*** FERRAN REQUEJO: Fédéralisme multinational et pluralisme de valeurs. Le cas espagnol. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Diversitas », n° 4. 2009, 199 p., 27,90 €. ISBN 978-90-5201-572-9.
Le fédéralisme permet-il aux sociétés multinationales d'exprimer de manière réaliste et équitable leurs objectifs à travers des structures politiques réactualisées ? C'est à apporter de savantes réponses à cette question d'apparence simple que Ferran Requejo, professeur en science politique à l'Universitat Pompeu Fabra de Barcelone, consacre cet ouvrage, paru initialement en catalan (Federalisme plurinacional i Estat de les Autonomies, chez Proa) puis dans une version légèrement remaniée en anglais (Multinational Federalism and Value Pluralism, chez Routledge). Dans ces deux autres versions linguistiques, l'ouvrage a reçu d'abord le Prix Ramon Trias Fargas, puis le Prix du meilleur livre publié qui lui a été décerné en 2006 par l'Association espagnole de science politique. Cette double reconnaissance ne devrait pourtant pas lui ouvrir les portes du tout grand public, tant il est vrai que la prose d'un scientifique ne s'avère éclairante que pour les seuls initiés, ce qui est sans nul doute patent dans ce cas.
Dans une première partie du livre, l'auteur examine certains aspects théoriques de la relation entre le libéralisme politique et les démocraties multinationales, y développant une approche éminemment théorique et en partie philosophique. Après une présentation du thème général de la démocratie dans des contextes multinationaux, ainsi que de l'approche du « pluralisme des valeurs » avancée par Isaiah Berlin comme ontologie morale du libéralisme, il s'emploie à analyser la légitimité politique dans ce type de démocraties à partir de différents éléments: le pluralisme normatif des démocraties, les deux principaux points de vue libéraux actuels sur le pluralisme national et culturel, la relation entre l'universalisme et le particularisme dans les processus de légitimation politique. Il ponctue cette entrée en matière aussi dense que pointue par un commentaire sur les approches de Rawls et de Habermas sur le pluralisme national et par une défense de quelques éléments de la philosophie kantienne, vue sous l'angle du pluralisme de valeurs. Dans la deuxième partie, Ferran Requejo présente le fédéralisme comme une voie possible pour accommoder les sociétés qui sont plurielles d'un point de vue national. Il commence par analyser le fédéralisme et les types fondamentaux d'accords fédéraux, ainsi que quelques faiblesses fédérales paradoxales des fédérations actuelles, avant d'introduire le modèle du « fédéralisme multinational » comme une alternative pour accommoder les sociétés multinationales dans une optique fédérale et démocratico-libérale rénovée. Il consacre également quelques paragraphes au principe de subsidiarité, concept porté par l'Union européenne et que l'on accole à tort, selon lui, au fédéralisme, tant il est vrai, argue-t-il, que « la subsidiarité peut provoquer l'érosion du principe fédéral ». Dans la troisième partie du livre, l'auteur procède enfin à une analyse critique de l'état actuel des Autonomies en Espagne, celles-ci devenant l'exemple pratique des faiblesses normatives et institutionnelles des démocraties multinationales qu'il avait décrites de manière théorique auparavant. Ce chapitre lui permet aussi d'esquisser une comparaison avec d'autres fédérations et États régionaux, ainsi que d'éventuels scénarios de développement.
La seule partie réellement inédite de cet ouvrage prend la forme du commentaire final, écrit sous la forme d'un essai qui ne manquera pas d'en surprendre certains. Ferran Requejo se fonde, en effet, sur certains éléments de la génétique et de la paléontologie actuelles pour tenter de cerner les raisons qui mènent parfois les êtres humains vers la folie ou vers un type d'aveuglement politique lorsqu'ils réfléchissent en tant que membres d'un groupe « particulier », même s'ils utilisent des concepts, des valeurs et un langage soi-disant « universels ». À lui seul, le titre de ce chapitre, « Un fédéralisme pour primates… qui se battent pour cesser de l'être », traduit le froid pessimisme - ou réalisme, c'est selon - d'un politologue pour qui « les nationalismes et les États, qu'on le veuille ou non, seront encore assez longtemps présents dans la politique de l'avenir », l'auteur ajoutant dans la foulée: « Et ce aussi bien en ce qui concerne la politique internationale que les fédérations multinationales ou les réalités comme l'Union européenne. Qu'on le veuille ou non, pour l'instant, le post-national n'existe pas ». Michel Theys
*** CHRISTOPHE DE VOOGD: Pays-Bas: la tentation populiste. Fondation pour l'innovation politique (Fondapol, 11 rue de Grenelle, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 47536700 - fax: 44183765 - Courriel: contact@fondapol.org - Internet: http://www.fondapol.org ). Collection « Valeurs ». 2009, 44 p., 3 €. ISBN 978-2-917613-46-7.
