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Bulletin Quotidien Europe N° 10015
Sommaire Publication complète Par article 30 / 31
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 846

*** Bronislaw Geremek. Une voix en Europe. Éditions Economica (49 rue Héricart, F-75015 Paris) et Fondation Jean Monnet pour l'Europe (Ferme de Dorigny, CH-1015 Lausanne. Tél.: (41-21) 6922090 - fax: 6922095 - Courriel: secr@fjme.unil.ch - Internet: http://www.jean-monnet.ch ). Collection "Cahiers rouges". 2009, 133 p., 21 €. ISBN 978-2-7178-5739-9.

"Dans un tragique accident de voiture est mort Bronislaw Geremek, historien, militant politique et social, homme politique au niveau mondial, savant socialement sensible, bienveillant au service de ses semblables"… Quiconque a eu la chance et le privilège de rencontrer Bronislaw Geremek sait combien ces mots, bien loin d'être de simple circonstance, sont profondément justes. Ils ouvrent l'hommage que lui rend son collègue historien Henryk Samsonowicz, un professeur à l'Université de Varsovie qui l'aura précédé au gouvernement polonais, comme ministre de l'Éducation, de quelques années à peine, juste après la chute du régime communiste. Il est l'un de ceux qui, à la demande de la Fondation Jean Monnet pour l'Europe dont Bronislaw Geremek assumait la présidence depuis deux ans et demi lorsqu'il a trouvé la mort sur une route de Pologne en juillet de l'an dernier, ont accepté d'évoquer ce "citoyen de l'Europe et historien de l'Europe", le médiéviste, l'enseignant, l'homme d'État, polonais et européen. À travers leurs témoignages, ce très beau Cahier rouge fait remarquablement ressortir la richesse et la diversité de la personnalité et des activités de celui qui, marxiste dans la Pologne de sa jeunesse, allait terminer sa vie comme membre du Groupe des libéraux et démocrates européens au Parlement européen.

Nul ne s'en étonnera, plusieurs de ces hommages sont le fait d'historiens. Ainsi, Jean-François Bergier, professeur émérite de l'Ecole Polytechnique fédérale de Zurich, raconte la rencontre d'un jeune Lausannois avec un étudiant polonais, le "premier des étudiants en histoire de son pays à venir en Occident", dans le Paris universitaire de mai 1956, dont découlera une amitié de cinquante ans que Geremek a voulu fêter en l'invitant au Collège d'Europe de Natolin. Le médiéviste français Jacques Le Goff évoque l'historien de la société et des exclus qui lui a servi de guide à Varsovie à l'automne 1959, un communiste par idéalisme qui, déjà, se sentait trompé par le régime. Il y a aussi Cesary Lewanowicz, ancien coordinateur de la chaire de civilisation européenne au Collège d'Europe, qui éclaire le parcours professoral d'un homme n'ayant jamais cessé, de ses activités d'enseignement clandestines en Pologne aux chaires de la Sorbonne et de Natolin, de réaffirmer, ainsi que l'écrit dans son introduction Patrick Piffaretti, directeur de la Fondation de Lausanne, "l'importance du savoir et de la connaissance vers lesquels on s'achemine par la voie des questionnements". Autre historien et autre ancien ministre polonais des Affaires étrangères, Wladyslaw Bartoszewski, décrit le parcours d'un jeune juif polonais qui n'a trouvé à opposer à l'effroi de la guerre, au drame de l'Holocauste et au mépris du totalitarisme que "la foi en l'âme de l'Europe". Les dernières signatures sont plus politiques, à commencer par celle de Jerzy Buzek dont Geremek fut le ministre des Affaires étrangères de 1997 à 2000 et qui, à ce titre, signa l'entrée de la Pologne dans l'Otan. "Nos rêves devenus réalité…", titre celui qui préside désormais le Parlement européen, ce qui aurait ravi son compatriote… Autre ancien président du Parlement et qui a dû prendre sa succession à la Fondation Jean Monnet, José Maria Gil-Robles revient, lui, sur les activités déployées par "Bronek", ainsi que le nommaient ses amis, dans les dernières années de sa vie, dans les travées de Bruxelles et de Strasbourg ou à Lausanne. Point d'orgue de l'ouvrage, l'hommage rendu par Helmut Kohl à celui qui, quelques mois plus tôt, lui avait remis la Médaille d'or de la Fondation…

