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Bulletin Quotidien Europe N° 9986
Sommaire Publication complète Par article 35 / 36
SUPPLÉMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 840

*** MARIO TELÒ (sous la dir. de): The European Union and Global Governance. Routledge (Taylor & Francis Group, 130 Milton Park, Abigdon, Oxon OX14 4SB, UK. Tél.: (44-1235) 400400 - fax: 400401 - Courriel: book.orders@routledge.co.uk - Internet: http://www.ebookstore.tandf.co.uk ). Collection "Europe in the World". 2009, 353 p., 70 £. ISBN 978-0-415-46506-9.

Quelle est l'influence de l'Union européenne dans le monde ? De quelle manière et jusqu'à quel point contribue-t-elle à la gestation d'une nouvelle gouvernance globale ? Dans quelle mesure peut-on l'appréhender comme un "joueur global" et comme une "puissance internationale en devenir" ? C'est à ces questions - et à beaucoup d'autres qui en découlent - que d'éminents scientifiques européens s'emploient à apporter des réponses aussi rigoureuses que circonstanciées dans cet ouvrage de nature résolument multidisciplinaire, la science politique, l'économie et le droit, mais aussi la philosophie et l'histoire étant les disciplines académiques appelées à la barre pour éclairer le lecteur. Le "procès" est instruit à charge et à décharge. Dans son introduction, le Pr. Telò reconnaît que les auteurs "partagent la conviction que le poids de l'Union européenne dans le monde est lié à sa nature même, à savoir sa forme mature de gouvernance multilatérale de diversités nationales et locales conduisant à une convergence régionale croissante au niveau européen ». Pour autant, rassure aussitôt celui qui préside aux destinées de l'Institut d'études européennes de l'Université libre de Bruxelles, le contenu est "loin de succomber à la tentation de l'euphorie eurocentrique", les contributions mettant en exergue autant les succès que les échecs et les aspects négatifs de l'influence européenne.

L'ouvrage est structuré en trois parties d'égal intérêt. Dans la première, c'est l'impact des politiques et réalisations internes de l'Union à l'extérieur de ses frontières qui se trouve examiné. Les politologues Paul Magnette (aujourd'hui ministre belge du Climat et de l'Énergie) et Kalypso Nicolaïdis (directrice du Centre d'études européennes de l'Université d'Oxford) observent ainsi que l'Union peut d'ores et déjà être considérée comme un "démocratiseur international" en ce qu'elle constitue une référence en termes de démocratie à l'intérieur de l'État et entre les États. Le juriste Jean-Victor Louis s'intéresse, lui, à la dimension internationale de l'intégration monétaire européenne personnifiée par l'euro à la lumière, en particulier, de son influence sur le Fonds monétaire international, ce qui amène cet ancien conseiller de la Banque nationale de Belgique à constater que, du fait du rôle limité joué par l'Union dans le cadre des institutions de Bretton Woods où elle n'est représentée qu'à travers ses États membres, seuls la Banque centrale européenne et l'euro lui permettront d'exercer en tant que telle un rôle bien qu'indirect au sein de la gouvernance financière globale. Les impacts de la politique européenne de concurrence (Mathias Dewatripont et Patrick Legros) et de la Stratégie de Lisbonne (Maria João Rodrigues) sont appréhendés dans le même esprit. La deuxième partie embrasse, elle, les politiques extérieures de "l'acteur en devenir multidimensionnel" qu'est l'Union. Après que Marianne Dony se soit interrogée sur la cohérence globale de ces politiques qui résultent de procédures décisionnelles et de mécanismes de mise en œuvre à tout le moins très variés pour ne pas dire disparates, différents auteurs s'intéressent aux cas précis de la politique commerciale (Paola Conconi se demande notamment dans quelle mesure l'Union peut davantage encourager l'Organisation mondiale du commerce à devenir un régime réglementaire plus fort et contraignant sans réforme préalable de certaines de ses politiques internes), de la politique de coopération au développement avec son très utile mécanisme de conditionnalité, de la politique de l'environnement et sa connexion avec une politique de l'énergie balbutiante (pour relever le défi climatique, "affirmer avec plus de consistance et de cohérence l'objectif du développement durable comme une priorité dans plusieurs politiques internes de l'Union" est requis, observe Sebastian Oberthür), de l'Espace de liberté, de sécurité et de justice, enfin de la Politique étrangère et de sécurité commune ainsi que de la Politique européenne de sécurité et de défense. La troisième partie de l'ouvrage "ausculte" enfin "l'acteur global en devenir" que serait l'Union à la lumière de la problématique de son élargissement et de sa politique de voisinage (qui, souligne Reimund Seidelmann, manquent clairement d'un "dessein stratégique d'ensemble", de l'interrégionalisme qui se développe à l'échelle du monde, mais aussi de l'héritage historique laissé par l'Europe sous la forme du colonialisme, le philosophe Jean-Marc Ferry ponctuant le tout par des réflexions sur l'intégration européenne comme modalité de l'avènement d'un monde cosmopolite.

