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Bulletin Quotidien Europe N° 10123
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/canada

Les préoccupations sont nombreuses avant le prochain Sommet

Strasbourg, 21/04/2010 (Agence Europe) - À l'approche du Sommet entre l'UE et le Canada, qui aura lieu le 5 mai prochain à Bruxelles, les députés européens ont souligné, lors d'un débat mardi 20 avril, l'importance historique de la relation entre les deux partenaires. Tout en appelant à renforcer ces relations, ils exhortent les dirigeants européens à ne pas éluder les sujets qui fâchent: visas, chasse au phoque ou schistes bitumineux. Les questions commerciales suscitent quant à elles de réelles inquiétudes.

Ce Sommet est une chance, en particulier pour préparer le Sommet du G8/G20 fin juin, a expliqué la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. « Nous devons lancer un signal très clair en disant que l'UE et le Canada sont contre le protectionnisme », a-t-elle aussi indiqué, en souhaitant moderniser les relations commerciales bilatérales. Les négociations en vue d'un accord complet sur l'économie et le commerce (CETA, selon l'acronyme anglais) se poursuivent actuellement.

Visas. L'élue de la CDU, Elisabeth Jeggle, a d'emblée espéré que la question des visas serait résolue rapidement. Son collègue roumain Ioan Enciu (S&D) a lui aussi appelé au respect du principe de l'égalité de traitement de tous les citoyens UE, tout comme son compatriote Christian Dan Preda du PPE. Soulignant que la Déclaration du précédent Sommet UE/Canada (en mai 2009) visait à mettre en place un système sans visa, M. Preda déplore, qu'un an plus tard, les citoyens roumains et bulgares aient encore besoin d'un visa et que la procédure ait depuis été réintroduite pour les citoyens tchèques. Il y a un « problème de cohérence », insiste-t-il. « Nous ne nous contenterons plus de déclaration de principe (…) ce sont des mesures injustes pour des citoyens de l'UE ». La « frustration de ceux qui ont parlé de question des visas est compréhensible » et même si le Canada compte mettre en place une législation dans laquelle ces problèmes doivent être réglés, « il faut que nous en parlions », a reconnu Mme Ashton à l'issue de la discussion.

Aspects environnementaux. « Nous devrions nous atteler aux relations UE/Canada avec plus de sérieux que la résolution qu'on nous présente aujourd'hui » (et qui ne sera votée que lors de la prochaine plénière), a fustigé Reinhard Bütikofer, pour qui les défis communs doivent être pris en compte. « Il est absurde de ne pas évoquer les problèmes qui subsistent », précise le vert allemand, notamment le fait que le Canada n'a pas joué un rôle moteur à Copenhague ou encore le problème persistant des visas. Comme lui, la Britannique Fiona Hall (ADLE) a regretté les piètres résultats du Canada en matière climatique. Reprenant à son compte le constat du Grec Kriton Arsenis (S&D), qui avait souligné l'incohérence d'extraire du carburant des schistes bitumineux, tous trois souhaitent que cette question soit évoquée dans la résolution du PE. Philip Bradbourn (ECR, britannique), président de la délégation chargé des relations avec le Canada, s'est quant à lui félicité d'une résolution concise. « Le Canada appartient à un groupe de pays qui n'a pas voulu aller assez loin à Copenhague », mais qui semble prêt à bouger, a ensuite espéré la Haute représentante et vice-présidente de la Commission. Selon elle, récemment, « nous avons entendu le Canada déclarer qu'il était prêt à aller plus loin que Copenhague » et nous encourageons le pays à relever son objectif d'atténuation à l'horizon 2020.

Commerce. Le libéral allemand Wolf Klinz a souhaité qu'Européens et Canadiens agissent ensemble pour renforcer la régulation financière et pressent le G20 de tenir ses promesses à Toronto. « Nous avons besoin d'un accord commercial », a-t-il insisté, alors que plusieurs de ses collègues ont des doutes sur le résultat final des négociations actuelles. On n'a pas évalué les implications économiques, sociales et environnementales d'un accord commercial avec le Canada, s'est plaint Joe Higgins (GUE-NGL, irlandais), qui rappelle que « les syndicats s'inquiètent de la perspective d'un tel accord qui irait dans le sens des très grandes entreprises canadiennes et européennes mais pas dans celui de la justice sociale » (pour la réaction des syndicats, voir EUROPE d'hier). Dénonçant cette maximisation des profits, il juge qu'un accord avec l'UE serait un moyen pour le Canada d'imposer une privatisation dans le secteur de l'eau, de l'électricité et d'autres services publics. Et d'appeler les syndicats européens et canadiens à lancer une campagne en faveur du maintien ou de l'instauration d'une propriété de l'État dans ce type de services publics. « Pourquoi ai-je toujours l'impression que la Commission ne veut pas mettre en commun certains éléments avec le PE ? », s'est interrogé l'Autrichien Jörg Leichtfried (S&D). « Les accords de commerce sont une bonne chose lorsqu'ils sont bons pour l'intérêt général de part et d'autre, pas quand ils vont dans le sens de l'intérêt de grandes multinationales ». Or si l'éducation et la santé publique devaient faire objet d'accords de déréglementation et de privatisation, j'ai l'impression que ça pourrait bénéficier à quelques-uns et en desservir beaucoup d'autres. « Nous devons viser un accord commercial ambitieux, ce qui n'est pas gagné d'avance », a insisté Mme Ashton, qui est d'accord pour tenir le PE informé de l'évolution des pourparlers. « Il y aura une étude d'impact, on y travaille déjà, et bien sûr le PE aura son rôle à jouer » en autorisant ou non l'accord commercial. (A.B.)

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