*** PAUL WASHER: Secret finance ou le grand Krach. Genèse Édition (92 rue Saint-Bernard, B-1060 Bruxelles. Internet: http://www.genese-edition.eu ). 2009, 127 p., 14,95 €. ISBN 978-2-930585-00-0.
Né en 1922, l'année même de la mort de son arrière-grand père Ernest Solvay, Paul Washer aura passé l'essentiel de sa vie professionnelle chez Solvay & Cie dont il devint tour à tour, à partir de 1960, le gérant, puis membre du comité exécutif et, enfin, le « Chief Financial Officer ». C'est donc en véritable expert des mondes de l'entreprise (il a également été administrateur puis président de la Fédération des Industries chimiques de Belgique) et de la finance qu'il s'exprime dans ces pages pour dénoncer avec indignation les dérives de la « finance-casino ». Dans son ouvrage, il commence par décrire un « paysage dévasté par la spéculation », parlant d'une « économie moribonde » dont les victimes, banques en déconfiture et entreprises en faillite, « succombent sur l'autel d'une spéculation effrénée ». Il décrit ensuite les origines de la crise avant de dénoncer la faillite des autorités de surveillance, toutes ayant « failli à leur mission, comme égarées par la multiplication des fausses pistes » sur lesquelles elles avaient été « lancées par les banques et institutions financières, toutes affairées à créer de la monnaie fictive ».
Trois questions servent de fil conducteur à cette réflexion en forme d'imprécation. D'abord, « à quoi servent les banques centrales » ? Ensuite, « assistons-nous à une crise du capitalisme ou, tout au contraire, une crise d'étatisme ? » Enfin, « s'agit-il de libéralisme débridé du marché ou d'un laisser-faire débridé de nos États ? » Autant de questions qui interpellent, à l'évidence, et auxquelles il apporte des réponses empreintes de pessimisme car fondées sur les réalités: comment des « joueurs professionnels, érudits et surpayés », pourraient-ils être freinés par des « régulateurs sous-payés, dont le niveau de connaissance et d'expertise n'atteint pas celui » de ceux qu'ils sont censés surveiller ? Depuis la Seconde Guerre mondiale, la vie de l'économie de marché était rythmée, observe l'auteur, par des crises cycliques modérées qui faisaient office d'autorégulation des marchés. Mais voilà, « un jour, un sorcier, Alan Greenspan, a cru trouver un moyen d'éviter ces crises en tolérant toutes sortes d'opérations visant à augmenter la liquidité des marchés financiers et à baisser les taux d'intérêt ». En même temps, des économistes apprentis sorciers ont commencé à jouer avec des modèles mathématiques en pariant sur des valeurs de l'économie réelle. À ce jeu, les plus malins ont gagné beaucoup d'argent. Jusqu'au jour où, « quelque part, à Sarasota, une maison de trop a été construite », le rêve tournant au cauchemar et rappelant cruellement à tous que « l'économie est une œuvre humaine et non un concept physico-mathématique ». Et le cauchemar ne cessera que si les États parviennent enfin à se donner les moyens d'exercer une réelle tutelle sur les apprentis sorciers qui, sinon, remettront le couvert.
Michel Theys
*** HERIBERT DIETER: Liquidity and Sovereignty. The Eurozone Needs a Lender of Last Resort. Stiftung Wissenschaft und Politik / German Institute for International and Security Affairs (3-4 Ludwigkirchplatz, D-10719 Berlin. Tél. (49-30) 88007-0 - fax: 88007-100 - Courriel: swp@swp-berlin.org - Internet: http://www.swp-berlin.org ). Collection « SWP Comments ». 2010, 4 p..
Publiée en mars dernier, cette brève étude ne pouvait évidemment tenir compte des décisions qui allaient être prises afin de venir en aide à la Grèce, menacée de banqueroute. Elle n'en est pas moins utile en ce qu'elle éclaire certains aspects trop peu connus, voire même carrément méconnus, de cette crise financière qui a révélé une « faiblesse fondamentale dans la construction de la zone euro ». Pour l'auteur, les concepteurs de l'Union économique et monétaire ont commis l'erreur de ne pas prévoir un prêteur de dernier recours qui puisse secourir un État membre venant à souffrir d'un problème de liquidités. Heribert Dieter rappelle que le concept et les principes du prêteur de dernier recours avaient été développés dès le XIXème siècle par l'économiste anglais Walter Bagehot, celui-ci ayant d'emblée observé que ce mécanisme impliquait que l'État défaillant donne à son sauveur potentiel des garanties additionnelles suffisantes. Ainsi, au milieu des années 90, pour être aidé par les États-Unis, le Fonds monétaire international et la Banque des règlements internationaux, le Mexique avait mis en gage les bénéfices attendus de ses exportations de pétrole à venir. C'est là que l'on découvre que la Grèce pourrait faire de même car elle est riche: l'État grec est ainsi le propriétaire d'hôtels, de ports et d'aéroports, de banques, de compagnies d'assurance, l'économiste Michael Massourakis estimant à quelque 300 milliards d'euros la valeur de ces avoirs. Toutes les conditions étaient dès lors réunies, aux yeux de Heribert Dieter, pour que la Grèce puisse donner des garanties suffisantes à un prêteur de dernier ressort. Il observe encore que les réformes imposées à la Grèce peuvent, si l'on n'y prend garde, se retourner contre l'Union européenne, laquelle pourrait se retrouver tenue responsable des coupes dans la fonction publique et les salaires bien plus que « les gouvernements grecs irresponsables du passé ».