Toutefois, ainsi que l'indique judicieusement le sous-titre du livre, Bronislaw Geremek a été "une voix en Europe". Le mérite principal de ce Cahier rouge est de la faire résonner une fois encore, l'ouvrage s'ouvrant sur quatre discours et trois interviews inédits où, une fois encore, s'exprime, ainsi que l'écrit Patrick Piffaretti, "une pensée exigeante, jamais complaisante, soutenue par une foi inébranlable dans l'Union de l'Europe et qui, loin de s'arrêter aux constats et aux analyses, se double d'une capacité de propositions et d'engagement constante". Pour preuve, cette invitation à songer, un jour, à l'éventuelle fusion des figures des présidents stables du Conseil européen et de la Commission, celle aussi qu'il adresse aux deux grandes puissances nucléaires d'offrir cette arme de dissuasion à l'Union. Il y a enfin son vibrant plaidoyer en faveur du renforcement de la citoyenneté européenne et, partant, de l'éducation à l'Europe, afin que celle-ci cesse d'être une "affaire d'élites" et devienne une "affaire d'initiés" de plus en plus nombreux, ce qui marquerait l'avènement de l'Europe politique. Et Bronislaw Geremek - présent aussi sous la forme de belles photos essaimées dans l'ouvrage - d'adresser une dernière invitation: "Les Européens pourraient s'appliquer à eux-mêmes la formule d'Isocrate qui, vers 390 avant JC, affirmait que la cité a fait appliquer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture, et qu'on appelle Grecs plutôt les gens qui participent à notre éducation que ceux qui ont la même origine que nous". À méditer d'urgence alors que, ces derniers temps, les réflexes de fermeture - que celle-ci soit nationale, régionale ou européenne - semblent l'emporter sur ceux de nature à fortifier le rêve communautaire des origines.

Michel Theys

*** SOPHIE HEINE: Une gauche contre l'Europe ? Les critiques radicales et altermondialistes contre l'Union européenne en France. Éditions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http: //www-editions-universite-bruxelles.be). Collection "Etudes européennes". 2009, 190 p., 22 €. ISBN 978-2-8004-1456-0.

Issu de l'adaptation d'une thèse de doctorat réalisée à l'Université libre de Bruxelles, cet ouvrage procède du désir d'une jeune politologue de clarifier le fond idéel des résistances de gauche à l'Union européenne qui se sont exprimées en France lors du référendum sur le traité constitutionnel. À cette fin, Sophie Heine étudie la production idéologique des socialistes "euro-critiques", du Parti communiste français, de la Ligue communiste révolutionnaire - devenue désormais Nouveau parti anti-capitaliste - et du mouvement altermondialiste Attac. Elle appréhende leurs discours sur la base de quatre types-idéaux formulés sous forme de questions. D'abord, leur vision de l'économie de marché est-elle marquée par le libéralisme économique, le keynésianisme ou le marxisme ? Ensuite, leur conception de la démocratie se fonde-t-elle sur le libéralisme politique, sur le républicanisme ou sur le marxisme ? D'autre part, leur rapport à l'identité nationale se caractérise-t-il par le patriotisme, l'europatriotisme ou le cosmopolitisme ? Enfin, leur stratégie de changement social est-elle de nature réformiste ou révolutionnaire ? Au terme de cette investigation, l'auteur commence par nuancer l'étiquette "d'anti-européisme" beaucoup trop souvent accolée à ces acteurs: "Leur critique contre l'état contemporain de la construction européenne n'est pas motivée par un refus de principe de l'intégration supranationale ni par une volonté de repli national mais par une aspiration à orienter autrement cette intégration en l'approfondissant dans de nombreux domaines", seule la LCR privilégiant une approche cosmopolitique à l'échelle du monde. Sur le plan socio-économique, la LCR se distingue à nouveau des trois autres courants qui, eux, se caractérisent par une orientation globalement social-keynésienne visant à ce que la propriété privée et les règles de concurrence soient subordonnées à des critères sociaux démocratiquement définis, tant il est vrai que leur cible et moins le capitalisme que le néolibéralisme. Une fois encore hormis la LCR, les acteurs analysés fondent leurs critiques contre l'intégration européenne sur une idéologie politique libérale qui, édulcorée par la manière dont ils perçoivent le libéralisme économique, débouche sur du "socialisme libéral". Enfin, la LCR est à nouveau la seule à adopter une perspective révolutionnaire du changement social en général et de la réorientation de l'intégration européenne en particulier, les trois autres courants privilégiant une "stratégie réformiste" et légaliste. En conclusion, l'auteur ose avancer l'hypothèse d'une "social-démocratisation" des résistances de gauche à l'Union européenne et, en même temps, d'une "européanisation" de ces résistances.

