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Bulletin Quotidien Europe N° 9819
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/gaza

Le Parlement appelle à la fin des hostilités

Strasbourg, 15/01/2009 (Agence Europe) - Choqué par les souffrances infligées à la population civile, le Parlement européen a adopté, jeudi 15 janvier (sans aucune voix contre mais quelques abstentions), une résolution de l'ensemble des groupes politiques (moins le groupe IND-DEM) sur la situation à Gaza. Une résolution commune équilibrée, qui reste muette sur plusieurs points marquants du débat de la veille, mais qui a le mérite d'exister.

Les députés pressent les deux parties à se conformer à la résolution 1860 du Conseil de sécurité des Nations unies et demandent « un cessez-le-feu immédiat et permanent » qui mette fin aux attaques de roquettes du Hamas et aux opérations militaires d'Israël à Gaza. Ils appellent ainsi au retrait des troupes israéliennes, à la réouverture permanente des points de passage et à la levée du blocus, ainsi qu'à la lutte contre la contrebande d'armes et de munitions. Le Parlement plaide pour une trêve négociée, qui serait garantie par un mécanisme de la communauté internationale, incluant notamment « l'envoi d'une mission multinationale investie d'un mandat clair pour rétablir la sécurité et garantir le respect du cessez-le-feu ». Dans ce cadre, une attention particulière devrait être accordée au contrôle de la frontière entre l'Égypte et Gaza, ce qui impose à l'Égypte d'assumer un rôle important. Et d'inviter le Conseil à « intensifier ses pressions en vue de mettre fin aux violences actuelles ». Les parlementaires européens demandent « avec la plus grande fermeté » aux autorités israéliennes de garantir le libre accès de l'aide humanitaire à la Bande de Gaza et l'acheminement continu et suffisant de l'aide par le couloir humanitaire, ainsi que d'autoriser la presse à suivre les événements sur le terrain. L'UE est par ailleurs invitée à « adopter une position politique plus ferme et plus unie », ainsi qu'à coopérer avec la prochaine administration américaine afin de mettre fin au conflit par un accord fondé sur la solution des deux États. Soulignant l'importance d'une réconciliation inter-palestinienne, les députés préviennent que seuls des progrès réels dans la voie de la paix et d'une amélioration de la situation à Gaza et en Cisjordanie « peuvent renforcer la légitimité de l'Autorité palestinienne ».

La résolution commune n'envisage en revanche pas la question du gel du processus de renforcement des relations entre l'UE et Israël, même si une pause a, semble-t-il, été décidée par les deux parties selon le représentant de la Commission européenne en Israël. Rappelons que le 3 décembre dernier, les députés avaient pour leur part déjà décidé de reporter le vote sur une participation accrue d'Israël aux programmes communautaires (EUROPE
N° 9796 et 9795). Le texte commun ne mentionne pas non plus la possibilité de suspendre l'actuel accord d'association UE-Israël, au titre de l'article 2 de cet accord qui précise que les relations entre les deux partenaires doivent être fondées sur le respect des droits de l'Homme et les principes démocratiques. Plusieurs députés l'auraient souhaité, mais seule la GUE-NGL, dans son projet de résolution initial, avait suggéré de mobiliser cette clause « droits de l'homme », dont on peut se demander à quoi elle sert si lors d'un conflit armé ayant déjà entraîné la mort d'environ 1.000 personnes, elle n'est même pas évoquée, fustigent certains parlementaires.

Un cessez-le-feu immédiat et effectif, l'ouverture de tous les points de contrôle, l'assurance de l'accès à l'aide humanitaire, voici les exigences minimales pour un apaisement de la situation au Proche-Orient, selon le président du Conseil, Karel Schwarzenberg. Mais une solution durable doit couvrir toute la région et permettre à deux États, israélien et palestinien, de vivre en paix l'un à côté de l'autre: « Seul un État palestinien viable pourra ramener la sécurité dans la région ». En attendant, il faut remédier aux dommages politiques qui sont la conséquence des attaques israéliennes.

