Tolède, 22/01/2010 (Agence Europe) - L'Union européenne estime qu'il est temps de mettre en place une politique d'immigration légale et d'intégration plus ambitieuse pour pallier au vieillissement de la population en Europe, a indiqué, jeudi 21 janvier, la Présidence espagnole de l'UE, à l'occasion de la réunion informelle des ministres européens de l'Intérieur, à Tolède. « Nous sommes à un tournant crucial dans la définition des politiques d'immigration. Nous avons besoin d'une politique commune d'immigration et d'intégration flexible pour répondre aux besoins futurs du marché de l'emploi », a déclaré le secrétaire d'État espagnol à l'Immigration, Consuelo Rumi. Dans ce contexte, les mesures qui figureront dans le plan d'action mettant en œuvre le programme de Stockholm sont importantes, a-t-il dit, de même que la 4ème conférence ministérielle sur l'intégration qui aura lieu les 15 et 16 avril à Saragosse. Face aux réticences de nombreux pays d'aller de l'avant dans ce domaine, M. Rumi a affirmé: « Il faut voir la réalité en face. Nous ne pouvons pas arriver à un niveau d'immigration 'zéro' car il y aura toujours des mouvements migratoires. Nous avons vaincu la résistance des États membres en affirmant que nous pouvions avoir des principes communs, tout en gardant les spécificités propres à chaque pays ». Le commissaire chargé de la Justice, de la Sécurité et de la Liberté, Jacques Barrot, a lui aussi défendu cette approche souple. « Nous devons définir un cadre flexible et évolutif pour nous adapter aux évolutions et aux situations présentes dans les différents États membres », a-t-il souligné, affirmant que la Commission voulait reprendre rapidement les négociations sur la création d'un permis unique destiné à travailler et séjourner dans l'Union. Il a également indiqué que des propositions seraient prochainement faites en faveur des travailleurs saisonniers et des personnes transférées dans le cadre d'une même entreprise. En outre, il a promis le lancement d'un Livre vert sur le regroupement familial et la création, à la mi-2010, d'un portail sur l'immigration pour mieux connaître les différentes politiques en Europe. Il a enfin précisé que l'exécutif européen proposerait un nouvel agenda pour l'intégration après la conférence de Saragosse.
Malgré ces engagements, la lutte contre l'immigration illégale reste la principale priorité. Même si ce thème n'était pas à l'agenda de la réunion de Tolède, plusieurs ministres ont une nouvelle fois abondé en ce sens. Juste avant la réunion, la Grèce et la France ont adressé une lettre commune à la Présidence espagnole de l'UE dans laquelle ils insistent pour un traitement rapide de cette question. Dans cette lettre, le ministre grec de la Protection du citoyen, Michalis Chryssochoïdis, et Eric Besson, ministre français de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identité nationale et du Développement solidaire, soulignent que la priorité doit être donnée à la situation en Méditerranée, à la protection des frontières orientales de l'UE et aux perspectives de coopération avec la Libye et la Turquie. Les deux ministres considèrent notamment que les axes majeurs doivent concerner le renforcement de la coopération opérationnelle entre Frontex et les pays d'origine, ainsi que la mise en place éventuelle de vols communs de retour des clandestins avec un financement européen. M. Barrot a indiqué que la lettre franco-grecque avait déjà reçu une première réponse, affirmant que le Conseil adoptera, lundi 25 janvier, une décision concernant la surveillance des frontières maritimes dans le cadre de Frontex. Par ailleurs, a-t-il dit, la Commission proposera bientôt un nouveau cadre réglementaire pour Frontex pour lui donner plus de moyens, des capacités supplémentaires pour travailler avec les pays tiers et organiser des vols de retour. Il encore annoncé l'adoption prochaine d'un plan d'action pour traiter de la question des mineurs non accompagnés arrivant dans l'UE. « Nous mettrons en œuvre cette politique migratoire équilibrée, à la fois ouverte et généreuse », a-t-il déclaré, citant en exemple le projet pilote de réinstallation des réfugiés présents à Malte qui, à ce jour, a permis de réallouer presque 300 personnes dans 10 États membres.
Mais l'Union européenne doit également être « ferme » vis-à-vis des migrants clandestins, a déclaré le commissaire, parlant du nécessaire lancement des négociations avec la Libye et de la coopération avec la Turquie. Une nouvelle réunion aura lieu avec les autorités turques à Ankara, le 19 février prochain, pour essayer d'amener ce pays à stopper les flux de clandestins arrivant par la Grèce, a annoncé M. Barrot. De son côté, M. Besson voit le dialogue avec Ankara comme une priorité: « La situation dans la mer Egée est devenue intenable. Les Grecs sont soumis à une pression intolérable ». Les garde-côtes grecs ont arrêté plus de 10.000 migrants clandestins en mer Egée en 2009. « La Turquie est de toute évidence devenue un pays de transit et nous avons besoin qu'elle joue le jeu », a souligné le Français, refusant toutefois de faire de cette coopération une condition dans les négociations d'adhésion. « Je ne vais pas jusqu'à parler de condition, mais il s'agit d'une exigence. C'est indispensable », a-t-il jugé. Pour M. Barrot, ce serait une « erreur » de stigmatiser la Turquie. « Ce pays doit être considéré comme un grand partenaire. Elle a un rôle à jouer dans la région et il faut la laisser décider de sa relation avec l'UE et lui ouvrir le choix vers un partenariat très fort », a-t-il conclu. (B.C.)