Bruxelles, 07/10/2008 (Agence Europe) - La spécificité du sport, et en particulier du football, nécessite une approche globale et non pas uniquement économique dans l'application de la législation européenne. C'est pourquoi, il faut réfléchir aujourd'hui à une « exception sportive » comme on parle d'« exception culturelle ». Tels sont, en substance, les propos tenus lundi 6 octobre par le président de la FIFA (Fédération internationale de football association), Joseph Blatter, venu défendre devant la commission de l'éducation et de la culture du Parlement européen la règle des « 6+5 », adoptée par la FIFA lors de son congrès à Sydney en mai dernier. Cette règle implique qu'une équipe de club doive débuter une rencontre avec au moins six joueurs éligibles pour l'équipe nationale du pays à laquelle le club est affilié, mais elle est en totale contradiction avec les règles européennes relatives à la libre circulation des personnes, au marché intérieur et à la concurrence.
Derrière cette formule du « 6+5 » se cache toute la philosophie du football, à savoir un pouvoir d'identification à une identité nationale pour les supporters, un équilibre des équipes, une attitude respectueuse envers les joueurs et en particulier les jeunes joueurs. Le football véhicule, de manière plus générale, des valeurs éducatives, culturelles et d'intégration sociale, a souligné M. Blatter. Or, ce modèle est en danger et on assiste actuellement à des rachats de clubs par des milliardaires étrangers peu scrupuleux, attirés uniquement par les revenus économiques qu'ils peuvent en tirer sans se soucier de l'avenir des jeunes joueurs laissés à la dérive une fois leur intérêt passé. Cette situation est une grave dérive car elle démotive complètement ces jeunes, a expliqué le président de la FIFA pour qui « les clubs doivent être organisés et financés dans le pays où l'on joue ». Évoquant le transfert des joueurs, M. Blatter a déploré par ailleurs l'impuissance des clubs nationaux qui voient leurs meilleurs éléments, dans lesquels ils ont investi du temps et de l'argent, rachetés pour des montants énormes. Au nom de l'ensemble des fédérations sportives qui soutiennent la règle des « 6+5 », M. Blatter a demandé aux institutions européennes de considérer la spécificité du sport et de « revenir à l'esprit du football ». « Nous ne voulons pas aller contre la législation en vigueur mais peut-être la modifier », a-t-il plaidé.
Rapporteur en 2007 sur l'avenir du football professionnel, Ivo Belet (PPE-DE, belge) a souligné que si le Parlement européen était d'accord « à 100% avec les objectifs » de la règle des « 6+5 », il fallait néanmoins « rester réaliste dans la mise en œuvre », cette formule se heurtant au droit communautaire. Pour M. Belet, cette formule n'est pas « un instrument définitif mais peut-être une étape intermédiaire ». Il a ainsi appelé la Présidence française, favorable à « l'exception sportive », d'avancer sur le dossier, en concertation étroite avec le commissaire responsable du sport, Jan Figel. Représentant la Commission européenne, Pedro Velazquez-Fernandez, chef adjoint de l'unité sport de la DG Éducation et Culture, a rejeté catégoriquement la règle des « 6+5 » qui « pose problème avec l'esprit du traité ». Il a toutefois reconnu les problèmes spécifiques du monde du football et estimé que la FIFA « pose les bonnes questions ». Il a invité M. Blatter à poursuivre le dialogue avec M. Figel afin de trouver ensemble une formule adaptée, qui aille dans le sens de la règle du « home ground player » (« joueurs formés localement », c'est-à-dire des joueurs qui, indépendamment de leur nationalité ou de leur âge, ont été formés par leur club ou par un autre club de l'association nationale, pendant au moins trois ans, entre l'âge de 15 et 21 ans, NDLR). La Commission soutient en effet cette règle adoptée par l'UEFA, imposant aux clubs participant à la Champions League et à la coupe de l'UEFA d'intégrer dans leurs effectifs un nombre minimum de « joueurs formés localement » car elle reste compatible avec le principe de la libre circulation des personnes, a-t-il souligné. Dans leurs interventions, les députés ont reconnu la nécessité d'un changement qui tienne davantage compte des spécificités du football, hormis l'Espagnol Luis Francisco Herrero-Tejedor (PPE-DE). Partisan du « mélange de joueurs », celui-ci est d'avis que le football est un « marché qui s'autorégule assez bien » et que le succès d'un joueur est davantage lié au club auquel il appartient plutôt qu'à son pays d'origine. Manolis Mavrommatis (PPE-DE, grec) a regretté la difficulté d'appliquer les principes du Livre blanc de la Commission dans la pratique, étant donné les problèmes de ratification du Traité de Lisbonne qui reprend pour la première fois le sport dans la liste des compétences communautaires. Emine Bozkurt (PSE, néerlandaise) a estimé que l'approche de la FIFA négligeait quelque peu l'importance de la dimension économique du sport tout en se montrant sensible à la problématique du transfert des jeunes joueurs. Christa Prets (PSE, autrichienne) a souligné que la lutte contre le racisme et le nationalisme dans le sport et dans le football en particulier devait rester des principes à respecter, alors que pour Christopher Heaton-Harris (PPE-DE, britannique), il existe un aspect positif au transfert des joueurs, à savoir la possibilité pour ceux-ci d'avoir un meilleur entraînement dans un autre pays. « C'est une question d'excellence », a-t-il dit. (I.L.)