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Bulletin Quotidien Europe N° 9766
JOURNÉE POLITIQUE / (eu) pe/conseil europÉen

La crise économique domine le débat des députés européens avec le président du Conseil européen - Nicolas Sarkozy propose la création de fonds souverains nationaux en Europe et d'un mécanisme de coordination entre eux

Strasbourg, 21/10/2008 (Agence Europe) - Comme il l'avait fait en juillet dernier, le président du Conseil européen a consacré plus de trois heures, mardi 21 octobre, à une discussion avec les députés européens sur les diverses crises que la Présidence française a été amenée à gérer. Tout en insistant sur la nécessité de « refonder le capitalisme » et d'assurer une coordination économique européenne, Nicolas Sarkozy a proposé la création de fonds souverains nationaux pour éviter que des prédateurs acquièrent « à vil prix » les industries européennes.

Le président du Parlement européen avait ouvert la séance en félicitant MM. Sarkozy et Barroso. « Si les pays européens n'avaient pas trouvé une réponse commune, s'il n'y avait pas eu un accord entre les partenaires européens et s'il n'y avait pas eu l'euro, il est fort à parier que nous nous trouverions aujourd'hui dans une situation désastreuse », a dit Hans-Gert Pöttering avant d'ajouter: « Le Conseil européen, sous votre leadership, en concertation étroite avec la Commission européenne et le Parlement européen, a fait en sorte que l'Union européenne soit un acteur déterminant pour le bien-être de tous nos citoyens devant lesquels nous sommes tous responsables ».

Nicolas Sarkozy a souligné que dans toutes les crises qui se sont succédé au cours des derniers mois, la Présidence avait tenu à « faire entendre la parole de l'Europe », d'une Europe unie qui « ait une pensée indépendante (…) et soit volontariste ». « Nous avons d'abord eu la guerre avec la réaction russe parfaitement disproportionnée en Géorgie », a-t-il rappelé en soulignant le caractère disproportionné mais qui était une « réaction à une action parfaitement inappropriée ». Et de poursuivre: « En quatre jours, l'Europe a obtenu un cessez-le-feu (…) En deux mois, l'Europe a obtenu la fin d'une guerre et le retrait des troupes d'occupation (…) L'Europe ne doit pas être complice d'une nouvelle guerre froide ». Il lui a fallu l'expliquer aux Américains qui n'approuvaient pas son déplacement à Moscou, mais l'Europe n'a pas besoin d'une crise avec la Russie. Aujourd'hui, l'important, c'est que les négociations commencent, a-t-il dit, non sans souligner que le président Medvedev avait tenu parole.

« La crise financière systémique a commencé le 15 septembre 2008, pas le 7 août 2007 », a estimé le président Sarkozy en expliquant que c'est à cette date que « le monde, stupéfait, a découvert qu'une banque peut faire faillite ». Avec le président de la Commission européenne, nous avons travaillé à une position commune. Il a d'abord fallu mettre les 4 du G8 d'accord, puis « permettre aux banques de faire à nouveau leur métier », a-t-il rappelé en se félicitant de l'adoption d'un « plan gigantesque de 1800 milliards d'euros ». Mais « tout ceci, c'est de la gestion de crise (…) il reste maintenant à apporter les vraies réponses » pour « éviter que tout ceci ne se reproduise », note le président français. D'où la nécessité d'un sommet international « pour porter un nouveau système mondial ». Et c'est à l'Europe de « porter l'idée d'une refondation du capitalisme mondial ». Il faut faire en sorte « qu'aucune banque qui travaille avec l'argent des États ne puisse travailler avec des paradis fiscaux », qu'une surveillance des banques et des « hedge funds » (fonds spéculatifs) soit mise en place et que l'on réfléchisse à un autre mode de rémunération des opérateurs de salles de marché. Pour y parvenir, il va y avoir plusieurs sommets à partir de la mi-novembre. Ces sommets devraient réunir les pays du G8 et du G5, avec la Russie et la Chine, et Nicolas Sarkozy va proposer une réunion à ses homologues pour préparer ce sommet international et permettre à l'Europe de parler d'une seule voix.