La chronique des efforts de la troïka dans la région a été faite, encore une fois, par une Benita Ferrero-Waldner visiblement inquiète mais aussi visiblement déterminée à ne négliger aucune possibilité de trouver une solution. Il faut au moins un cessez-le-feu de quelques heures pour permettre la distribution de l'aide, a affirmé la Commissaire, en essayant de voir quelque motif d'espoir dans le sommet des pays arabes qui pourrait se tenir au Qatar à la fin de la semaine et dans la tournée du secrétaire général de l'OTAN dans la région. Pour le long terme, elle place certains espoirs dans la présidence Obama, et note avec satisfaction les propos de Hillary Clinton au hearing du Sénat, mardi 13 janvier. L'image d'Israël a été « endommagée » par les attaques des dix-huit derniers jours, reconnaît Mme Ferrero-Waldner, et son gouvernement devrait comprendre à quel point ceci joue contre ses espoirs de paix dans la région. En intervenant à la fin du débat, la Commissaire a fait état de bruits non confirmés de source égyptienne selon lesquels le Hamas aurait manifesté une certaine ouverture aux suggestions des Égyptiens.

Triste bilan, a déclaré, pour le PPE/DE, l'Espagnol José Salafranca, en manifestant l'appui de son groupe aux efforts de la Commission et du Conseil pour mettre fin au cycle de haine, vengeance et destruction qui assombrit toute perspective de paix durable au Moyen-Orient. Israël est un pays ami, ce débat est donc très difficile, a constaté, pour le groupe socialiste, l'Allemand Martin Schulz, en rappelant le droit de chaque État de se défendre, mais aussi la nécessité pour chaque État de se demander si les moyens qu'il utilise pour se défendre sont proportionnés. Solution militaire ? Cela n'existe pas, s'exclame M. Schulz, il faut parler, oui, aussi avec les terroristes. Arafat était considéré comme un terroriste, mais il a reçu le prix Nobel de la paix, partagé avec Israël. « Ce qui était possible alors doit l'être aussi maintenant », soutient Martin Schulz. « Le jour viendra où tout le monde devra parler à tout le monde »: c'est également l'opinion de la Belge Annemie Neyts-Uyttebroeck (groupe ADLE) qui insiste sur la nécessité d'améliorer la situation en Cisjordanie. « Délivrez les Palestiniens de l'occupation israélienne en Cisjordanie, et ils nous délivreront du Hamas », s'est écrié l'Allemand Daniel Cohn-Bendit, pour les Verts/ALE. Israël a voulu donner une leçon au Hamas, mais ce type de « leçon pédagogique noire » ne mène à rien, et l'objectif d'une plus grande sécurité que cherche Israël n'a pas été atteint, bien au contraire. Car, dans sa stratégie, « le Hamas a besoin de morts », et les Palestiniens eux-mêmes sont les seuls qui peuvent lutter contre cette stratégie, si on leur donne une chance de vie, a-t-il ajouté. Les partisans du dialogue sont nombreux au sein de l'hémicycle, notamment l'Autrichien Johannes Swoboda (groupe socialiste). Nous avons perdu du temps en refusant le dialogue, constate-t-il amèrement , en précisant: « Je n'aime pas le Hamas, entre autres à cause de son fondamentalisme… mais ce n'est pas une question de sympathie, il s'agit de chercher une solution ».

