Bruxelles, 21/04/2011 (Agence Europe) - Le bilan du Turkménistan dans le domaine des droits de l'Homme est « catastrophique », et l'Union devrait nouer le dialogue avec le pays seulement s'il accomplit des progrès concrets en la matière, a estimé, mercredi 20 avril, la commission des affaires étrangères du Parlement européen. Ceci avant la visite d'une délégation du Parlement au Turkménistan la semaine prochaine visant à déterminer si, en juin, le Parlement européen devrait donner son approbation sur un accord européen de partenariat et de coopération (APC).
Farid Tukhbatullin, qui conduit l'initiative turkmène pour les droits de l'homme (THIR), dont le siège est à Vienne, et Vyacheslav Mamedov, à la tête de l'Union démocratique civile du Turkménistan, dont le siège se trouve aux Pays-Bas, ont appelé à la libération de tous les prisonniers politiques au Turkménistan et ont également demandé que 15 000 personnes soient rayées de la liste noire qui empêche des milliers d'individus d'entrer dans le pays ou de le quitter. Faisant allusion à la prétendue « stabilité politique » au Turkménistan, M. Tukhbatullin a déclaré que si le gouvernement « a l'intention de maintenir la situation actuelle, il sera confronté à une vague d'indignation qui finira par exploser comme ce fut récemment le cas dans d'autres pays ». Veronika Szente Goldston, de Human Rights Watch, a déclaré que le Parlement devrait demander un rapport détaillé au Service européen d'action extérieure (SEAE) sur les conséquences de l'accord commercial intérimaire dans le domaine des droits de l'Homme au Turkménistan.
À la question de Norica Nicolai (ADLE, roumaine), rapporteur pour l'APC avec le Turkménistan, qui souhaitait savoir si un boycott à l'encontre du pays pourrait déboucher sur le respect de ses obligations, M. Mamedov a répondu que toute coopération plus étroite entre l'UE et le Turkménistan « doit se baser sur des conditions préalables ». Il a ajouté que « nous pourrons décider, seulement après, si le Turkménistan est prêt à s'engager sur la voie démocratique », soulignant que « la stratégie visant à instaurer la démocratie par le biais d'engagements commerciaux et économiques est vouée à l'échec ».
Baastian Belder (EFD, néerlandais) s'est dit préoccupé par des atteintes à la liberté de religion. « Les citoyens de religions qui ne sont pas répertoriées sont victimes du code pénal turkmène », a dit M. Belder. M. Tukhbatullin a confirmé que les organisations religieuses font l'objet d'interdictions et que même les organisations répertoriées sont victimes d'attaques incessantes.
La présidente de la sous-commission des droits de l'Homme du PE, Heidi Hautala (Verts/ALE, finlandaise), a fait référence à la résolution de la commission des affaires étrangères sur la conclusion d'un accord de partenariat et de coopération (approuvée le 26 janvier 2011), dans laquelle le Parlement invite à la mise en place d'un système visant à contrôler la situation des droits de l'homme au Turkménistan. Déçue par la réponse du SEAE, à savoir qu'il ne mettrait pas en œuvre un tel système car ce dernier « perturberait l'équilibre des institutions européennes », Mme Hautala a souligné que la proposition d'accord avec le Turkménistan « constitue un test pour déterminer comment le Parlement peut contrôler sérieusement » un accord international. Elle a ajouté que cela créera un précédent sur la manière dont le Parlement contrôlera les futurs accords de partenariat et de coopération.
Le Parlement devra donner son approbation à l'accord de partenariat et de coopération avec le Turkménistan en juin. (L.C.)