Évoquant l'avenir du paquet Énergie/Climat, le président du Conseil européen a réaffirmé devant une assemblée partagée que ce « paquet ambitieux est fondé sur la conviction que le monde va à la catastrophe s'il continue à produire comme il le fait ». « Il serait irresponsable et dramatique d'abandonner cette réforme à cause de la crise financière », a-t-il estimé, ajoutant que « si l'Europe ne fait pas ses efforts, alors nos chances de convaincre (les pays tiers) sont nulles ». « Nous aurons alors manqué le rendez-vous de l'histoire », a averti Nicolas Sarkozy en plaidant pour la préservation de l'objectif des 3 fois 20 et du calendrier. « Nous avons quelques semaines pour convaincre un certain nombre de partenaires », a-t-il constaté en reconnaissant que « certaines économies dépendent à 95% du charbon et qu'on ne peut pas les mettre à genoux ».

« La crise financière nous amène une crise économique. Elle est là. Inutile de la prédire puisque nous la vivons! », s'est-il exclamé en souhaitant pour la crise économique, comme pour la crise financière, une réponse unie. « Unie ne veut pas dire la même réponse », a-t-il toutefois ajouté en plaidant pour « une feuille de route, une harmonisation, une coordination ». Soulignant que les bourses sont à un niveau historiquement bas et que les sociétés européennes peuvent aujourd'hui être rachetées « à vil prix » par des fonds souverains, le président français a proposé de « réfléchir à l'opportunité de créer nous aussi des fonds souverains dans chacun de nos pays et peut être que ces fonds souverains nationaux pourraient de temps en temps se coordonner ». Alors que l'industrie automobile américaine va bénéficier de 25 milliards de dollars, il s'est demandé si on peut « laisser l'industrie européenne en distorsion grave avec ses concurrents américains ». Cela ne veut pas dire qu'il faille remettre en cause les principes du marché intérieur, de la concurrence et des aides d'État, a dit Nicolas Sarkozy, tout en plaidant pour une industrie européenne puissante.

« La crise appelle à la réforme des institutions européennes », a-t-il lancé, en insistant sur la nécessité de trouver une solution avec l'Irlande pour sortir de la crise institutionnelle. « Il n'est pas possible que la zone euro continue sans un gouvernement économique clairement identifié », a dit Nicolas Sarkozy en estimant qu'une « BCE indépendante » doit pouvoir « dialoguer avec un vrai gouvernement économique: un gouvernement de l'Eurogroupe au niveau des chefs d'État et de gouvernement ».

Le président de la Commission européenne a estimé que l'Europe a prouvé qu'elle est en mesure de peser sur l'économie. José Manuel Barroso a expliqué qu'il fallait utiliser les opportunités offertes par la crise pour réformer le système financier international et apporter une « réponse globale ». Il ne faut « pas subir la crise, mais la façonner », a-t-il dit en estimant que « l'Europe a montré qu'elle est à la hauteur de ces défis ». Il a indiqué qu'il se rendra avec Nicolas Sarkozy au sommet de l'ASEM à la fin de cette semaine, dans l'espoir de convaincre la Chine et autres pays asiatiques de participer à la réforme du système financier international. Face au « sévère ralentissement économique que connaît l'Europe », l'Europe doit soutenir la croissance, en faisant jouer toutes les flexibilités, mais en évitant le protectionnisme, a dit le président de la Commission européenne, qui a souligné le rôle que peuvent jouer la BEI (Banque européenne d'investissement) et le Fonds européen d'ajustement à la mondialisation.

