est dite impressionnée par les organisations humanitaires qui sont là et travaillent. « Il faut du personnel local et des Somaliens de la diaspora pour protéger l'aide et le personnel humanitaire car la situation reste dangereuse », a-t-elle dit. Son espoir, c'est que l'attention de la communauté internationale mobilisée par cette crise humanitaire incite à régler la situation politique en Somalie qui pose des problèmes depuis des décennies et règle ainsi le problème des réfugiés, en Éthiopie et au Yémen. Pour donner une idée du calvaire enduré par les populations affamées, elle ajoute: « À Doolow, des familles ont marché dix à trente jours pour essayer de passer la frontière de l'Éthiopie. Ils auraient tous préféré de l'aide en Somalie. Une organisation humanitaire expérimentée travaille en partenariat avec les chefs locaux et les communautés locales, ce qui permet de fournir des aliments, de l'eau et des abris aux réfugiés arrivant des zones les plus durement affectées de Somalie ». Mais à Dadaab, c'est la désolation absolue. « Ce que l'on voit dépasse tout ce que l'on peut imaginer. Les organisations humanitaires n'arrivent pas à faire face. Les gens sont tellement épuisés que le taux de mortalité chez les enfants et les femmes est énorme. À Dadaab, nous avons la preuve évidente que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour apporter de l'aide en Somalie ». S'agissant de la préparation aux pénuries d'eau et de la réduction des risques de sécheresse, Mme Georgieva a souligné que la Commission fait « beaucoup mais pas assez puisque le financement de ces programmes représente moins de 1% de l'aide ». (A.N.)