*** CARRY VON BUTTLAR: Das vereinigte Deutschland in der überregionalen Presse Frankreichs 1989 bis 1994. Kontinuität und Wandel französischer Deutschlandbilder. Duncker & Humblot (Postfach 410329, D-12113 Berlin. Tél./fax: (49-30) 79000631 - Internet: http://www.duncker-humblot.de ). Collection "Schriftenreihe der Gesellschat für Deutschlandforschung", n° 91. 2006, 372 p.. ISBN 3-428-12081-7.
Cet ouvrage aborde une question rarement discutée dans le développement de la construction européenne, à savoir l'image d'un pays membre qui se développe dans les yeux de ses voisins, en particulier lors de changements politiques internes importants. Il s'agit, dans ce cas particulier, de la vision de l'Allemagne qui s'est manifestée en France entre 1989 et 1994, de la chute du mur de Berlin en novembre 1989 et de la réunification des deux Allemagnes en 1980 jusqu'aux premières élections générales de la République fédérale réunifiée en 1994. Le texte revu est celui d'un travail de doctorat à la faculté de philosophie de l'Université Humboldt de Berlin en 2005. L'auteur a fait un travail de consultation très original et très étendu (représentant à peu près 9.000 exemplaires des quotidiens impliqués) sur l'évolution de l'opinion française à partir de quatre journaux ayant un rayonnement national en France et représentant des tendances politiques diverses, à savoir Le Monde, Le Figaro, La Croix et l'Humanité.
Le livre s'ouvre par une réflexion plus théorique sur le développement des images que l'opinion se construit sur "l'autre", sur le pays voisin, sur l'identité différente d'un peuple étranger. En effet, la force des préjugés ou stéréotypes qui peuvent se développer s'enracine dans la conscience d'une histoire à la fois commune et différente, et il est vrai que les relations entre la France et l'Allemagne qui se sont développées depuis l'unification de l'Empire prussien du temps de Bismarck permettaient, en fait, toutes les exagérations, même si la réconciliation survenue depuis 1950 et le partenariat des deux pays dans la construction de l'Europe ont grandement transformé les opinions réciproques. Il est vrai que, comme le cite l'auteur, quand un commentateur français écrit "L'Allemand est à la fois étranger et proche, autre et semblable, monstrueux et civilisé, déroutant et tellement imprévisible" (Alain-Gérard Slama, Le Figaro du 1er octobre 1990), on peut se demander si l'opinion sert de jugement ou d'alibi. Ce livre, en tout cas, sans tenter d'établir une théorie exhaustive et convaincante concernant le problème du développement des opinions nationales sur les autres pays, contribue à faire réfléchir le lecteur à la question.
L'essentiel du travail est surtout consacré à l'analyse des commentaires liés aux événements qui ont marqué les cinq années retenues. Naturellement, ces événements ne pouvaient pas, aux yeux de la France, être totalement étrangers à ses propres intérêts, et le sixième chapitre de cette analyse, consacré plus spécifiquement à l'évolution des relations franco-allemandes, est particulièrement intéressant. Il y a tout d'abord l'attitude ambivalente du président Mitterrand qui, lors de son voyage à Kiev en décembre 1989, tente de convaincre la Russie (encore soviétique) de ne pas accepter l'idée de réunification, suivi d'un voyage du président français en DDR en même temps que celui du chancelier allemand, qui suscite de nombreuses polémiques et réflexions dans les deux parties, et fait évoluer les opinions. Ensuite, la coopération européenne doit reprendre pendant cette période, et la création d'un corps d'armée européen, l'adoption du Traité de Maastricht et la crise yougoslave ne sont pas de nature à faire évoluer les choses de façon posée. Il est vrai que le poids de l'Allemagne réunifiée n'est plus celui d'un pays vaincu et la place centrale que le pays va prendre dans une Europe élargie vers l'Est change quelque peu les rapports entretenus préalablement. Mais la coopération franco-allemande se poursuit, même si elle change obligatoirement devant les nouvelles dimensions de l'Union à 27. Voilà pourquoi l'auteur estime, en conclusion, que l'image de l'Allemagne nouvelle dans l'opinion française se caractérise par la continuité et le changement. Une étude riche et extrêmement utile, qui devrait être étendue à d'autres pays encore afin de mieux comprendre les transformations des mentalités que l'Europe va entraîner encore dans l'avenir.
