*** FRANCOIS FORET: Légitimer l'Europe. Pouvoir et symbolique à l'ère de la gouvernance. Presses de Sciences Po (117 bld Saint-Germain, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 45498364 - fax: 45498334 - Courriel: librairie@sciences-po.fr - Internet: http://www.pressesdesciencespo.fr ). Collection "Académique - Faits politiques". 2008, 290 p., 25 €. ISBN 978-2-7246-1081-9.
De quelque nature qu'elle soit, une entité politique a besoin de se construire et d'imposer des symboles pour asseoir sa légitimité. L'hypothèse fondamentale de cet ouvrage scientifique - qui s'adresse essentiellement, dès lors, aux initiés - est que l'Union européenne n'échappe pas, elle non plus, à l'impératif du symbolique. A la lumière des refus populaires du Traité constitutionnel - et, pour l'instant, du Traité de Lisbonne par les Irlandais - et du fait que les discours politiques et les schémas d'analyse intellectuels dominants sur l'intégration européenne la présentent comme un arrangement d'intérêts rationalisé à l'extrême et dominé par une logique fonctionnaliste, l'auteur procède à un détour par les symboles pour interroger cette vision et jauger le sens qu'incarne l'Union aux yeux des citoyens. Dès son introduction, François Foret observe notamment, à cet égard, qu'un transfert de loyauté de la nation à l'Europe n'est pas d'actualité et qu'on est plutôt en présence d'une imbrication de plus en plus étroite de deux niveaux de référence identitaire, ce qui entraîne leur recomposition - encore avivée par le contexte de la mondialisation. Selon ce directeur des recherches politiques de l'Institut d'études européennes et chercheur au Centre d'études de la vie politique de l'Université libre de Bruxelles, la légitimité de l'Union européenne est elle-même travaillée par une double demande, d'abord par une "attente de réassurance, de protection, voire de restauration à un niveau élargi de cadres de référence ébranlés au niveau national" et, ensuite, par une "crainte de l'aliénation". La deuxième hypothèse qui sert de fil rouge à l'étude et que l'auteur s'emploie à vérifier à travers son analyse pointue des symboles européens est que l'Union n'échappe pas, en dépit de sa gouvernance à multiples niveaux et de sa démocratie participative visant à associer tous les acteurs à la décision, à la tentation de "faire centre", c'est-à-dire à s'imposer comme la source du sens.
Synthèse d'une dizaine d'années de recherches, l'ouvrage est structuré en sept chapitres. Le premier est consacré au "mariage raté" entre fonctionnalisme et Constitution. L'auteur s'y intéresse d'abord à l'Europe des résultats qui, "nouveau mot d'ordre de la légitimation communautaire", fait écho à la tradition fonctionnaliste en la renouvelant. Toutefois, s'emploie-t-il à montrer, la légitimation par les résultats apparaît contingente et incomplète dans la mesure où "elle ne dit rien sur les luttes sociales et politiques qui président à la définition des objectifs à atteindre et des critères retenus pour évaluer l'efficacité". Le processus constitutionnel a confirmé, à cet égard, la dimension cruciale d'une allégeance normative à l'Europe, le but recherché n'étant pas juridique mais bien "d'activer une symbolique constitutionnelle pour bénéficier de ses effets légitimants". Le problème, selon François Foret, c'est qu'élites et institutions ont failli, pour mener à bien cette entreprise, à apporter des réponses à des questions ayant trait à la situation matérielle des citoyens, d'une part, à d'autres relatives à l'identité collective et au vivre-ensemble, d'autre part. Du coup, "l'Europe n'a été (…) qu'un objet symptôme sur lequel se projettent des conflits politiques plus généraux" et, dans le doute sur la sécurité à gagner dans l'aventure, beaucoup de citoyens se sont résolus finalement à exprimer un "vote de précaution". Dans un deuxième temps, l'auteur analyse les difficultés de légitimation de l'Union à travers les mutations de la communication politique, les effets de la configuration politico-administrative communautaire et les logiques d'interactions élites-masses qui en découlent. Il décrypte ensuite la manière dont s'effectue la mise en scène de l'entité communautaire à travers les acteurs politiques - notamment les commissaires européens qui constituent "une élite politique au plein sens du terme" mais sont "dépourvus des ressources classiques des dirigeants nationaux", ce qui leur assure un "rapport distancié au citoyen" - et un protocole européen informel visant essentiellement à "offrir l'image d'une famille politique communautaire unie et chaleureuse". Autre angle d'analyse, la production discursive des institutions européennes à la lumière du Livre blanc sur la gouvernance, "expression la plus complète du paradigme politique de référence de l'action publique communautaire", et des brochures grand public que publie la Commission.