(PBo)
*** GILLES LEPESANT: Géographies de la crise en Europe centrale. Centre d'études et de recherches internationales (56 rue Jacob, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 58717000 - fax: 58717090 - Courriel: info@ceri-sciences-po.org - Internet: http://www.ceri-sciences-po.org ). Collections « Les Études du CERI », n° 159. 2009, 52 p..
Cette étude d'un chercheur du Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po à Paris s'intéresse au modèle de développement des pays d'Europe centrale et à la manière dont la crise les a frappés. L'auteur écarte l'idée d'une répétition du scénario des années 30 car, « instruits par l'expérience, les responsables politiques et financiers internationaux n'ont pas renouvelé les erreurs » du passé. Tout n'est pas rose pour autant. Gilles Lepesant distingue trois phases dans la crise précipitée par la faillite de la banque Lehman Brothers: une phase financière brutale et courte, une phase économique qui semble avoir dépassé son point paroxysmique et une phase sociale promise à durer. Là réside le problème en ce que cette phase sera la plus perceptible par les citoyens et, partant, « la plus risquée sur le plan politique », ranimant les affres d'une remontée en puissance de l'extrême droite. L'auteur observe également que l'Europe centrale n'existe plus en tant qu'espace plus ou moins homogène, la crise ayant mis en lumière une forte différenciation à l'échelle de l'est de l'Europe. D'autre part, le modèle de développement adopté par les nouveaux États membres demeure vulnérable, notamment à la lumière du cas du secteur de l'automobile qui s'y est développé jusqu'à représenter une part importante du PIB et de l'emploi, mais dont les perspectives sont aujourd'hui incertaines. Enfin, l'auteur constate que les conditions d'une convergence à terme avec les États membres les plus développés ne sont qu'imparfaitement remplies, raison pour laquelle la politique régionale de l'Union dont ces pays bénéficient serve à y valoriser l'innovation, les politiques actives du marché du travail et le développement durable afin de permettre un rattrapage effectif.
(MT)
*** BERNARD SORDET: Carnets d'un Européen solidaire. Tome I: En face. L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). 2009, 380 p., 34 €. ISBN 978-2-296-10399-3.
Cet ouvrage mûri et écrit par un honnête homme, ingénieur, économiste et enseignant de haut vol ayant opéré un peu partout dans le monde, relève de la catégorie des inclassables. Il est mal écrit, entraîne son lecteur dans les abysses d'une logorrhée qui égare, est trop long et trop touffu, mais celui qui s'engage dans ses toutes premières pages prend pourtant le risque de se laisser prendre au piège d'une conviction qui interpelle car elle se veut fondée sur le « doute créatif ». Comme un prophète, Bernard Sordet invective le monde qui est le sien, le soupèse en discernant les organisations, grandes (États) et petites (entreprises), qui « canalisent les idées et les idées à leur service », vomit « la gnose de l'Entreprise Monde qui règne par le managérial » et invite tout un chacun à se rebeller contre le « Dieu que serait l'Entreprise Monde omnipuissante grâce à la science placée à son service pour les bienfaits du libéralisme ». Pour sauver l'Europe d'une mondialisation où elle se dilue et perd sa personnalité, qui est devenue « un grand hyper marché de méthodes globales », l'auteur en appelle à l'utopie en guise de « dépassement de la prévision et de la prospective », pour ne point parler du pragmatisme qui ampute l'intelligence de sa créativité potentielle. Pour cet Européen convaincu mais désemparé, il faut en revenir à Erasme faisant l'Éloge de la folie et apportant sa caution à Thomas More qui préconisait Utopia, c'est-à-dire de « réinventer la Cité » afin d'opter pour une « participation solidaire à une Culture du Monde en cosmopolitanéité ». Dans le « parcours de conscience, médit-actions, utoprismes » qu'il invite à emprunter dans chacun des trois chapitres (gnose de l'Entreprise Monde, mal-être de souveraineté, proposition d'Europe fondée sur une Union des États solidaires), l'auteur invite à participer à la « grande résilience de l'Europe et du Monde » sur la base d'un « projet politique servi par l'économique, l'homme au centre ». Inclassable, donc, mais une fois encore, interpellant.
(MT)
*** FRANZISKA KEHRER: Staatenverantwortlichkeit und Meeresspiegelanstieg. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Europäische Hochschulschriften - Publications universitaires européennes - European University Studies » , n° 4877. 2009, 386 p., 61,50 €. ISBN 978-3-631-59312-7.
