login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 10027
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Les manœuvres financières sur le prix du pétrole menacent la relance économique - L'UE doit jouer toutes les cartes dont elle dispose

La spéculation à l'œuvre. L'évolution du prix du pétrole peut-elle représenter, une fois de plus, la pire menace pour la relance de l'économie mondiale ? La consommation a baissé et les projets relatifs aux énergies alternatives se multiplient, mais l'hypothèse d'une nouvelle hausse brutale du prix du pétrole refait surface: et cette hausse ne serait pas due à l'expansion de la demande, ou à la réduction de l'offre, ou à d'autres raisons économiquement compréhensibles, mais aux manœuvres financières. On ne doit pas prendre à la lettre toutes les informations à ce sujet en provenance des États-Unis ou de la City de Londres; certaines rumeurs sont artificielles ou exagérées, au service de la spéculation. Mais les risques paraissent réels.

Il n'y a plus aucun rapport entre la production mondiale réelle de pétrole et les futures, c'est-à-dire les produits financiers qui parient sur l'augmentation du prix: les spécialistes parlent d'un volume de futures correspondant à sept fois la production: 600 millions de barils par jour contre 88 ! Le prix actuel, au Nymex (New York Mercantile Exchange), se situe autour de 80 dollars par baril, après être descendu jusqu'à 40 dollars ; les experts affirment que s'il dépasse les 100 dollars, la relance économique serait étranglée dans le berceau ; et ne parlons pas de l'hypothèse d'un retour aux 147 dollars qui avaient été atteints pendant l'été 2008 et que certains économistes considèrent comme la véritable cause de la crise financière.

Un décalage dangereux. Certes, les autorités politiques disposent aujourd'hui de quelques instruments d'action améliorés et renforcés, et les projets de l'UE en ce sens sont largement positifs ; mais combien de temps sera-t-il encore nécessaire pour que la nouvelle gouvernance efficace du monde de la finance soit achevée et pour qu'elle fonctionne ? La Présidence suédoise du Conseil s'efforce d'accélérer le travail législatif, mais le Parlement européen réclame un délai pour exercer ses nouveaux pouvoirs de « co-législateur à 50% »: la présidente de la commission parlementaire compétente a demandé six mois pour que le PE s'exprime sur le volet « supervision ». Entre-temps, les banques remboursent les financements publics, dans le but de récupérer leur pleine liberté d'action, alors que les instruments de contrôle sont encore faibles. On voit les conséquences de ce décalage dans le secteur pétrolier. La situation n'a pas beaucoup évolué par rapport à la constatation récente de Pascal Lamy dénonçant le « trou béant de régulation internationale des activités financières, alors qu'il s'agit sans doute du domaine dans lequel la globalisation a atteint son niveau maximum ». C'est le paradoxe de la finance: globalisation maximale, discipline inexistante ou faible.

Les instruments de l'UE. Face aux risques, l'UE doit utiliser au maximum les instruments dont elle dispose et ses possibilités d'action. Les quatre objectifs qui suivent comportent des complications sans nombre et donc une volonté politique sans faille:

1. La politique commune de l'énergie, que le Traité de Lisbonne rend possible. Elle implique: a) l'achèvement du marché commun énergétique non seulement juridique mais aussi « sur le terrain » par la réalisation des installations nécessaires ; b) la coordination des initiatives nationales à l'égard des pays tiers. Ici, les lacunes sont criantes car chaque État membre agit à sa guise selon les intérêts nationaux.

2. La concrétisation des nombreux projets destinés à garantir la sécurité des approvisionnements en provenance des pays tiers, la Russie notamment (voir le point 4) mais pas seulement.

3. Le maintien de l'euro fort, qui protège partiellement l'UE de la hausse du prix du pétrole libellé en dollars. Certes, une stabilisation du dollar est souhaitable, voire à terme indispensable ; mais elle implique un meilleur équilibre de la balance des paiements des États-Unis, c'est-à-dire la réduction temporaire des importations américaines, en provenance de Chine mais d'Europe aussi. Et ceci on ne le dit jamais.

4. La coopération énergétique avec la Russie, à développer quelles que soient les réserves sur la politique du Kremlin dans d'autres domaines (voir cette rubrique dans le bulletin n° 10018). Un progrès vient d'être réalisé avec l'accord sur le mécanisme d'alerte précoce, d'autres doivent suivre même si des compromis sont nécessaires. L'UE doit faire valoir sa position de client presque unique du gaz et du pétrole russes

Selon certaines indications, il n'est pas exclu que soit prochainement relancée l'hypothèse d'une véritable Communauté européenne de l'énergie, qui représenterait l'achèvement de l'édifice.

Mon optimisme est-il excessif ? Je m'en excuse auprès des lecteurs, qui sont souvent davantage sceptiques à l'égard des perspectives européennes, mais sans oublier que c'est la confiance dans l'avenir qui a toujours guidé les pas, et les résultats, des pères de l'Europe.

(F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNÉE POLITIQUE
INFORMATIONS GÉNÉRALES