Dirigée par le Pr. Dominique Reynié, la Fondation pour l'innovation politique - qui déclare vouloir contribuer au débat politique dans une perspective libérale, progressiste et européenne - fait œuvre de salubrité publique en publiant ces notes qui, présentant l'état précis et scientifiquement fiable d'un pays membre de l'Union à la veille d'un scrutin, comblent un vide laissé, hélas, béant par la presse généraliste, hormis quelques rares exceptions ponctuelles. Après la Grande-Bretagne (voir Bibliothèque européenne n° 10126/868 du 27 avril 2010), ce sont les Pays-Bas qui étaient, cette fois, « auscultés » par un professeur agrégé d'histoire à Sciences Po à la veille du scrutin législatif du 9 juin. En moins de quarante pages, il offre une description aussi saisissante qu'instructive des différentes raisons qui ont conduit un pays à brouiller totalement son image en l'espace de quelques années à peine, le laboratoire néerlandais de la tolérance tous azimuts flirtant désormais ouvertement avec les démons du populisme et du repli sur l'identité nationale. Sur le plan économique, si « la digue plie mais ne rompt pas », la tentation est grande de remonter les digues dans un pays confronté à un triple défi structurel: la survie de l'État-providence dans le contexte d'un monde globalisé et d'une population vieillissante, l'intégration de minorités d'origine étrangère et souvent de culture et de religions différentes (« la population issue de l'immigration deviendra majoritaire dans les trois premières villes du pays dans les années 2020 », souligne l'auteur), la redéfinition de la place de la nation dans une Europe élargie. En ce qui concerne ce dernier point, Christophe De Voogd observe notamment que les Nations Unies suscitent davantage l'adhésion des citoyens néerlandais que l'Union européenne, « signe de leur orientation idiosyncratique vers le vaste monde plutôt que vers l'Europe aux anciens parapets », ce qui amène ce pays fondateur à envisager désormais la construction européenne sans la moindre « considération affective » et en excluant « clairement toute ambition politique fédérale ». Un travail aussi nuancé qu'il n'est éclairant ! (MT)
*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2010, n° 1, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.
Ce numéro de la publication fédéraliste bien connue s'ouvre sur un éditorial dans lequel Lucio Levi plaide avec passion en faveur d'une « nouvelle architecture pour les Organisations internationales ». Partant d'un constat, celui du déclin des grandes puissances bâties sur le modèle westphalien, il considère que l'Organisation mondiale du commerce et la Cour pénale internationale sont « les hérauts d'une nouvelle époque de l'histoire » qui sera fondée sur le respect du droit au plan international, le G20 représentant, à ses yeux, un autre pas positif dans le sens d'une réorganisation des relations entre puissances mondiales. Cette nouvelle organisation du monde devrait, selon lui, s'inspirer du modèle développé par l'Union européenne en ce qu'elle dispose de pouvoirs contraignants qui restreignent « même les ambitions hégémoniques des États membres les plus forts ». Dans une contribution, consacrée au fiasco de Copenhague sur le climat qui a constitué « une perte de crédibilité supplémentaire pour les Nations Unies et un affront pour leur secrétaire général », Roberto Palea suggère de s'attaquer à ce défi en s'inspirant du précédent de la Communauté européenne du charbon de l'acier, laquelle était à la fois capable de prendre des décisions et de les faire appliquer. D'autres contributions portent, entre autres, sur la nécessité de doter l'Union d'un plan de redressement économique s'appuyant sur l'émission d'obligations, sur celle de créer une monnaie mondiale, les droits de tirages spéciaux pouvant, à ce titre, jouer le rôle assumé par l'Ecu en attendant l'avènement de l'euro, Olivier Ferrand demandant, pour sa part, que la Commission européenne soit transformée en « véritable gouvernement politique » sur la base des résultats des élections européennes à venir. (MT)
*** Confrontations Europe (227 bld. Saint-Germain, F-75007 Paris. Tél.: (33-1) 43173283 - fax: 45561886 - Courriel: confrontations@wanadoo.fr - Internet: http://www.confrontations.org ). Avril-juin 2010, n° 90, 48 p., 7 €.
