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Bulletin Quotidien Europe N° 9824
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

L'Europe doit tenir compte de l'étude de l'ONU sur le commerce agricole

L'UE devra tenir compte des conclusions du rapporteur spécial de l'ONU sur « le droit à l'alimentation » (voir cette rubrique d'hier), aussi bien dans son attitude dans la phase finale du Doha round à Genève qu'au moment de définir l'avenir de sa politique agricole commune (PAC). Les analyses d'Olivier de Schutter indiquent en particulier que la libéralisation totale du commerce agricole, loin de contribuer à améliorer la situation alimentaire des pays pauvres, l'aggrave et représente l'une des causes des famines. Chaque continent ou groupe de pays devrait produire l'essentiel de l'alimentation pour sa population, en direction de l'autonomie alimentaire, en rejetant la monoculture pour l'exportation.

L'erreur de M. Ziegler. Le rapporteur précédent de l'ONU en cette matière, Jean Ziegler, a eu sans doute beaucoup de mérites, en mettant en évidence les risques de famines dans le monde et en dénonçant les abus du monde financier ; mais il n'avait rien compris au commerce agricole international. Si son appel à la suppression des soutiens et des encouragements à la production par les deux principaux producteurs agricoles mondiaux (UE et États-Unis) avait été écouté, les pénuries alimentaires mondiales se seraient multipliées ; cette considération n'a pas empêché M. Ziegler de qualifier ensuite de crime contre l'humanité l'utilisation américaine de maïs pour produire des biocarburants. De sa part, c'est de la démagogie. Pourquoi ? Parce que la suppression des soutiens à la production américaine, qu'il invoque, aurait fait disparaître le maïs américain destiné à la consommation alimentaire ! Des effets analogues résulteraient de la suppression des soutiens à l'agriculture en Europe. Des abus existent dans les aides à la production, il faut les combattre ; mais le soutien est indispensable, non pas pour faire concurrence à la production des pays moins favorisés, mais pour reconnaître aux agriculteurs européens et américains le droit à un niveau de vie analogue à celui des autres catégories de la population active ; et surtout pour leur permettre de faire face aux exigences croissantes en matière de qualité, sécurité des produits, protection de la nature, respect des animaux. Ces exigences devront devenir progressivement obligatoires partout, car elles sont indispensables ; les producteurs qui sont à l'avant-garde et indiquent la voie ne doivent pas être pénalisés, mais au contraire encouragés et protégés.

La production agricole européenne et américaine est indispensable pour faire face aux pénuries mondiales menaçantes, aux famines. À l'intérieur même de l'UE, ce sont les excédents de la politique agricole commune (PAC) qui rendent possibles des initiatives comme les restaurants du cœur, et c'est la PAC qui finance le programme de distribution de fruits et légumes dans les écoles.

Il faut rejeter les orientations qui conduiraient en Europe à l'abandon des campagnes, la destruction de la nature et des paysages, la fin de traditions séculaires, que ce soit dans le but d'obtenir en échange des avantages industriels ou de favoriser le grand commerce, ou que ce soit de bonne foi, en se trompant lourdement (comme M. Ziegler et l'Oxfam) à propos des intérêts des pays pauvres et de leurs populations.

Progrès en cours. Heureusement, les positions défendues depuis des années dans cette rubrique gagnent du terrain. Une majorité écrasante du Conseil Agriculture de l'UE a approuvé, le 28 novembre dernier, des conclusions sur l'avenir de la PAC, même si l'opposition de trois pays (Royaume-Uni, Suède et Lettonie) a imposé de donner à ce texte le caractère de conclusions de la Présidence. Elles affirment que la nouvelle PAC devra faire face aux nouveaux défis: augmentation de la demande mondiale de denrées alimentaires ; exigences environnementales croissantes ; risques sanitaires nouveaux ; nécessité de normes de qualité et de sécurité élevées (voir notre bulletin n° 9793). En même temps, l'ouvrage collectif « À la recherche de l'intérêt européen » dirigé par Philippe Herzog consacre à l'agriculture un chapitre qui va dans le sens souhaitable. Quelques citations résument l'esprit de ce texte rédigé par Jean-Marie Aurand: « Nous sommes habitués à considérer la PAC dans une logique de maîtrise de la production. La situation actuelle d'insuffisance de biens alimentaires redonne à la PAC sa raison d'être. Elle ne soutient pas un secteur désuet, elle est au contraire une politique éminemment stratégique, au même titre que l'indépendance énergétique. C'est l'enjeu du défi alimentaire. Il faut placer le débat politique avant le débat budgétaire (…) L'agriculture est au cœur des grands équilibres écologiques de la planète, élément incontournable de la préservation des ressources naturelles et de la biodiversité (…) En Europe, pour relever le quadruple défi alimentaire, environnemental, énergétique et territorial, la PAC devra préserver la préférence communautaire, stabiliser et réguler les marchés, maintenir un budget suffisant.» Est-il nécessaire de dire que je suis entièrement d'accord ?

(F.R.)

 

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