Bruxelles, 21/04/2011 (Agence Europe) - La proposition de la Commission européenne sur le budget de l'UE semble raisonnable aux yeux du PPE, manque d'ambition et de crédits selon le S&D, loupe parfois sa cible selon le groupe des Verts/ALE et ignore le contexte de l'austérité selon les conservateurs britanniques.
Dans un communiqué, Marian-Jean Marinescu (PPE, roumain) se félicite que l'accent soit mis, dans ce projet de budget pour 2012, sur la croissance et la cohésion et sur la (nécessité de la) valeur ajoutée européenne. Le budget de l'année prochaine doit tenir compte des réalités économiques actuelles, mais il doit aussi être ambitieux dans la réalisation des objectifs que l'UE s'est fixés avec la stratégie EUROPE 2020.
« Le budget de l'UE a un avantage en ce qu'il est plus orienté vers l'investissement, une fonctionnalité qui permet de compléter les efforts des États membres pour lutter contre les effets de la crise économique. Pour 2012, la Commission a eu raison de proposer d'intensifier les investissements dans la croissance et l'emploi et dans recherche et l'innovation », poursuit M. Marinescu. Le groupe PPE souligne enfin le besoin d'éviter le gaspillage ou la duplication des dépenses et, de ce point de vue, « nous allons examiner les chiffres en détail ».
Le groupe S&D juge que la proposition de la Commission fait un effort minimal pour lutter contre la crise économique. Le groupe S&D demande un véritable budget anticrise pour promouvoir les investissements, la croissance et la création d'emplois. Il rejette les appels dans les capitales à des réductions du budget de l'UE. Göran Färm explique que les crédits proposés sont satisfaisants s'agissant de la recherche, mais pas pour d'autres actions liées à la croissance et à l'emploi « où il y a des petites augmentations seulement, et parfois même des réductions ». S'agissant de la politique de cohésion, la Commission augmente le niveau des crédits de paiement, « mais ce n'est pas assez », estime M. Färm. « L'UE ne sera pas en mesure de payer les factures des fonds structurels dans les régions avec ce niveau d'augmentation», selon lui. Le groupe S&D comprend qu'il faille augmenter les aides en faveur des pays en révolte en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, « mais malheureusement la Commission suggère pour cela de réduire d'autres dépenses au titre de l'aide au développement pour d'autres pays pauvres africains et asiatiques. Je ne pense pas que ce soit une bonne idée », déclare M. Färm.
Estelle Grelier (S&D, française) estime que cette proposition de budget « n'est pas à la hauteur des besoins pour lutter contre la crise économique ». Elle regrette profondément que la Commission européenne ait intégré à ce point les exigences des États membres. « C'est pour cette raison que nous nous opposons aux coupes budgétaires voulues par les États membres. Nous estimons au contraire que pour sortir de la crise nous avons besoin de promouvoir l'investissement, la recherche et l'innovation pour augmenter la croissance et ainsi créer des emplois ». Selon Mme Grelier, la démagogie de certains gouvernements (qui proposent de réduire les dépenses de l'Union européenne en raison de la nécessité de réduire les déficits nationaux) « va à l'encontre de l'intérêt général européen ; il y a une véritable valeur ajoutée à mettre en commun une partie des ressources pour sortir de la crise sociale et économique ». Elle conclut en disant que ces heures passées à nous battre pour obtenir davantage de moyens démontrent que les ressources propres - comme une taxe sur les transactions financières, un pourcentage de l'impôt sur les sociétés, etc. - « constituent la seule issue aujourd'hui pour financer la politique de cohésion, une indépendance énergétique durable, des infrastructures, la recherche et l'innovation, et investir en commun pour la richesse et l'emploi de demain ».
Les propositions de la Commission prévoient une augmentation des moyens budgétaires pour le réacteur de fusion nucléaire ITER. Selon le groupe des Verts/ALE au PE, la Commission propose de consacrer 750 millions d'euros supplémentaires en 2012 pour ITER (et 550 millions de plus en 2013). En contrepartie, les fonds pour le 7ème programme cadre de recherche de la Communauté seront réduits substantiellement, mais aussi, par exemple, des fonds pour financer les réseaux d'énergie transeuropéens, ce que déplore le groupe Verts/ALE. Isabelle Durant (Verts/ALE, belge), vice-présidente du Parlement européen et membre de la commission des budgets du PE, est « consternée » par ces propositions de la Commission. « Il est incroyable que la Commission n'ait tiré aucune leçon des discussions actuelles en ce qui concerne le futur du nucléaire. Au contraire, la Commission ose même évoquer un regain d'intérêt pour l'énergie nucléaire parmi les États membres! Il semble qu'elle se laisse toujours prescrire sa politique par le lobby nucléaire ».
En ce qui concerne d'autres parties du budget 2012, Mme Durant salue plusieurs propositions de la Commission, telles que: - la mise à disposition de moyens supplémentaires pour la stratégie EUROPE 2020 pour une croissance intelligente, durable et inclusive ; - une hausse du financement du programme environnemental LIFE+. « Enfin, il est regrettable qu'au nom de la rigueur budgétaire les moyens pour l'aide au développement soient réduits, alors que l'UE devrait tout faire pour aider les pays en voie de développement à atteindre les objectifs du Millénaire en 2015 », conclut Mme Durant.
Martin Callanan (ECR, britannique) juge que la hausse du budget telle que proposée est « inacceptable à l'heure où l'UE doit s'adapter à l'atmosphère d'austérité qui balaie le continent ». Pour 2011, la hausse des crédits de paiement s'élève à 2,91%. « C'est déjà trop. Une autre augmentation (pour 2012) est scandaleuse », selon M. Callanan. « L'UE doit en faire moins, faire mieux, et doit coûter moins cher », conclut M. Callanan. Open Europe précise que la proposition de la Commission aurait pour effet d'augmenter de 769 millions d'euros la contribution du Royaume-Uni au budget de l'UE, alors que cet argent peut servir à bien d'autres choses au niveau national. (L.C.)