François Foret s'attaque ensuite aux "rituels et représentations du tout européen" dont l'Union s'est dotée au cours des décennies récentes, passant tour à tour en revue le suffrage universel qui n'a pas produit les effets escomptés, la fête qui, avec la Journée de l'Europe, n'y est pas davantage parvenue, l'hymne "dépourvu de paroles officielles, ce qui est une entrave à son appropriation populaire", la statistique institutionnelle altérée "autant par des conflits d'intérêts et de prestige national que par des considérations d'expertise rationnelle" et, enfin, l'image à laquelle les institutions recourent avec parcimonie faute, selon lui, de "signifiants proprement européens". À ce propos, l'auteur consacre un chapitre entier au drapeau qui, ainsi que le montre actuellement le Président de la République tchèque, "dépend du bon vouloir des États et des initiatives privées", une série d'éléments expliquant que "la bannière aux douze étoiles est connue et appréciée par les citoyens mais ne suscite pas la même réappropriation affective que ses équivalents nationaux". Enfin, le dernier chapitre voit l'auteur analyser la "réussite spectaculaire en matière de politique publique européenne" qu'a constituée l'euro, ce qui ne l'empêche pas d'inviter à rester circonspect dans l'appréciation que l'on fait de l'impact de la monnaie unique sur la légitimation de l'euro. Dans ses conclusions, l'auteur trace quelques pistes de nature à renforcer la légitimité populaire de l'Union tout en se refusant de verser dans le pessimisme, lui qui écrit que les craintes suscitées par celle-ci "sont encore aujourd'hui sous-tendues par un refus de condamner l'idée même d'intégration européenne, signe qu'une large partie des citoyens s'interdit de refuser les opportunités éventuelles offertes par une autorité et un espace toujours énigmatiques". Une invitation à la poursuite du combat de persuasion, en somme. Michel Theys
*** JEAN-LOUIS QUERMONNE: L'Union européenne dans le temps long. Presses de Sciences Po (voir coordonnées supra). 2008, 231 p.. ISBN 978-2-7246-1076-5.
Où va l'Europe ? Quel est l'avenir de l'Union européenne, ce mouvement d'union des peuples de l'Europe dans des institutions communes qui prit naissance le 9 mai 1950, suivant l'intuition de Jean Monnet, de Robert Schuman et des autres "Pères de l'Europe" ? C'est à cette question que l'auteur de ce livre, professeur honoraire de science politique à l'Université de Paris et membre-fondateur du groupe d'études "Notre Europe", s'efforce de répondre dans un langage accessible à tout citoyen, en partant de l'expérience acquise, des problèmes actuels et des perspectives probables pour les prochaines décennies. Un constat, tout d'abord, souligné par Jacques Delors dans sa préface: "Le recul de la méthode dite communautaire dont la bonne application a pourtant coïncidé avec les progrès les plus incontestés de la construction européenne". Une conviction clairement affirmée, ensuite: il faut rechercher "les bases d'une puissance publique européenne qui ne serait pas la reproduction au niveau européen du concept de l'État national". D'où l'introduction de la notion de "temps long", empruntée à l'historien Fernand Braudel, un temps dont la durée n'est pas ici précisée, mais "qui s'échelonnera obligatoirement sur un long processus, dont la deuxième moitié du XXème siècle, qui est maintenant derrière nous, n'aura été que le premier acte". Qui pourrait reprocher à l'auteur ce manque de précision, alors que les gouvernements des États signataires des traités européens qui se sont succédé depuis un demi-siècle n'hésitèrent pas à se déclarer "déterminés à établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens" (Rome, 1957) ou "résolus à poursuivre le processus créant une union sans cesse plus étroite entre les peuples de l'Europe" (Maastricht, 1992, Amsterdam, 1997) ?
L'auteur ne cède pas à la facilité des déclarations rhétoriques. Il énonce, en partant du Traité de Lisbonne supposé prochainement mis en application, quelques propositions d'aménagements institutionnels qui pourraient, dès les toutes prochaines années, faire progresser l'Union européenne. Sans entrer ici dans le détail de l'argumentation que le lecteur trouvera dans le livre, le Pr. Quermonne propose: - la recherche d'un meilleur fonctionnement du Conseil des ministres, obtenu notamment par la diminution du nombre de ses formations et par la promotion d'un Conseil Affaires générales semi-permanent, composé de ministres nationaux dépositaires de l'autorité de leurs chefs de gouvernement respectifs ; - l'établissement d'une présidence permanente de chaque formation du Conseil - et pas seulement de celle qui est réservée aux Affaires étrangères - par un vice-président de la Commission ; - le cumul - qui n'est pas interdit par le Traité de Lisbonne - des fonctions de président permanent du Conseil européen et de président de la Commission ; - la réduction par le Conseil européen statuant à l'unanimité du nombre de commissaires. Certaines de ces propositions ont déjà été formulées par d'autres auteurs, que cite le Pr. Quermonne, mais ce livre a le mérite de les présenter dans une synthèse solidement argumentée, en laissant aux forces politiques organisées et aux citoyens-électeurs le temps - plus ou moins long - de la réflexion, de la discussion et de l'action. Ainsi l'Europe pourrait-elle avoir non seulement "un numéro de téléphone", mais un centre de gravité et un poids politique dans un monde qui évolue rapidement autour d'elle. (J-RR)
*** SINIŠA KUŠIÆ: Zwischen Euphorie und Ernüchterung-Kroatien auf dem Weg in die EU. Peter Lang (1 Moostrasse, CH-2542 Pieterlen. Tél.: (41-32- 3761717 - fax: 3471727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Sozio-ökonomische Perspektiven in Südosteuropa", n° 1. 2007, 168 p., 29,90 €. ISBN 978-3-631-55224-7.