Le président du groupe PPE-DE, le Français Joseph Daul, a salué l'action exemplaire de la Présidence française à l'occasion de ces deux crises. Évoquant le Traité de Lisbonne, il a souhaité que le Conseil européen de décembre décide d'une feuille de route et d'un calendrier réaliste, mais aussi exigeant, sur la sortie de crise. Le président du groupe socialiste, l'Allemand Martin Schulz, a constaté que la politique de dérégulation de Bush a conduit à la faillite et que l'Europe a aujourd'hui la chance de pouvoir remplir le vide qu'il laisse. « Ce qui vient de se passer sur les marchés ne doit plus jamais arriver: il faut de nouvelles règles ; nous les attendons aussi de vous, M. Barroso !», a-t-il lancé en évoquant la surveillance des banques, des « hedges funds » et des « private equity » (fonds d'investissement). « J'ai entendu le président Sarkozy, qui est à la tête d'un gouvernement conservateur, tenir un langage socialiste », a ironisé Martin Schulz qui a aussi plaisanté sur les propos en matière de régulation de José Manuel Barroso (« un ancien maoïste », a-t-il rappelé) et de Joseph Daul auquel il a proposé d'adhérer au PSE. Mais « où sont, dans vos discours, les petites gens ? », a demandé Martin Schulz en ajoutant: « Nous avons besoin de pouvoir d'achat et pas seulement d'aides au secteur bancaire ». Le président du groupe ALDE, Graham Watson, a déploré que les conclusions du Conseil européen ne fassent aucune référence au rôle du Parlement dans l'adoption du paquet Énergie/Climat. Il a plaidé pour le maintien du calendrier et regretté que le Conseil européen ne soit pas parvenu à un accord sur un système efficace de surveillance des services financiers. « La Présidence française a démontré un taux d'énergie et de volontarisme qui a fait du bien à l'Europe », a constaté le président du groupe Verts/ALE, l'Allemand Daniel Cohn-Bendit qui a cependant réclamé « un minimum d'autocritique d'un ancien ministre des Finances et d'un président de la Commission qui refusait il y a quelques mois encore la moindre régulation ». Évoquant des aides éventuelles au secteur automobile, il a estimé que l'on va donner à l'industrie allemande de l'argent « pour qu'ils le mettent dans des paradis fiscaux ». Et de plaider pour un plan d'investissement écologique européen par les banques dans lesquelles les États ont pris des participations. Pour le groupe UEN, l'Italienne Cristiana Muscardini a plaidé pour une Présidence permanente et la sortie de la crise institutionnelle ainsi que pour la régulation du secteur financier. Elle a remercié Nicolas Sarkozy pour le paquet Immigration/Asile.

« Nombre de pays du sud sont au bord du gouffre; ils sont les grands oubliés de la mobilisation internationale (…) Qui veut moraliser le capitalisme a décidément du pain sur la planche », a souligné le communiste français Francis Wurtz pour qui « l'étincelle est certes à rechercher à New York mais le carburant qui s'est enflammé se trouve aussi en Europe…dans un modèle que la Commission a fait sien ». L'élu britannique de UKIP Nigel Farage a dit au président français qu'il a « agi de votre propre initiative », qu'il n'avait pas de mandat du Conseil lorsqu'il est allé en Russie. Quant à la crise financière, elle serait en fait le fruit de l'échec de la réglementation financière, le modèle étant à rechercher en dehors de l'Union, à savoir la Suisse. Des propos auxquels se rallie Bruno Gollnisch (Front national) en estimant que « l'Union est un cadre dépassé » et que l'on assiste au « retour de la diplomatie bilatérale et multilatérale ».

La codécision, je la réclame, affirme Nicolas Sarkozy

Répondant aux députés, Nicolas Sarkozy a tout d'abord observé que « le PPE a toujours cru à une Europe qui protège ». « La Russie a l'énergie, l'Europe la technologie (…) La Russie a un problème démographique et perd
700 000 habitants par an
», a-t-il souligné en plaidant pour un partenariat avec ce pays. « Si nous avons voulu soutenir les banques, c'est pour soutenir les épargnants », a-t-il dit en abondant dans le même sens que Joseph Daul. À Martin Schulz, il a dit: « Alors je parle comme un socialiste européen, mais convenez que vous ne parler franchement pas comme un socialiste français ; dans le schisme socialiste, je choisis Martin Schulz! » À Graham Watson, il a expliqué qu'il avait voulu que les conclusions du Conseil européen de la semaine dernière ne dépassent pas huit pages, mais que la référence à des textes antérieurs suffit pour garantir la codécision du Parlement sur le paquet Énergie/climat.

« Je sais que nous aurons puissamment besoin de l'engagement du PE », a-t-il dit avant de s'exclamer: « La codécision, je la réclame! ». « Vous êtes dans une forme extraordinaire: vous m'avez dit cinq fois oui et deux fois non et votre soutien est utile », a-t-il lancé à Daniel Cohn-Bendit, ajoutant: « Vous n'allez quand même pas combattre une présidence du Conseil et une présidence de la Commission engagées pour le paquet Énergie/Climat ». À Francis Wurtz, il conseille d'écoutez Daniel Cohn-Bendit quand il parle d'autocritique et il rappelle que les plus gros dégâts économiques et écologiques ont été causés par les systèmes collectivistes. « Je reste attaché aux valeurs du capitalisme », proclame le président français qui n'accepte pas « la trahison du capitalisme ». « Je n'avais pas de mandat c'est incontestable, mais très franchement les troupes russes quand elles sont rentrées en Géorgie non plus », a-t-il répondu à Nigel Farage avant de lui lancer: « C'est l'Europe qui a permis de rétablir l'équilibre de la City, ce n'est pas le Royaume-Uni seul! »