Gabriel Fragnière
*** MARIE-THÉRÈSE BITSCH: La construction européenne. Enjeux politiques et choix institutionnels. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Euroclio", n° 39. 2007, 320 p., 36,90 €. ISBN 978-90-5201-355-8
Professeur émérite à l'Université Robert Schuman de Strasbourg, l'historienne Marie-Thérèse Bitsch aura été un auteur prolifique dont les travaux consacrés à la construction européenne sont unanimement respectés. Cet ouvrage embellit encore son apport intellectuel, même s'il réunit une vingtaine d'articles et de contributions écrits -et publiés dans diverses publications - au cours des trente dernières années. L'intérêt n'en est pas pour autant amoindri, bien au contraire, car l'auteur y aborde minutieusement la question des choix institutionnels qui, hier comme aujourd'hui, "influence, voire détermine, les orientations politiques de la construction européenne". Marie-Thérèse Bitsch montre bien, de la sorte, que le bras de fer qui, depuis les origines, oppose les partisans d'une Europe supranationale, voire même fédérale, à ceux d'une entité intergouvernementale constitue le fil rouge d'une histoire qui, appréhendée sous cet angle, ne cesse pas de se répéter et de se perpétuer… La première partie de l'ouvrage est ainsi consacrée au Conseil de l'Europe perverti, aux yeux des premiers, par le Royaume-Uni - et dont il est symptomatique de constater, écrit l'auteur, "que le domaine d'activité qui lui donne sa plus grande notoriété, la défense des droits de l'homme, est organisé de manière supranationale" grâce au rôle joué par la Cour européenne des droits de l'homme. Elle montre ensuite que l'alternative a résidé, du fait de la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca), entre organisations interétatiques et organisations supranationales, avant de prendre place au sein même de la Communauté économique européenne et, par la suite, de l'Union telle qu'elle s'est progressivement forgée au fil des innovations des années 70, des années Delors et de la sortie de la guerre froide. Le livre est truffé d'informations et d'anecdotes. Saviez-vous, par exemple, que Robert Schuman souhaitait que le Conseil de l'Europe soit dénommé… Union européenne et que c'est grâce à Londres que Strasbourg devint son siège, ce qui incita même Paul Reynaud à se demander si le gouvernement britannique n'avait "pas proposé cette ville pour exiler l'Assemblée en province, loin de la presse parisienne qui pouvait mieux lui donner le retentissement souhaité" ? Saviez-vous aussi que les Britanniques - toujours… - ont tenté de dénaturer le projet de la Ceca en proposant un "projet de pool charbon-acier qui serait organisé dans le cadre du Conseil de l'Europe » ? Saviez-vous encore que la presse allemande prêta à la France le dessein de consentir à la création d'une Commission unique pour peu que Paris devienne la capitale européenne ? Voilà quelques exemples de trouvailles à puiser dans cet ouvrage. Il montre surtout que les visions différentes de la construction européenne sont omniprésentes dans l'histoire de celle-ci et que les enjeux restent les mêmes. Dès lors, il est impératif que les dirigeants politiques s'en imprègnent car, ainsi que l'écrit le Pr. Michel Dumoulin dans sa préface, "à force de faire l'impasse sur un passé somme toute récent, à force d'ignorer l'immense remue méninges auquel donnèrent lieu les projets européens, y compris au point de vue des échecs et des déboires qu'ils connurent, notre temps donne dans le cafouillage le plus confondant qui soit".
(MT)
*** DOMINIQUE REYNIÉ (sous la dir. de): L'opinion européenne en 2008. Editions Lignes de Repères (3 rue de Téhéran, F-75008 Paris). 2008, 239 p., 19 €. ISBN 978-2-915752-33-5.