La revue chère à l'ancien député européen Philippe Herzog s'impose de plus en plus comme un rendez-vous trimestriel incontournable pour qui veut aller plus loin dans la compréhension des enjeux européens, en particulier les enjeux économiques et sociaux. Dans ce numéro, de très nombreuses contributions portent sur différents aspects de la crise monétaire, financière et économique. Très complet et de haute tenue, le « Dossier » de ce numéro est, lui, spécifiquement consacré à la dégradation générale des finances publiques en Europe et à la problématique du budget communautaire. Le député européen Alain Lamassoure y défend notamment son idée d'organiser une réunion annuelle commune des commissions des budgets des 27 Parlements nationaux avec celle du Parlement européen pour un débat commun sur les orientations budgétaires et sur le contenu même des budgets, tandis que le Pr. Le Cacheux (Université de Pau et des Pays de l'Adour) avance quelques pistes pour « refonder le budget européen ». (MT)
*** Eyes on Europe. La gestion de crise par l'Union Européenne. ASBL Eyes Europe (c/o Institut d'Études Européennes, 39 av. Franklin Roosevelt, B-1050 Bruxelles. Courriel: eyesoneurope@gmail.com - Internet: http://www.eyesoneurope.eu ). 2009, n° 11, 80 p., 4 €.
Gérée, rédigée et publiée par un collectif d'étudiants et de doctorants de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles, cette revue semestrielle plurilingue - on y trouve même, cette fois, une contribution en langue turque - apporte décidément un regard innovant sur les dossiers européens, abordés tout à la fois avec sérieux académique (des professeurs et autres enseignants comptent aussi parmi les contributeurs) et passion juvénile. Très riche, le « Dossier » est cette fois consacré à la problématique complexe des frontières de l'Europe, la vice-présidente du Parlement européen, Isabelle Durant, y plaidant aussi, dans son éditorial, pour la suppression des frontières entre Bruxelles et son « ghetto » européen. (MT)
*** PETRA PFISTERER: Kommunale Selbstverwaltung und Lokale Governance vor dem Hintergrund des europaïschen Integrationprozesses. Peter Lang (1 Moosstrasse, Postfach 350, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Speyerer schriften zur vervaltungswissenschaft », n° 8. 2009, 455 p., 80 €. ISBN 978-3-631-59100-0.
Dans cet ouvrage consacré à la gouvernance au niveau local et à son évolution dans l'histoire, Petra Pfisterer s'emploie à définir les défis qui sont à relever par les entités locales suite au processus d'intégration européenne. La gouvernance y est analysée de manière pluridisciplinaire tant dans sa dynamique verticale - vis-à-vis de l'autorité étatique - qu'horizontale - vis-à-vis des autres entités locales. L'impact de la gouvernance au niveau local sur la vision actuelle de la démocratie et ce qui en découle sous l'angle de la solidarité interpersonnelle sont particulièrement analysés par l'auteur. Après une introduction très complète, l'auteur introduit la dimension européenne et son influence sur la gouvernance locale dès le premier chapitre, avant de se concentrer sur les mécanismes économiques de celle-ci. À la lumière des expériences allemandes et françaises, il s'emploie notamment à cerner la légitimité démocratique qui découle, par exemple, des systèmes fiscaux. Après avoir envisagé les changements institutionnels que le processus d'intégration européenne entraîne au niveau local, l'auteur tente enfin de cerner les défis qui attendent la gouvernance locale dans le cadre de la mondialisation, une attention particulière étant consacrée à la construction de la gouvernance locale en Bosnie-Herzégovine. (JD)
*** GERHARD FOUQUET, GABRIEL ZEILINGER (sous la dir. de): Die Urbanisierung Europas von der Antike bis in die Moderne. Kieler Werkstücke. Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Beiträge zur Sozial- und Wirtschaftsgeschichte », n° 7. 2009, 270 p., 40 €. ISBN 978-3-631-57881-0.
Voici quelques siècles encore, les villes européennes ne comptaient pas plus de quelques milliers d'habitants. Au fil de l'histoire, les villes d'Europe se sont développées, parfois de façon impressionnante, ce qui a aussi entraîné le développement d'un système politique et l'émergence d'une culture « citadine », avec des conséquences sociales à la clé. L'objectif des différents auteurs réunis dans cet ouvrage est de retracer l'historique de l'émergence des grandes villes en Europe, de la « polis » grecque aux métropoles de l'époque moderne. L'évolution chronologique des villes d'Europe est illustrée à travers des exemples concrets, tels que Rome ou des cités des Pays-Bas. (JD)
*** Le Courrier de l'Europe. Office de Publications Européennes (68 Bld de Port Royal, F-75005 Paris. Tél.: (32-496) 380297 - Courriel: bruno.boissiere@cife.eu). Avril 2010, 34 p..
Ce numéro du magazine piloté par l'ancien député européen Bruno Boissière et soutenu par le Centre international de formation européenne consacre son « Dossier » aux régions d'Europe « face à la mondialisation », avec notamment des contributions du commissaire Johannes Hahn, de la parlementaire européenne - et ancienne commissaire - Danuta Hübner, de la présidente du Comité des régions, Mercedes Bresso, et de son prédécesseur, M. Van den Brande, de la présidente de l'Assemblée des Régions d'Europe, Michèle Sabban. À noter aussi un dialogue entre les partenaires sociaux Philippe de Buck et John Monks. (MT)