Il va de soi qu'un ouvrage d'une telle nature ne peut être présenté que de manière tronquée. Même l'introduction que signe Mario Telò est à elle seule déjà trop riche pour être valablement résumée. En guise de conclusion, mentionnons seulement son constat, posé à la lecture de l'ensemble des contributions, que l'Union est déjà tout à la fois plus et moins qu'une puissance classique, elle qui est "évidemment une discrète puissance par défaut (étant donné la possibilité d'amasser une puissance classique par le biais d'un État fédéral disposant de capacités militaires appropriées) et une provocation pour la compréhension réaliste traditionnelle des relations internationales qui lie la puissance internationale à une hiérarchie de capacités parmi lesquelles la force militaire maintient une claire primauté".

Michel Theys

*** SEBASTIAN SANTANDER: L'émergence de nouvelles puissances. Vers un système multipolaire ? Éditions Ellipse (32 rue Bargue, F-75740 Paris. Internet: http://www.editions-ellipses.fr ). 2009, 250 p.. ISBN 978-2-7298-5022-7.

Fruit d'une réflexion menée à l'Unité de recherche en relations internationales du département de science politique de l'Université de Liège sous la conduite du Pr. Santander qui en est le responsable (et qui signe, par ailleurs, une des contributions du livre recensé ci-dessus), cet ouvrage aborde la question de la multipolarité de l'ordre mondial à la lumière de la redistribution des cartes intervenue au lendemain de la post-guerre froide et de la stratification de l'ordre mondial à travers l'étude des puissances dites "émergentes". Des experts scientifiques belges et canadiens y analysent tour à tour les stratégies de puissance de l'Afrique du Sud, du Brésil, de l'Inde, de la Chine, du Mexique et de la Russie. Ces recherches empiriques permettent à Sebastian Santander d'affirmer que ces "pays émergents apparaissent de plus en plus comme des puissances", eux qui sont parvenus, par leur "action diplomatique énergique", leur reconnaissance internationale grandissante, l'affirmation de leur poids économique et le contexte de crise mondiale, à asseoir la légitimité d'un groupe alternatif au G7, celui du G20, et à "déstabiliser le statu quo" quant au partage du pouvoir au sein de certaines instances multilatérales, l'évolution du processus de négociation au sein de l'Organisation mondiale du commerce en étant la parfaite illustration. Dès lors, ils participent "à la décentralisation progressive du monde". Le coordinateur de l'ouvrage relève aussi que ces pays misent sur le multilatéralisme "à des fins multipolaires" en utilisant "un discours mobilisateur qui les présente comme des acteurs susceptibles de contribuer à un monde international plus équilibré" et, in fine, comme "les porte-drapeaux des pays en développement". En réalité, ils sont engagés dans la conquête de nouveaux marchés, ce qui les amène à adopter une posture internationale pas très différente de celle des États-Unis ou de l'Union, tant il est vrai, conclut Sebastian Santander, qu'ils ne projettent pas de "remettre en question les postulats néolibéraux de la globalisation issue de la domination occidentale".

(MT)

*** ANNEGRET BENDIEK, HEINZ KRAMER (sous la dir. de): Globale Außenpolitik der Europäischen Union. Interregionale Beziehungen und "strategische Partnerschaften". Stiftung Wissenschaft und Politik - SWP (3-4 Ludwigkirchplatz, 10719 Berlin. Tél.: (49-30) 88007-0 - fax: 88007-100 - Internet: http://www.swp-berlin.org ). Collection "Internationale Politik und Sicherheit", n° 63. 2009, 237 p.. ISBN 978-3-8329-4310-3.

Composée de différentes contributions, cette étude s'emploie à offrir une vue globale de la politique étrangère de l'Union. À travers l'analyse des relations internationales et des partenariats stratégiques de l'Union, l'ouvrage aide à une meilleure compréhension de son positionnement sur la scène internationale. Les articles s'intéressent à la plupart des régions du monde, établissant une sorte d'inventaire des relations extérieures de l'Union. Du côté de l'Amérique latine, il est question, de manière générale, de bilatéralisme et de dialogue fragmenté, alors que se développe, parallèlement, un partenariat stratégique avec le Brésil. Les contributions concernant l'Afrique mettent en valeur les instruments de politique étrangère qui ont été testés par l'Union dans cette région. Si les relations ont longtemps été fondées sur le régionalisme, certains auteurs jugent opportun de se demander si elles ne se dirigent pas désormais vers un certain bilatéralisme. Quant à l'Asie, les relations de l'Union avec l'Inde, la Chine, l'Asie du sud-est et le Japon montrent des divergences d'approche. Enfin, le Partenariat stratégique avec le Canada est perçu comme représentant un potentiel de développement important. Un ouvrage enrichissant.

(EPi)

*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist.debate.org ). 2009, n° 2, 64 p.. Abonnement annuel: 15 €.

