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Bulletin Quotidien Europe N° 10088
Sommaire Publication complète Par article 39 / 40
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 860

*** STEN BERGLUND, KJETIL DUVOLD, JOAKIM EKMAN, CARSTEN SCHYMIK: Where Does Europe End? Borders, Limits and Directions of the EU. Edward Elgar Publishing (The Lypiatts, 15 Lansdown Road, Cheltenham, Glos GL50 2JA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: info@e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2009, 182 p.. ISBN 978-1-84844-332-7.

Le titre de cet ouvrage peut induire en erreur s'il n'est pas lu avec le sous-titre: la problématique des frontières ultimes de l'entité politique qu'est l'Union européenne ne constitue que l'un des thèmes qui y sont abordés par des politologues ayant gravité autour de l'Université Humboldt, même s'ils enseignent désormais, pour les trois premiers d'entre eux, dans les universités suédoises d'Örebro et de Södertörn, le quatrième étant resté à Berlin comme chercheur à l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité. En réalité, le projet de recherche qui les a réunis deux ans et demi était, d'un point de vue scientifique, autrement ambitieux puisqu'il vise ni plus ni moins à discerner « les frontières sociales, politiques et géographiques de l'Europe ». Du coup, le lecteur est convié à une ballade éclairante dans le chantier de l'intégration européenne sous la conduite de guides qui, sans se départir de la prudence et de la rigueur qui sied aux académiques, osent proposer des clés de lecture de nature à remettre certaines idées reçues en place.

Dans un premier temps, Sten Berglund explique en quoi l'Union européenne, travaillée à la fois par les dynamiques fédéraliste et intergouvernementale, est un « régime hybride », cette tension étant à elle seule la source du prétendu « déficit démocratique » puisque les partisans de l'Europe des États s'opposent à ce que l'Union, qui « promeut la démocratie en Europe », devienne « une démocratie par elle-même », eux pour qui l'acte démocratie ne peut être que national. Du coup, l'Union reste aussi un hybride entre démocratie et despotisme bureaucratique, même si c'est un « despotisme avec un parti pris fortement pro-démocratique ». Pour l'auteur, le scénario le plus probable est que rien ne change, mais la crise économico-financière des derniers mois pourrait donner une impulsion vers une Europe plus intégrée politiquement et plus démocratique si l'Union « parvient à mobiliser ses membres » pour en atténuer l'impact « par une action concertée ». Encore faudra-t-il toutefois « politiser Bruxelles », ce qui implique que la Commission (seulement elle ?) promeuve une européanisation des scrutins et débats politiques « en encourageant les groupes parlementaires actuels à mener campagne en tant que partis et non en tant que coalitions lâches de partis venant de tous les coins du continent européen ». C'est, à l'évidence, la voix de la raison - et l'implication des parlements nationaux et régionaux permise par le Traité de Lisbonne contribuera peut-être à ce qu'elle soit plus facilement entendue puisque, du coup, les partis politiques nationaux auront peu ou prou à « s'européaniser ».

Dans le même esprit, un chapitre entier est consacré à la « trajectoire du fédéralisme européen », celui-ci étant, « pour une variété de raisons, la destination finale, la finalité, de l'intégration européenne ». Au-delà de ce postulat aussi sympathique qu'inattendu par les temps qui courent, a fortiori sous la plume d'un Scandinave, Carsten Schymik jauge l'évolution du projet européen à l'aune des parcours d'autres pays fédéraux, les États-Unis en tête, à la lumière de leur formation, de leurs frontières, de leurs guerres et de la démocratie qui y prévaut. Pour cet auteur, si les États-Unis d'Amérique constituent incontestablement un modèle, il en est d'autres. D'abord, la Suisse qui, par « sa longue expérience du confédéralisme », n'est pas sans présenter certaines analogies avec l'état actuel de l'Union. Il fallut l'intervention militaire de Napoléon pour que la première dépasse ce stade, mais qui dit qu'il ne se trouvera jamais une menace équivalente - que ce soit « le terrorisme international, un clash des civilisations ou une quelconque autre forme de crise globale » - pour que l'Union lui emboîte le pas ? Ensuite, la Grande-Bretagne qui, des États-Unis au Pakistan en passant par le Canada, l'Inde ou le Nigéria et bien d'autres encore, « a contribué plus que n'importe quel autre pays au monde à façonner l'expérience globale du fédéralisme ». Que le principal exportateur du fédéralisme dans le monde, à son corps défendant, c'est vrai, soit le plus acharné à le proscrire pour l'Europe même relève-t-il du non sens britannique ? Peut-être, même si, l'auteur n'en doute pas, le fédéralisme pourrait revenir à la maison, les États-Unis jouant désormais le rôle naguère tenu par l'Empire britannique.