Pour la neuvième fois vient de paraître ce livre indispensable pour qui, observateur ou acteur, s'intéresse aux opinions, attitudes et comportements des Européens. Sous la direction de Dominique Reynié, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, une vingtaine d'auteurs venus d'horizons divers ont contribué à cet ouvrage pour traiter des sujets-clefs de l'actualité européenne: économie, énergie, protectionnisme, entreprises, fiscalité, mondialisation, Union méditerranéenne, vie politique et élections, etc., avec le souci de situer les problèmes européens dans un cadre aussi large que possible. Pour la première fois, le livre est agrémenté d'une série de "coups de sonde" sur les sujets les plus divers, donnant de nombreuses informations sur les us et coutumes des Européens, mêlant l'anecdotique et l'académique. Exemples: p. 33, les destinations préférées des étudiants Erasmus ; p. 157, l'attitude par rapport au tabac ; p. 207, l'intégration des immigrés ; p. 227, les demandes d'asile. Et il y en a trente-six de ce genre, à découvrir pour s'instruire en se distrayant.
A quelques mois d'une Présidence française du Conseil et à un an de la prochaine élection du Parlement européen (à laquelle les taux de participation sont attendus avec inquiétude), cet ouvrage, qui se lit facilement et devrait être consulté fréquemment, est un outil pour le citoyen conscient de ses droits et de ses devoirs. Le chapitre introductif de Dominique Reynié sur "L'avènement d'un stato-scepticisme européen" est d'un intérêt tout particulier puisqu'il synthétise et commente les résultats des plus récents sondages "Eurobaromètre". Sa conclusion est que les Européens, en majorité, souhaitent plus ou moins confusément l'européanisation de la puissance publique parce qu'ils doutent des capacités de leur État national à affronter la globalisation. En d'autres termes, quoi qu'en pensent certains de diverses nationalités ou couleurs politiques, les vents du large sont plutôt favorables aux "euro-navigateurs" de ces prochaines années. A eux de savoir et faire savoir, comme les "pères fondateurs" des années 50, quels objectifs ils veulent atteindre.
(J-RR)
*** HANS KRISTOFERITSCH: Vom Staatenbund zum Bundesstaat ? Die Europäische Union im Vergleich mit den USA, Deutschland und der Schweiz. Springer (P.O. Box 89, 4-6 Sachsenplätz, A-1201 Wien. Fax: (43-1) 3302426 - Internet: http://www.springer.at ). Collection "Europainstitut Wirtschaftsuniversität Wien, Schriftenreihe", n° 27. 2007, 366 p.. ISBN 978-3-211-35201-4.
L'Union européenne, dont Jacques Delors a dit un jour qu'elle était un "Objet politique non identifié", fonctionne, selon certains, comme une structure fédérale, mais on ne le dit pas, ajoutent d'autres observateurs, pour la raison que les Anglais ne veulent pas entendre le mot et parce que les Français, ajoutent d'autres encore, ne comprennent pas le sens du mot ! Le présent livre tente de mettre fin à cette confusion. Son auteur est convaincu que l'Union est fondée sur une structure "confédérale" et est destinée à devenir une "fédération". Elle n'est donc pas, comme beaucoup le prétendent, une réalité politique sui generis. Dans cette perspective, l'auteur procède d'abord à une analyse historique, théorique et culturelle d'un certain nombre de rapprochements d'États dans l'histoire de l'Europe et présente la naissance, l'évolution et la structure constitutionnelle de trois États fédéraux existants, les États-Unis, l'Allemagne et la Suisse, en soulignant que dans chacun de ces cas, le rapprochement "confédéral" a conduit à la constitution de réelles "fédérations". Il procède ensuite à une analyse historique de l'évolution de l'intégration européenne et compare divers de ses développements avec l'histoire des trois exemples retenus. Ce qui le conduit à la conclusion consistant à reconnaître que l'Union européenne est réellement une "Confédération" (Staatenbund) au seuil d'une évolution qui va la conduire à devenir une réelle "Fédération" (Bundesstaat). Si la thèse n'est pas nouvelle, tous les fédéralistes européens l'affirmeront, il faut reconnaître le sérieux et l'ampleur de l'analyse poursuivie dans ce travail, et souligner la qualité de l'argumentation. Un livre très recommandable.
