Bien des points d'interrogation subsistent. Le bref rappel des éléments qui caractérisent la Commission Barroso 2, publié dans cette rubrique d'hier, se limitait à l'essentiel. Les innovations sont tellement nombreuses, et parfois révolutionnaires, que seule l'expérience sur le terrain permettra de tout clarifier.
Une « étroite coopération » à préciser. La révolution la plus spectaculaire est évidemment celle qui confie à un vice-président de la Commission le triple rôle supplémentaire de Haut représentant pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, président du Conseil Relations extérieures et chef du service diplomatique commun. C'est une révolution tellement audacieuse qu'elle laisse rêveur, à se demander jusqu'à quel point les gouvernements étaient tous vraiment conscients de ce qu'ils étaient en train de décider.
Mais ce n'est pas le moment d'analyser toutes les répercussions possibles. M. Barroso s'est efforcé de définir les aspects spécifiques relatifs au fonctionnement de la Commission. Dans ses nouvelles fonctions, Catherine Ashton évoquera forcément avec ses interlocuteurs des pays tiers tous les aspects des relations réciproques, y compris les nouvelles adhésions, l'aide aux pays en développement, la coopération internationale, domaines qui relèvent de la compétence d'autres commissaires. Comment éviter malentendus et conflits de compétence ? La formule retenue par M. Barroso est la plus simple possible: les commissaires responsables de ces domaines agiront « en étroite coopération » avec le vice-président/Haut représentant. Il était difficile au départ d'aller au-delà. Il reste à voir comment l'étroite coopération fonctionnera en pratique. Par ailleurs, la formule-Barroso ne couvre pas le commissaire chargé du commerce extérieur (Karel De Gucht), en tenant compte peut-être du fait qu'en ce domaine la responsabilité de négocier au nom de l'UE revient à la Commission elle-même. L'hypothèse de former, dans certains secteurs, des «groupes de commissaires» qui s'accorderaient entre eux à l'avance sur les projets et les positions à soumettre au collège, n'a pas été retenue. Afin de sauvegarder la collégialité ? Mais le problème de l'étroite coopération subsiste.
Innovations logiques. La séparation administrative entre l'énergie et les transports est logique, tellement ces domaines sont lourds et spécifiques. D'ailleurs, les commissaires étaient déjà deux. Tout aussi compréhensible est le transfert du projet Galileo au portefeuille Industrie. La séparation entre Climat et Environnement est, à première vue, moins évidente (voir dans notre bulletin n° 10029 les tâches spécifiques des deux portefeuilles). En revanche, il apparaît assez logique de réunir dans un seul portefeuille consommateurs, santé, secteur pharmaceutique et biotechnologie. À souligner aussi la disparition d'un portefeuille spécifique pour la stratégie de la communication, qui peut donner lieu à des confusions entre la transparence (nécessaire), l'information, la propagande et l'autosatisfaction. La tâche communication et publications subsiste, elle est confiée à Mme Reding. La séparation entre développement et aide humanitaire semble poser quelques problèmes d'interprétation qui sont à l'étude (voir dans notre bulletin d'hier la question à ce sujet de l'ancien commissaire Louis Michel et la réponse du commissaire De Gucht).
De M. Barrot à Mme Reding. Le domaine très sensible de l'immigration, des clandestins, du droit d'asile, mérite quelques lignes. Jacques Barrot a géré ce secteur brûlant avec un équilibre admirable, en affirmant avec fermeté les principes européens d'accueil et de justice mais en prenant aussi en considération l'exigence de la solidarité communautaire à l'égard des situations particulières de certains États membres (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9969). Si on s'amusait encore au jeu de noter les Commissaires, j'attribuerais à M. Barrot une note très élevée. Il quitte la Commission mais il a encore un rôle significatif à jouer dans les questions européennes, tellement son action s'est affirmée à Bruxelles (sans lui, Galileo n'existerait pas).
Dans la Commission Barroso 2, son rôle est confié pour l'essentiel à Viviane Reding, qui arrive à son troisième mandat. Elle a prouvé qu'il n'existe aucun rapport entre la taille du pays d'origine et l'importance du travail communautaire ; chargée d'un portefeuille nouveau à l'époque (société de l'information et nouveaux médias), elle a agi avec efficacité à l'avantage des utilisateurs, en arrachant aux colosses télématiques des règles contraignantes et des baisses de prix significatives et en affirmant une image dynamique et efficace de l'Europe culturelle. Pour elle aussi, une note éventuelle serait très élevée !
Un qui part, une qui reste en reprenant son héritage: image de la Commission, de sa permanence. D'autres personnalités se sont affirmées et auront de nouvelles tâches de premier plan, comme Olli Rehn ; d'autres sont de retour avec des responsabilités particulières, comme Michel Barnier ; d'autres encore arrivent avec beaucoup d'idées, comme Karel De Gucht. Maintenant, la parole est au Parlement.
(F.R.)