(MT)

*** BEATE KOHLER-KOCH, FABRICE LARAT (sous la dir. de): European Multi-Level Governance. Constrasting Images in National Research. Edward Elgar Publishing (The Lypiatts, 15 Lansdown Road, Cheltenham, Glos, GL50 2JA, UK. Tél.: (44-1242) 226934 - fax: 262111 - Courriel: e-elgar.co.uk - Internet: http://www.e-elgar.com ). 2009, 222 p.. ISBN 978-1-84720-222-2.

Devenu l'un des domaines de recherche les plus en vue en études européennes, la gouvernance à multi-niveaux en est aussi le domaine le moins mature et cohérent: non seulement est-elle perçue différemment d'un pays à l'autre, mais peu d'efforts de mise en commun de ces recherches ont été entrepris jusqu'à présent. C'est ici que "Connex" intervient: partant de l'idée que la connaissance ne se résume pas à la littérature grand public - c'est-à-dire celle provenant des États-Unis, de Grande-Bretagne et d'Allemagne -, cette initiative consiste à rassembler les études provenant de différentes disciplines et de différentes langues au sein d'un même réseau disponible sur la toile. Cet ouvrage est l'aboutissement de cet effort de centralisation. Tout au long de ses sept chapitres, les auteurs mettent en lumière la diversité de la recherche en fonction des régions géographiques, afin d'en dégager les tendances générales et les faiblesses, ainsi que de déterminer comment rediriger l'agenda de recherche à l'avenir. Ce livre symbolise, à l'évidence, un premier pas louable vers la maturation du concept de gouvernance européenne.

(TBa)

*** ANDRÉ LECOURS, GENEVIÈVE NOOTENS (sous la dir. de): Dominant Nationalism, Dominant Ethnicity. Identity, Federalism and Democracy. Éditions Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Regionalism & Federalism", n° 15. 2009, 234 p., 35,90 €. ISBN 978-90-5201-487-6.