Candidate officielle à l'adhésion à l'Union depuis 2005, la Croatie aspirait déjà à resserrer ses liens avec l'Europe communautaire depuis la fin des années 80, au moment de l'effondrement de l'ex-Union soviétique et de la désintégration de la Yougoslavie. Bien que la perspective d'une adhésion de ce pays en surprenne certains, le processus d'harmonisation croate a connu depuis lors des avancées significatives. Aujourd'hui, la Croatie oscille entre euphorie et désenchantement, entre stagnation et croissance. En effet, les réformes destinées à mener le pays sur le chemin de la démocratie et de l'économie de marché n'ont pas pu résoudre des problèmes persistants tels que le faible niveau des exportations, le déficit de la balance commerciale et la non résorption de la dette extérieure. En s'interrogeant sur le rôle potentiel de la Croatie dans le système régional européen et sur sa capacité à faire face à la concurrence européenne, l'auteur de cet ouvrage synthétise l'avis des convaincus, des réservés et des sceptiques, avant d'envisager différentes évolutions possibles de la situation. À travers une étude approfondie du cadre historique, des changements aigus du paysage politique, institutionnel et économique, il tente également de mettre en lumière les freins majeurs à la future adhésion de la Croatie. (EPi)
*** MARÍA-LUISA VILLANUEVA ALFONSO (sous la dir. de): La Méditerranée et la culture du dialogue - El Mediterráneo y la cultura del diálogo - El Mediterrani i la cultura del diàleg. Lieux de rencontre et de mémoire des Européens - Lugares de encuentro y de memoria de los Europeos - Punts de trobada i de memòria dels Europeus. Instituto de estudios europeos. Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 42. 2008, 339 p., 34,90 €. ISBN 978-90-5201-425-8.
Prolongeant un cycle de conférences organisé à l'Université Jaume I de Castellón en Espagne, ce livre entend contribuer à la création d'espaces communs pour le dialogue entre les Européens, dans l'esprit de promouvoir une culture du débat qui aille à la recherche de l'Autre. Comprenant des contributions en français et en espagnol, ainsi que deux en catalan, il se structure en trois parties. La première regroupe des chapitres qui réfléchissent sur les langues et les discours en vue, entre autres, de favoriser l'intercompréhension des langues et de former les étudiants en ce sens. La deuxième contient des analyses sur le jeu de miroirs qui s'établit lors du contact avec l'Autre, le sujet étant appréhendé à travers la littérature de voyages et l'étude des influences culturelles entre les peuples de la Méditerranée. Enfin, la troisième partie présente une diversité d'approches sur la construction des savoirs et sur leur transmission, sur le passage du mythe au logos, et sur le rôle de la mémoire et de la tradition. (PBo)
*** MARTA PETRICIOLI (sous la dir. de): L'Europe méditerranéenne - Mediterranean Europe. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (voir coordonnées supra). Collection "L'Europe et les Europes 19e et 20e siècles", n° 8. 2008, 365 p., 32,90 €. ISBN 978-90-5201-354-1.
Fruit de la coopération internationale de vingt chercheurs, cet ouvrage apporte de très intéressants éclairages sur l'Europe méditerranéenne et, plus largement, sur le "monde méditerranéen", ce non seulement sous l'angle historique, économique, démographique et politique, mais également dans les domaines des relations internationales et de la politique culturelle. Dans une première partie, les auteurs montrent comment historiens, géographes et autres politologues ont décrit cette région et s'emploient à retrouver les racines de ces perceptions. La deuxième partie s'intéresse aux caractéristiques qui relient les pays du pourtour méditerranéen, avant que les auteurs ne tentent de cerner les sentiments d'identité qui prévalent en Catalogne, en Sicile, en Sardaigne, à Malte et à Chypre. Enfin, dans la partie finale, les contributions invitent l'Union à développer une politique étrangère commune dédiée au monde méditerranéen qui se fonde à la fois sur l'économie et sur la culture, les pays de "l'autre rive" étant tous "en attente d'Europe", ainsi que l'écrit le Pr. Gérard Bossuat dans ses conclusions. (PBo)
*** Revue politique et parlementaire. Société d'Edition Académique et Diplomatique (3 rue Bellini, F-92800 Puteaux. Tél.: (33-1) 46981372 - fax: 47730148 - Internet: http://www.revuepolitique.fr ). Juillet-septembre 2008, n° 1048, 220 p., 24 €. Abonnement annuel: 61 € (France), 75 € (étranger). ISBN 978-2-85702-164-3.
L'essentiel de ce numéro est consacré au cinquantième anniversaire de la Constitution de la Ve République, avec notamment des appréciations de Valéry Giscard d'Estaing et de Michel Rocard. (MT)