Le président du Conseil européen appelle le Luxembourg
à contribuer à la réforme du secteur financier

Au démocrate-chrétien allemand Hartmut Nassauer qui l'avait interpellé sur l'avenir du Traité de Lisbonne, le président français a répété que « si ne n'est pas Lisbonne, ce sera Nice, et Nice c'est la fermeture aux nouveaux élargissements ». Au socialiste luxembourgeois Robert Goebbels, il a dit: « Je compte sur le soutien du Luxembourg pour que l'architecture financière soit profondément repensée à l'extérieur et à l'intérieur de notre continent ». « Je soutiens votre proposition de régulateur européen », a-t-il dit à l'élue centriste Marielle de Sarnez, avant de rétorquer au souverainiste français Philippe de Villiers: « Arrêtez avec le traité idéal dont vous savez parfaitement qu'il n'existera jamais ! ». Et d'ajouter: « Le défaut du débat politique européen, c'est la panne d'idées (…) On s'est comporté comme des immobiles ; on a suivi les fondateurs, mais on n'a pas fait comme eux ; on n'a pas défriché de nouvelles routes ». « On ne peut pas continuer avec trois agences de notation, essentiellement américaines », a dit Nicolas Sarkozy avant d'ajouter: « Je crois à la concurrence, mais j'en ai assez qu'on veuille faire de la concurrence une fin alors qu'elle n'est qu'un moyen au service de la croissance ». En répondant au socialiste danois Poul Nyrup Rassmussen, il a constaté que « les Américains vivent depuis trois décennies au dessus de leurs moyens et aujourd'hui c'est au monde entier de régler ces dettes ». « La Russie a arrêté ses chars, retiré ses troupes, va aux discussions de Genève (…) comme nous le lui avions demandé », a-t-il dit à la libérale belge Annemie Neyts en vantant les mérites d'une « stratégie de sang-froid, une stratégie calme, une stratégie lucide ».

« Si les États-Unis avaient eu un Pacte de stabilité et de croissance, peut-être n'y aurait-il pas eu cette crise », a dit José Manuel Barroso en rappelant qu'en Europe aussi les défaillances de la supervision bancaire sont des défaillances de mécanismes nationaux. « Il faut voir ce que l'on peut faire sur le plan législatif », a ajouté le président de la Commission européenne, avant de saluer « le rôle de leadership du président Sarkozy pour le paquet Énergie/Climat » et de conclure qu'il « nous faut rassembler dans une situation comme celle que nous vivons ».

La création de fonds souverains comme stratégie offensive

En conférence de presse, les présidents du Conseil européen et de la Commission sont revenus sur la coordination économique et la création de fonds souverains. Si pour Nicolas Sarkozy, la coordination économique, « ça ne veut pas dire vider les caisses, dont certaines ne sont pas très pleines » ou « faire de la relance en ouvrant les vannes », mais simplement se coordonner au plan économique comme on l'a fait au plan financier, José Manuel Barroso veut bien renforcer les mécanismes de coordination économiques, mais sans mettre en cause ni l'indépendance de la BCE ni l'acquis communautaire. Sur les fonds souverains, M. Barroso se dit prêt à étudier la question, en s'interrogeant sur la manière de distinguer ceux qui ont une attitude prédatrice de ceux qui interviennent pour des raisons économiques. Le président de la Commission note aussi que certains États membres (il a cité l'Espagne) ont fait appel aux fonds souverains des pays arabes pour investir y compris dans leurs banques. « Je ne considère pas que les fonds souverains soient une menace », réplique Nicolas Sarkozy en estimant difficile de distinguer les raisons qui motivent l'action des fonds souverains. Pour lui, il faut réagir à la situation actuelle - des marchés déprimés - et dans ce contexte, la création de fonds souverains nationaux en Europe répond à « une stratégie offensive ». (O.J.)

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