Un certain nombre d'élus estiment qu'il faut tirer les conséquences des événements des dernières semaines, notamment le Britannique Chris Davies (ADLE), qui considère que le comportement d'Israël n'est pas la « réponse proportionnée d'une puissance civilisée ». M. Davies s'étonne du fait que les critiques vis-à-vis d'Israël n'aient pas été accompagnées par une action, notamment dans le cadre de l'accord de coopération avec ce pays. On avait même décidé un « upgrading », regrette l'Italienne Luisa Morgantini (GUE/NGL), tout en se félicitant du fait que le représentant de la Commission à Tel Aviv ait dit ces derniers jours que le « upgrading » peut attendre: il faut d'abord essayer d'obtenir un cessez-le-feu. La décision concernant l'« upgrading » doit être soumise à l'avis du Parlement, pour le Portugais Miguel Portas (GUE/NGL). Et la socialiste belge Véronique De Keyser affirme que l'Union doit faire appliquer la clause du respect des droits de l'Homme dans l'accord de coopération avec Israël. « Justice doit être rendue pour tous ces crimes », martèle Mme De Keyser, soutenue par la Verte française Hélène Flautre, ainsi que par le Chypriote Kyriacos Triantaphyllides, qui exige une enquête sur les agissements d'Israël. Israël doit comprendre, ajoute l'Italienne Pasqualina Napoletano (groupe socialiste), que ce massacre affaiblit l'autorité palestinienne, et donc précisément ceux qui seraient éventuellement prêts à négocier. Ce massacre a bel et bien pour objectif d'empêcher la création d'un État palestinien, déclare à son tour son compatriote Giulietto Chiesa (groupe socialiste). L'histoire va demander des comptes à ceux qui se sont faits complices de crimes dans la région, y compris des crimes d'omission, selon le socialiste espagnol Miguel Angel Martinez Martinez. La Française Tokia Saïfi (PPE-DE) exprime quant à elle une mise en garde plus générale: les agissements d'Israël suscitent une réaction négative non seulement du monde arabe mais du monde musulman, et l'Europe doit y faire face en encourageant le dialogue entre les civilisations.

Pour la première fois, Israël semble envisager la possibilité de l'intervention d'une force internationale d'interposition prônée par les Palestiniens, constate le Français Philippe Morillon (ADLE), mais il faudra d'abord un accord entre les parties prenantes, et cette mission « exigera la plus totale impartialité ». Une mission d'interposition ne suffit pas, soutient le conservateur britannique Geoffrey van Orden, en plaidant pour un véritable Plan Marshall pour la région, avec la mise en place d'une administration civile adéquate. M. van Orden est réticent concernant l'ouverture d'un dialogue avec le Hamas, comme l'Italienne Cristiana Muscardini (UEN), qui craint qu'un dialogue avec des terroristes ne crée des précédents.

Le président du Conseil est apparemment d'accord, puisque Karel Schwarzenberg a clairement dit que les institutions européennes ne peuvent avoir des « contacts officiels » avec une organisation terroriste. « Je suis assez vieux, a-t-il ajouté, « pour avoir vu beaucoup de terroristes devenir plus ou moins respectables ». Mais le moment n'est pas venu, et il faut « être fermes sur ce point ». Quant à l'« upgrading » de l'accord, avec Israël, il a été décidé par le Conseil en juin, et ne peut être changé que par lui, quoi qu'en dise le représentant de la Commission à Jérusalem. En tous les cas, il est prématuré d'en parler maintenant: « Il y a des questions plus urgentes à résoudre ». Enfin, que peut-on faire pour arrêter Israël ? « Franchement, pas grand-chose », est le verdict de M. Schwarzenberg: l'Union ne peut que parler franchement et honnêtement avec les Israéliens, mais « elle n'a ni le pouvoir ni les moyens de leur dire « arrêtez ».

Je suis membre du Parlement européen depuis 25 ans, a répliqué le conservateur britannique Christopher Beazley, et ce débat est le plus important auquel j'ai participé. J'espère, a gravement déclaré M. Beazley, que la Commission estime, contrairement à M. Schwarzenberg, que l'Union a la possibilité d'exercer son pouvoir moral, et je pense que les Israéliens, un peuple qui a tant souffert, devraient comprendre si nous décidions de suspendre l'accord de coopération jusqu'à un cessez-le-feu effectif. (L.G./A.B.)

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