Œuvre de politologues et de philosophes, ce livre examine les notions de nationalisme et d'ethnicité dominante dans les démocraties à la lumière du sort réservé aux populations minoritaires. De plus en plus de chercheurs analysent comment l'État et/ou un groupe majoritaire interagissent avec les minorités et cherchent à voir si l'expression de la nation promue par l'État ne cache pas souvent un noyau ethnique. À travers une étude pluridisciplinaire, les auteurs cherchent à démontrer que la construction d'une nation, ou sa consolidation, est souvent menée par un groupe ethnoculturel spécifique qui n'hésitera pas à projeter et promouvoir, voire même à imposer, une identité qui sera ensuite combattue, négociée ou mise en cause par les groupes minoritaires. Ces questions démocratiques sont étudiées d'abord d'un point de vue historique par la mise en place des États, la création de frontières, le constitutionalisme et les cours de justice. Après une comparaison des nationalismes qui dominent en France et aux Pays-Bas, les contributions abordent dans la deuxième partie des cas spécifiques de nationalisme et ethnicité dominants à travers les contraintes de l'État canadien par rapport à celles de son voisin américain et, d'autre part, du cas de l'Indonésie dont l'État ne s'est pas focalisé sur une identité culturelle commune mais plutôt sur une "accommodation multinationale". L'ouvrage est ponctué par une réflexion sur l'avenir du fédéralisme qui examine le rôle des "fédérations d'en bas" - les États fédérés - dans le contexte d'une gouvernance globale enlisée dans les diktats néolibéraux, cette gouvernance "locale" tendant et étant de nature à devenir un contre-pouvoir qui pourrait, à terme, parvenir à démocratiser la fédération informelle qui dicte les règles.

(NDu)

*** Fedechoses… pour le fédéralisme. Presse fédéraliste (Maison de l'Europe, 18 av. Félix Faure, F-69007 Lyon. Internet: http://www.pressefederaliste.eu ). 2009, n° 145, 28 p., 3 €. Abonnement annuel: 15 €.

La Une de ce numéro croque un José-Manuel Borroso assis derrière un chevalet porte-nom indiquant "Secrétariat du Conseil européen" avec, pour commentaire, un cinglant: "Raté ! Encore 5 ans !" Cette feuille fédéraliste poursuit donc son combat avec combativité, elle qui plaide plus sérieusement, dans son Éditorial, pour une Constitution et un gouvernement fédéral, la tâche de constituer un "front de combat" des fédéralistes au Parlement européen et dans la société civile incombant en particulier au nouvel Intergroupe fédéraliste d'eurodéputés. Des flèches acérées sont aussi tirées contre un principe d'unanimité "criminel à 27", Nicolas Schmitt rappelant au passage que la Suisse n'est devenue le deuxième plus ancien État fédéral au monde qu'en le transgressant.

(MT)

*** Dokumente & Documents. Zeitschrift für den deutsch-französichen Dialog - Revue du dialogue franco-allemand. Gesellschaft für übernationale Zusammenarbeit (86 Dottendorfer Str., D-53129 Bonn. Tél.: (49-228) 9239810 - Courriel: kontakt@guez-dokumente.org - Internet: http://www.zeitschrift-dokumente.de ) et Bureau International de Liaison et de Documentation (50 rue de Laborde, F-75008 Paris. Tél.: (33-1) 43879030 - fax: 42935094 - Courriel: revue@bild-documents.org - Internet: http://www.revuedocuments.com ). 2009, n° 3-4, 194 p., 10 €.

Ce numéro de la Revue du dialogue franco-allemand lancée à l'automne 1945, quatre mois à peine après la fin de la Seconde Guerre mondiale, par le père Jean du Riveau, afin "renseigner de part et d'autre", par des textes, "sur les faits et gestes de l'un et de l'autre", en français et en allemand, constitue une pièce de collection. À l'occasion du 60ème anniversaire de la République fédérale d'Allemagne - et, en même temps de la RDA - et du 20ème de la chute du Mur de Berlin, les deux revues ont décidé de se marier dans un numéro bilingue qui montre combien les relations entre les deux "ennemis héréditaires" ont évolué au cours de cette période. Des extraits de contributions illustratives de la marche de cette nouvelle histoire et de l'évolution des regards composent un dossier où l'on retrouve, entre autres, les signatures de Louis Aragon, Robert Aron, Willy Brandt, Alfred Grosser, Helmut Kohl, Alain Lamassoure, Karl Lamers, Joseph Rovan, Maurice Schumann, Hans Tietmeyer et bien d'autres encore.

(MT)

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