Des trouvailles de ce type pullulent dans les autres parties du livre qui parlent de la lente gestation d'une société européenne et des frontières ultimes de l'Union. Elles ne sont pas moins pertinentes et, parfois, impertinentes. En tous cas, toutes interpellent, édifient et font réfléchir !

Michel Theys

*** HERVÉ BRIBOSIA: Réviser les traités européens: plaidoyer en faveur de la suppression du veto. Notre Europe (19 rue de Milan, F-75009 Paris. Tél.: (33-1) 44589797 - fax: 44589799 - Courriel: info@notre-europe.eu - Internet: http://www.notre-europe.eu ). Collection « Policy Papers », n° 37. 2009, 38 p..

Ce qui se conçoit bien, dit la sagesse populaire, s'énonce clairement. Et, dans ce cas, peu de pages sont requises pour aller à l'essentiel. Ce « Policy Paper » du laboratoire de pensée créé par Jacques Delors en livre une preuve éclatante. Sur la base des réflexions d'un groupe d'experts composé, entre autres, des Pr. Bruno De Witte et Renaud Dehousse, ainsi que de l'orfèvre en machinerie institutionnelle qu'est Paolo Ponzano, Hervé Bribosia avance en moins de quarante pages à peine - disponibles gratuitement, en anglais et en français, sur le site Internet de Notre Europe - des propositions visant à procéder à une réforme « radicale mais nécessaire » de la procédure actuelle de révision des traités, laquelle « confère une prime aux conservateurs qui, bien que minoritaires, sont en position de bloquer tout changement sans proposition alternative ». Concrètement, les auteurs veulent en finir une fois pour toutes avec une règle de l'unanimité qui pénalise doublement l'adaptation de l'Union aux réalités du temps présent, d'abord en conditionnant à la baisse les ambitions qui s'expriment dans le résultat final des marchandages d'une Conférence intergouvernementale, ensuite en faisant pendre de manière systématique l'épée de Damoclès de chacun des États membres sur le processus de ratification. Pour Hervé Bribosia, désormais responsable scientifique du Centre Virtuel de la Connaissance sur l'Europe, un traité européen ratifié par 4/5 des États membres - et, le cas échéant, par les 4/5 de la population de l'Union - devrait pouvoir entrer en vigueur erga omnes, donc y compris à l'égard des pays membres récalcitrants, ceux-ci se voyant offrir, en contrepartie, des garanties. Il les détaille, ainsi que d'autres mesures de nature à faciliter à l'avenir la procédure de ratification, par exemple l'implication des parlements nationaux afin qu'ils ne soient plus mis « devant le fait accompli d'un traité qui a été négocié par leurs gouvernements respectifs » et qui n'est qu'à prendre ou à laisser, ou encore l'idée de fondre la Conférence intergouvernementale dans la Convention « afin de canaliser l'influence des gouvernements », ce qui permettrait, de la sorte, de mieux tenir compte de la double légitimité d'une Union fondée sur ses États membres, bien sûr, « mais aussi sur leur population ». Ces idées sont-elles iconoclastes ? Beaucoup, à l'évidence, le penseront. Pourtant, qu'ils sachent - ou, du moins, ne fassent plus mine d'ignorer - que la révision des statuts de plusieurs organisations internationales (Conseil de l'Europe, Nations Unies, Organisation mondiale du commerce, Organisation mondiale de la Santé, Organisation internationale du travail, Fonds monétaire…) ne s'encombrent plus guère, et depuis longtemps, de l'exigence d'unanimité. En outre, la démarche des auteurs ne peut être suspectée d'opportunisme: comme le dernier traité vient d'entrer en vigueur, ils ne veulent donc pas « changer les règles en cours de jeu ». Mais s'il n'y a pas d'incendie à éteindre, n'est-ce pas précisément le bon moment pour réfléchir sereinement à la manière « d'en empêcher de nouveaux » ?

