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Bulletin Quotidien Europe N° 10123
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/kirghizistan

La situation actuelle incite les députés à la prudence - Pour une présence plus importante de l'UE en Asie centrale

Strasbourg, 21/04/2010 (Agence Europe) - Au cours d'un débat sur la situation au Kirghizistan, mardi 20 avril, les députés ont appelé l'UE à rester prudente dans ses relations avec le nouveau gouvernement, qui doit encore donner des gages sur ses intentions démocratiques. Une discussion sur le sujet est en tout cas prévue lundi avec les ministres des Affaires étrangères à Luxembourg. Plus généralement, les Européens feraient bien d'être plus présents dans cette région stratégique et, pourquoi pas, de relancer leur stratégie pour l'Asie centrale, selon plusieurs parlementaires.

« La situation sur le terrain reste tendue » et des émeutes ont encore eu lieu la veille dans les faubourgs de la capitale Bichkek, a expliqué la Haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. Après un certain apaisement au plan politique, les partisans du président déchu semblent prêts à envenimer la situation et faire basculer le pays dans la violence. S'interrogeant sur la légitimité du gouvernement provisoire, la vice-présidente de la Commission a salué les premiers éléments de la feuille de route qui ont été présentés. Ces « données sont encourageantes » et des élections doivent avoir lieu, a-t-elle noté (normalement fin septembre, début octobre), tout en recommandant la prudence à ce stade. Mais si ce gouvernement s'engage vers la démocratie, « nous apporterons l'aide financière et technique nécessaire », promet-elle.

Pour Elmar Brok, la priorité doit être de rétablir l'ordre en privilégiant la sécurité des personnes. « Le développement socio-économique est important pour la stabilité politique », alors que la corruption reste très problématique, a estimé l'élu allemand de la CDU. Plus largement, la région dans son ensemble mérite notre attention. « Ces pays sont dans un tel état d'instabilité que nos efforts (…) doivent viser la consolidation de l'État et de l'ordre ». C'est une nécessité dans cette région si importante stratégiquement, pour l'énergie, mais aussi pour la question religieuse, qu'il faut suivre de près pour éviter un basculement vers l'intégrisme.

Un dictateur est renversé, le nouveau venu jubile et assure qu'il fera profiter ses sujets de la démocratie et quelques mois plus tard on se retrouve à la case départ, a rappelé Hannes Swoboda (S&D, autrichien), qui veut éviter une nouvelle répétition de l'histoire. S'il espère que l'ex-président (qui a quitté le pays et, depuis peu, le Kazakhstan où il s'était réfugié) ne cherchera pas à semer la discorde, il attend aussi des assurances de la part du nouveau gouvernement (« Nous voulons maintenant des preuves véritables » de leurs intentions démocratiques). Pour lui, la situation des voisins du Kirghizistan doit aussi être suivie de près. « Une stratégie pour l'Asie centrale a été mise en place mais nous n'en avons pas suffisamment entendu parler », a-t-il jugé, en appelant à lui « donner un nouvel élan ».

Un engagement pour le bien du peuple, c'est ce que nous attendons de cette nouvelle classe dirigeante kirghize, qui n'est d'ailleurs pas tout à fait nouvelle, a insisté Niccolò Rinaldi (ADLE, italien), qui attend des précisions de la part du gouvernement intérimaire (« qui n'a pas à ce stade une légitimité sanctionnée par les urnes »). Selon lui, une réforme prioritaire devrait conduire à mettre en place une magistrature indépendante.

Ulrike Lunacek (Verts/ALE, autrichienne) appelle aussi à la mobilisation. « C'était une très bonne initiative d'envoyer Pierre Morel (Représentant spécial de l'UE pour l'Asie centrale, NdlR) sur place mais il est aussi important de revoir la stratégie de l'UE vis-à-vis de cette région du monde ». On attendait beaucoup en 2005 du nouveau président, mais il a suivi la voie de ses prédécesseurs, souligne-t-elle, en rappelant que les attentes ont été déçues et qu'elles risquent de l'être à nouveau si rien ne change.

Marie-Christine Vergiat (GUE/NGL, française) fait le même constat: la révolution des Tulipes en 2005 a soulevé un immense espoir mais le président Bakiev a failli. Néanmoins, l'importance stratégique considérable de la région, pas uniquement au plan militaire, est encore négligée et « l'UE, malgré certains discours, n'est toujours pas assez présente dans cette région du monde ». Selon elle, « il n'est question que des États-Unis, de la Russie et du Kazakhstan qui assure la présidence de l'OSCE ».

Sans s'avancer à propos d'une actualisation de la stratégie de l'UE pour la région, Mme Ashton place toute évolution dans la perspective du prochain service diplomatique et précise simplement: « Il y a une stratégie en place elle fera l'objet d'un examen ». (A.B.)

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