Ce numéro de la publication fédéraliste bien connue s'ouvre sur un éditorial que Lucio Levi consacre à ce que pourrait être le monde après la tempête économico-financière de l'année écoulée. Plaidant pour une réforme du Conseil de sécurité et du Fonds monétaire international tenant compte de la nécessité de construire un monde multipolaire, il revient notamment sur la proposition du gouverneur de la Banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, de doter le monde d'une monnaie de réserve qui ne soit plus le dollar en s'inspirant de l'ancien Système monétaire européen, à savoir en élargissant le panier des droits de tirage spéciaux à toutes les monnaies des économies majeures et en octroyant au FMI une part des réserves des États. Lucio Levy critique l'Union pour n'avoir pas saisi cette balle au bond, ce qu'il impute à l'absence d'un gouvernement européen qui encourage la "subordination" de l'Union aux États-Unis. D'autres contributions avancent des pistes de solution fédéralistes au conflit israélo-arabe et à la situation dans les Balkans occidentaux.

(MT)

*** Politica Exterior. Éditions Estudios de Politica Exterior (49 Nuñez de Balboa, E-28001 Madrid. Tél.: (34-91) 4312628 - fax: 5777252 - Courriel: revista@politicaexterior.com - Internet: http://www.politicaexterior.com ). Mai/juin 2009, n° 129, 169 p., 13 €. ISBN 978-0-2136-8500-4.

Ce nouveau numéro de la revue espagnole bien connue évoque, dans un premier temps, quelques thèmes de l'actualité internationale, avec notamment la visite du président Obama en Europe et ses différentes interventions au G20 et à l'Otan, ainsi que l'intérêt particulier que les nouvelles lignes politiques des États-Unis pourraient avoir pour l'Union. Dans un deuxième temps, les auteurs proposent plusieurs études en relation avec la politique étrangère de l'Espagne, portant en majeure partie sur la guerre en Afghanistan, son évolution et les stratégies que l'Union européenne devrait mettre en place, en syntonie avec les États-Unis, afin de remporter cette guerre. À noter également une réflexion pour la mise en place d'une nouvelle architecture financière multilatérale, à travers la réforme du Fonds monétaire international, ou encore les perspectives des pays les plus pauvres face à la crise financière, ainsi qu'une courte étude sur le modèle de coopération de l'Asem et les pistes à envisager pour renforcer la coopération entre l'Europe et l'Asie.

(NDu)

*** ROMAIN YAKEMTCHOUK: L'islam face à l'occident. Un heurt des civilisations ? Éditions L'Harmattan (5-7 rue de l'Ecole-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). 2009, 236 p.. ISBN 978-2-296-09539-7.

Depuis le 11 septembre 2001, la menace islamiste est devenue un facteur prépondérant aux yeux de la communauté internationale. Alors que le fondamentalisme radical est assez largement considéré, par la plupart des pays musulmans, comme un danger virtuel, certains se demandent, en Occident, si le monde ne vit pas les prémices d'un conflit de civilisations durable. Professeur émérite à l'Université catholique de Louvain et rédacteur en chef de la revue "Studia Diplomatica", Romain Yakemtchouk plaide, dans cet ouvrage, en faveur de l'ouverture d'un véritable dialogue entre les deux camps et préconise un rapprochement entre civilisations islamique et occidentale, lesquelles se réclament de valeurs communes. Il retrace les grandes lignes et étapes de l'expansion de l'islam de ses origines à nos jours, avant de passer en revue ses différents visages dans toutes les régions du globe, ce en vue de voir si la menace islamique est bien une réalité ou plutôt un mythe.

(NDu)

*** ALI AMAR: Mohammed VI, le grand malentendu. Dix ans de règne dans l'ombre de Hassan II. Calmann-Lévy (31 rue de Fleurus, F- 75006 Paris. Tél.: (33-1) 49543600 - fax: 45448632 - Internet: http: //http://www.calmann-levy.fr ). 2009,334 p.. ISBN 978-2-7021-4010-9.

Lorsqu'Hassan II meurt, beaucoup de monde en Occident crut que la montée sur le trône de son fils, Mohammed VI, allait entraîner, au Maroc, un réel renouveau de la démocratie et permettre à ce pays longtemps dirigé d'une main de fer de respirer. Pour le journaliste qui signe cet ouvrage, le "Printemps marocain" a fait long feu: après dix ans de règne de Mohammed VI, le Maroc a fort peu changé. Comptant parmi les fondateurs, en 1977, du "Journal", premier titre indépendant marocain ayant subi plus d'une fois les charges du régime, Ali Amar montre au fil des pages que le règne de Mohammed VI, bien que différent dans la forme de celui de son père, perpétue une dictature opulente et affairiste qui, au nom de la lutte contre les fondamentalistes, utilise à outrance la carte sécuritaire, perpétuant torture et répression, même s'il s'emploie à donner à l'étranger l'image d'un jeune roi moderne, modéré et ouvert au changement, exemple de modèle de transition que le monde arabe aurait tout intérêt à suivre.

(NDu)

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