(MT)

*** MICHELE AFFINITO, GUIA MIGANI, CHRISTIAN WENKEL (sous la dir. de): Les deux Europes - The Two Europes. Actes du IIIe colloque international RICHIE - Proceedings of the 3rd international RICHIE conference. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 46. 2009, 359 p., 38,90 €. ISBN 978-90-5201-481-4.

L'Europe est une terre de dualismes. Dans l'entre-deux guerres, un européiste français qui allait se fourvoyer dans la collaboration avec l'occupant nazi, Francis Delaisi, avait publié un ouvrage, « Les deux Europes », dans lequel il discernait une « coupure entre une Europe industrialisée et une Europe agricole ». À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, ce dualisme économique cédait la place à un dualisme politique et idéologique consacré, jusqu'à l'échelle mondiale, par la division Est-Ouest. Et ce dualisme entre l'Europe de l'Est et l'Europe de l'Ouest, que l'on pourrait penser gommé depuis la chute du rideau de fer et les derniers élargissements de l'Union, subsiste aujourd'hui, du moins dans les esprits et la manière de penser le monde et l'Europe. Telle est, en tout cas, l'une des pistes qui ont balisé le troisième colloque international organisé à Naples en décembre 2007 par l'association Richie, ce « Réseau international des jeunes chercheurs en histoire de l'intégration européenne » qui a été fondé en 2004 par un groupe de doctorants européens en vue de faciliter la dissémination des informations et la collaboration dans ce milieu. Cet ouvrage en réunit les contributions et s'organise autour de quatre thèmes de réflexion: Europe de l'Est versus Europe de l'Ouest, Europe comme rêve versus Europe comme réalité, Europe(s) politique(s) versus Europe(s) économique(s) et Europe puissance versus Europe comme instrument de puissance entre les mains des États membres. Impossible, bien sûr, de rendre compte de l'impressionnante richesse de ces travaux qui, tous, apportent des clés de compréhension de moments de l'histoire européenne qui sont très utiles pour appréhender correctement la situation actuelle. À noter, en particulier, le travail consacré par Mauve Carbonell aux itinéraires divers, variés et parfois même antagonistes des membres de la Haute Autorité qui, en acceptant de devenir « Européens avant tout », ont pu développer « une identité européenne absorbant le poids du passé ».

(MT)

*** SANDRINE DEVAUX, RENÉ LEBOUTTE, PHILIPPE POIRIER (sous la dir. de): Le Traité de Rome: histoires pluridisciplinaires. L'apport du Traité de Rome instituant la Communauté économique européenne. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection « Cité européenne », n° 40. 2009, 208 p., 26,90 €. ISBN 978-90-5201-500-2.