(GFr)
*** DEVORAH KALEKIN-FISHMAN, PIRKKO PITKANEN (sous la dir. de): An Emerging Institution ? Multiple Citizenship in Europe - Views of Officials. Editions Peter Lang (32 Hochfeldstrasse, Postfach 746, CH-3000 Berne 9. Tél.: (41-32) 3761717 - fax: 3761727 - Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ).Collection "European University Studies - Europäische Hochschulsschriften - Publication Universitaires Européennes", n° 419. 2008, 269 p., 50,70 €. ISBN 978-3-03911-480-1.
La double ou multiple nationalité, avec les problèmes de citoyenneté qui peuvent en découler, a suscité l'intérêt de deux chercheurs en sciences de l'éducation. Cette problématique n'est certes pas nouvelle, mais elle a pris une nouvelle ampleur avec les accords de Schengen, la désintégration de l'Union soviétique ou encore la hausse des flux migratoires vers les pays occidentaux. Les auteurs ont donc décidé d'aller demander aux officiels des gouvernements et de la fonction publique de huit pays la manière dont ils perçoivent cette thématique et quelles sont leurs attitudes à l'égard de personnes qui possèdent ou demandent la double citoyenneté. Ce sont, en effet, les réactions, quelquefois émotionnelles, de ces responsables qui vont définir le sort des demandeurs - bien plus que les lois créées à cet égard. Sous forme de questionnaires à remplir ou d'interviews, les chercheurs ont donc recueilli les avis dans des pays comme la Finlande, la Grèce, le Portugal ou Israël, ceci afin de pouvoir fournir aux décideurs de nouvelles voies pour résoudre les problèmes auxquels ils font de plus en plus souvent face (service militaire, taxes, loyauté…), mais aussi pour contribuer à la définition toujours changeante de citoyenneté.
(NDu)
*** JOSÉ MARIA MARAVALL, IGNACIO SÁNCHEZ-CUENCA (sous la dir. de): Controlling Governments. Voters, Institutions, and Accountability. Cambridge University Press (The Edinburgh Building, Cambridge CB2 8RU, UK. Tél.: (44-1223) 326050 - fax: 326111 - Courriel: directcustserve@cambridge.org - Internet: http://www.cambridge.org ). Collection "Cambridge Studies In The Theory Of Democracy". 2008, 311 p., 18,99 £. ISBN 978-0-521-71110-4.
C'est un gros travail de recherche sur les mécanismes de vote dans les démocraties occidentales que nous proposent le directeur et un professeur de sciences politiques de l'Institut Juan March de Madrid. A caractère résolument théorique, l'ouvrage s'intéresse à l'utilisation que font les citoyens de leur droit de vote pour influencer et contrôler les partis au pouvoir. On y découvre, par exemple, que le fait d'être au pouvoir n'est pas nécessairement bénéfique pour un parti, que les gouvernements sont jugés différemment selon qu'ils soient de droite ou de gauche et que le vote idéologique serait un vote économe étant donné qu'il dispense l'individu de chercher à s'informer sur les réels accomplissements de son candidat. Les auteurs analysent aussi le cas particulier des partis ethniques qui ne semblent pas dépendre d'une quelconque performance pendant leur mandat pour maintenir leurs pourcentages électoraux, ainsi que les conséquences politiques pouvant découler des guerres internes dans un parti. Un ouvrage pointu, particulièrement intéressant pour les théoriciens et étudiants en sciences politiques, ainsi que, bien sûr, pour toute personne s'intéressant réellement au devenir de la démocratie.
(NDu)