Le changement climatique constitue un défi d'envergure dont les solutions se doivent d'être négociées et appliquées au niveau global. Cet ouvrage questionne la responsabilité des États en ce qui concerne les conséquences de ce phénomène et plus particulièrement celle de la montée du niveau des mers et océans. Bien que ce sujet ne soit pas neuf au vu de l'actualité des dernières années, la législation traçant les responsabilités - étatique ou privée - n'en est encore qu'à ses prémices. Dans cette étude, Franziska Kehrer s'attache à les définir en partant du droit des gens. Certaines questions posées dans l'ouvrage peuvent être qualifiées de nouvelles, voire même d'inédites. Ainsi en est-il de celles relatives au droit de subsister pour les pays insulaires - victimes privilégiées de la montée du niveau des océans - ou à la responsabilité étatique concernant les émissions de dioxyde de carbone, cause du réchauffement planétaire. L'analyse est juridique plus que politique.
Le livre est structuré en huit parties. Les deux premières consistent en une introduction au changement climatique. La première d'entre elles couvre les causes naturelles et anthropologiques de ce dernier, alors que la seconde consiste en une description des conséquences du phénomène. Le reste de l'ouvrage à un accent plus légaliste. La troisième partie analyse les dispositions légales relatives à la responsabilité des États dans les dégâts environnementaux, alors que la suivante pose la question de l'imputation des actes menant à la dégradation de l'environnement. La cinquième partie est la plus approfondie en que qu'elle porte sur les devoirs de l'État concernant certains événements climatiques faisant suite au réchauffement climatique, tels que les inondations. C'est dans cette cinquième partie, qui est avant tout une analyse légale du problème ici soulevé, que l'auteur pose les questions les plus intéressantes. D'autres hypothèses sont mises en exergue dans la sixième partie où les liens de causalité entre les actions de l'État et les conséquences du réchauffement climatique sont analysés. Certains thèmes comme le manque de preuves à la charge de l'État sont notamment discutés. La huitième partie tend enfin à éclaircir les conséquences juridiques pour les États.
(JD)
*** ALEXANDER WIRSIG: Global Change and Regional Agricultural Land Use. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « European University Studies », n° 3344. 2009, 187 p., 40 €. ISBN 978-3-631-58698-3.
Cette étude part du constat, difficilement contestable désormais, que le changement climatique affecte lourdement l'environnement naturel, ainsi que de larges pans de la société et de l'économie en Europe. Ces effets, déjà observés dans les régions, ne vont pas manquer de devenir plus fréquents et plus intenses. Le secteur de l'agriculture est l'un des premiers à en subir les conséquences qui entraînent des changements socio-économiques, notamment au niveau de l'utilisation des terres, des marchés, de la technologie et la Politique agricole commune. L'objectif de ce travail fouillé a été d'évaluer les impacts économiques et écologiques sur l'utilisation de la terre agricole dans les régions européennes à travers l'étude du cas du bassin du Danube. L'auteur décrit dans un premier temps les conditions climatiques naturelles de la zone en question et présente les méthodes utilisées pour mettre en place le modèle utilisé pour développer les scénarios possibles. Le livre se termine par une discussion sur les résultats de ces scénarios et les conséquences qui en découleraient au niveau de l'utilisation des terres arables et au niveau des écosystèmes de la région. L'auteur propose aussi des pistes possibles au niveau des perspectives et des implications politico-économiques pour l'avenir.
(NDu)
*** Responsabilité & Environnement. Éditions ESKA (12 rue du Quatre-Septembre, F-75002 Paris. Tél.: (33-1) 42865573 - fax: 42604535 - Courriel: eska@eska.fr - Internet: http: //http://www.eska.fr ). 2010, n° 58, 104 p., 23 €. Abonnement: 81 € (France) ou 98 € (étranger). ISBN 978-2-7472-1672-2.
Le secteur des matières premières est tout particulièrement approprié pour réexaminer d'un œil critique les apports des sciences économiques à la compréhension du fonctionnement de l'économie en France et en Europe. C'est l'exercice auquel est voué ce numéro qui pose ce constat: au vu des fluctuations des prix des matières premières, du pétrole aux produits agricoles ou industriels, « il est difficile (…) de continuer à affirmer avec quelque certitude que les prix du marché constitueraient naturellement un optimum économique ». Dans ce contexte, la politique de concurrence limitant l'intervention des pouvoirs publics sur ces marchés devrait, selon l'éditorialiste Bruno Sauvalle, être jugée comme « insuffisante, nombre de secteurs étant confrontés à l'existence d'oligopoles d'État ». Une constatation qui ne se limite pas aux matières premières énergétiques mais s'étend désormais, ainsi que le montre ce numéro, jusqu'au lithium ou aux terres rares. Une contribution est consacrée par un fonctionnaire de la Commission à l'initiative européenne sur les matières premières qui a été prise par la Commission.
(PBo)