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Bulletin Quotidien Europe N° 10189
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'UE doit dire la vérité aux pays balkaniques - Les vraies difficultés

Trois aspects. Dans le souci de me documenter sur le problème du Kosovo du point de vue européen (voir cette rubrique d'hier), j'ai eu la possibilité de prendre connaissance de quelques prises de position de la presse balkanique sur la situation générale. Je ne le regrette pas. Il est toujours intéressant de connaître les réactions de l'opinion publique des pays candidats à l'adhésion, qu'ils soient en train de négocier ou qu'ils aspirent à le faire. J'en ai retiré trois impressions qui n'ont rien de vraiment nouveau: a) l'entrée dans l'UE demeure l'aspiration de tous les pays des Balkans ; b) on reproche parfois à l'UE d'être plus sévère et exigeante à l'égard des Balkans que des pays candidats d'autres régions ; c) les solutions que l'Europe, les États-Unis et les organisations mondiales ont parfois imposées face aux rivalités et querelles entre les pays en question ne peuvent pas être considérées dans tous les cas comme durables et vraiment acquises.

Le premier aspect, inutile d'y insister. Les pays balkaniques savent qu'ils ont vocation à l'adhésion et ils en attendent en premier lieu le progrès économique et social, et on connaît aussi l'importance que leurs citoyens attachent à un résultat presque symbolique comme la faculté de franchir la frontière de la zone Schengen sur simple présentation de leur passeport, sans besoin de visa. Le point b, il faut le comprendre ; l'ouverture des négociations avec l'Islande et la disponibilité de l'UE à l'égard de la Norvège et de la Suisse contrastent avec les lenteurs et réticences à l'égard de plusieurs pays balkaniques. Il reste à voir si la cause réside à Bruxelles ou dans les pays concernés…Le troisième sujet est le plus délicat: il s'agit, par exemple, d'évaluer si l'unité de la Bosnie-Herzégovine en tant qu'État multiethnique correspond aux souhaits et aux intérêts des populations locales et si elle est donc viable, ou d'évaluer si les frontières de la Serbie telles que le maréchal Tito les avait fixées en son temps correspondent à la réalité ethnique et historique.

L'acquis communautaire doit être accepté. Sur le premier point, il n'y a pas grand-chose à ajouter, sinon réaffirmer que les pays balkaniques ont tous vocation à l'adhésion, mais que les critères bien connus doivent être respectés. On entre dans l'UE à la condition d'avoir réglé les divergences avec les pays voisins, et non dans le but de renforcer sa position dans ces divergences.

Le deuxième aspect dépend des pays concernés davantage que de l'UE. Norvège, Suisse et Islande font déjà partie de la zone Schengen et de l'espace économique unifié, parce que ces pays ont rempli les conditions nécessaires ; il a été calculé que, dans leur cas, 22 chapitres sur les 35 qu'implique l'adhésion sont réglés dès le départ. C'est pourquoi tout est plus facile. L'UE ne peut pas affaiblir l'acquis construit au cours d'un demi-siècle ; ce sont les pays candidats qui doivent l'accepter. Les vérifications et les contrôles sur le respect de l'acquis ont plutôt tendance à être renforcés ; ce n'est pas un secret que certains courants politiques font grief à l'UE de n'avoir pas été suffisamment rigoureuse dans le cas de la Roumanie et de la Bulgarie ; quelques parlementaires européens l'ont affirmé ouvertement. Parmi les articles de presse dont j'ai pris connaissance, l'un d'un quotidien populaire de Sofia s'insurge contre le mécanisme spécial de surveillance auquel la Bulgarie et la Roumanie sont soumises. L'éditorialiste affirme que c'est une situation humiliante, car, à son avis, ce mécanisme fait de ces deux pays des Européens de deuxième catégorie, et il invite son gouvernement et son peuple à en réclamer la suppression immédiate. De telles prises de position peuvent ralentir le processus des adhésions nouvelles en renforçant les précautions, voire la méfiance.

La condition incontournable. Le troisième aspect est le plus sensible. L'éclatement de la Yougoslavie a eu des effets positifs là où il a permis de reconstituer des pays homogènes qui aspiraient à leur autonomie, comme la Croatie, la Slovénie et quelques autres. Mais le choix de créer, voire d'imposer des États multiethniques a pour l'essentiel échoué. En souhaitant rester anonyme, un diplomate n'hésite pas à estimer que les conflits douloureux et souvent cruels qui avaient suivi l'éclatement de la Yougoslavie étaient en train de «stabiliser» la situation, par des déplacements de populations et avec des cruautés certes inadmissibles mais qui allaient en définitive dans la direction de créer des États homogènes, alors que les solutions imposées prolongent les divergences et l'instabilité. Le cas de la Bosnie-Herzégovine est emblématique ; l'exemple du Kosovo indique une orientation mais ne recueille pas l'unanimité ; et d'autres situations difficiles subsistent.

L'UE doit certes contribuer à résoudre ces problèmes et soutenir les États naissants qui font preuve de bonne volonté, mais elle ne doit pas « importer », faire siennes, les querelles et les divergences. S'il est vrai que la réconciliation entre les peuples était l'objectif prioritaire de la construction européenne, elle doit rester la condition incontournable de toute adhésion nouvelle.

(F.R.)

 

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