Ce bel ouvrage prolonge un Forum organisé par l'Institut de Luxembourg et l'Institut Pierre Werner au printemps 2007 pour discerner, à l'occasion du cinquantième anniversaire du Traité de Rome, les « racines et développements de la Gouvernance européenne ». Cette manifestation a présenté l'intérêt majeur de mettre en présence des spécialistes académiques de tous les horizons (histoire, droit, science politique, sociologie) et des acteurs de l'époque, soit des « vestiges » bien utiles car, ainsi que l'écrit dans son introduction Georges Berthoin, ancien chef de cabinet de Jean Monnet à la Haute Autorité, « l'archéologie politique, comme toute archéologie, permet de retrouver les origines et ainsi, au moment des valses-hésitations, de mieux aborder l'avenir ». Dans une première partie de l'ouvrage, c'est l'impulsion décisive à la nouvelle « gouvernance en Europe » donnée par le Traité de Rome qui est exposée à la lumière, entre autres, des apports des militants fédéralistes, des « petits » pays et de la Banque européenne d'investissement, celle-ci étant un symbole - avec le Fonds social européen - de la volonté des Six de bâtir une « économie sociale de marché ». La deuxième se connecte plus directement aux défis de la gouvernance qui sont à relever aujourd'hui, hommage étant notamment rendu aux juges de la Cour de justice qui, par leur logique jurisprudentielle et par leur activisme judiciaire, ont été « des créateurs d'Europe ». L'intégration poursuit son cours et les gouvernements « découvrent que le génie européen est sorti de la bouteille » et qu'il leur sera difficile de l'y ramener, tous sachant « qu'un retour en arrière serait un suicide collectif ». Dès lors, Georges Berthoin leur propose plutôt de reconnaître aujourd'hui, ce qui n'était pas pensable hier, « le principe de deux souverainetés qui s'épaulent », ce qui permettrait de légitimer un droit de veto circonscrit à l'essentiel.

(MT)

*** ALMUT-BARBARA RENGER, ROLAND ALEXANDER ISSLER (sous la dir. de): Europa-Stier und Sternenkranz. Von der Union mit Zeus zum Staatenverbund. Vandenhoeck & Ruprecht / University Press (13 Theaterstrasse, D-37073 Göttingen. Tél.: (49-551) 5084-40 - fax: 5084-422 - Courriel: info@v-r.de - Internet: http://www.v-r.de ). 2009. 656 p., 72 illustrations, 77,90 €. ISBN 978-3-89971-566-8.

Ce livre est une « somme », au sens précis du mot: un ouvrage important qui vise à présenter une synthèse des connaissances dans un domaine. Le domaine, c'est ici « Europe », la princesse phénicienne qu'enleva Zeus, selon la mythologie grecque, mais c'est aussi l'Europe contemporaine, qui se construit de traité en traité, d'où le titre associant le Taureau et la Couronne d'étoiles, l'union de Zeus et celle de nos peuples européens. Trente-cinq auteurs de neuf nationalités, universitaires de diverses disciplines, présentent chacun sa contribution dans sa langue: l'allemand (en majorité), l'anglais, le français, l'italien, de sorte que la lecture de ce livre ne constitue pas seulement un enrichissement des connaissances sur ce vaste sujet, mais aussi un exercice de multilinguisme. On ne saurait résumer ni évaluer dans le détail un tel ouvrage. Espérons que les spécialistes des diverses disciplines intéressées feront part de leurs appréciations critiques. Le livre, dans un premier chapitre, rappelle les origines du mythe d'Europe dans la littérature et les arts. Les chapitres suivants promènent le lecteur, en compagnie de « Madame Europe », à travers le continent tout au long de l'Histoire, jusqu'au difficile passage du « Concert des Nations » à l'Union européenne. On notera tout particulièrement l'excellente synthèse du Pr. Odile Wattel de Croizant (Paris) qui, en moins d'une vingtaine de pages, présente les interprétations successives des mythes d'Europe et leur utilisation par les auteurs, les artistes et les détenteurs du Pouvoir. L'Europe dans laquelle nous vivons aujourd'hui - zone d'intégration économique et de coopération politique - n'est ici évoquée que très succinctement, à travers les réflexions de quelques philosophes. Après la lecture de plus de six cents pages, on peut le regretter, mais ce gros volume porte la mention « I », ce qui laisse à penser qu'il y aura (au moins) un volume II. « Europe » a encore besoin d'être enlevée… Souhaitons qu'on la retrouve !

(J-RR)

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