Strasbourg, 23/04/2008 (Agence Europe) - Le Parlement européen a tenu, lundi 21 avril, un bref débat sur l'audition du 8 avril sur les crimes de génocide, les crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis par des régimes totalitaires, organisée par la Commission européenne et la Présidence slovène. C'est Jacques Barrot qui en a commenté les résultats, en précisant que la Commission européenne devra présenter un rapport au Conseil deux ans après l'entrée en vigueur de la directive-cadre sur le génocide et la xénophobie, qui remonte à avril 2007. C'est à ce moment-là, selon lui, que pourra se tenir un véritable débat politique, alors que, pour l'instant, la Commission a souhaité un débat d'experts d'horizons différents, fondé sur des bases scientifiques. Les deux thèmes centraux étaient la reconnaissance des crimes totalitaires et la réconciliation, et la Commission tire du débat les conclusions suivantes: - les anciens Etats membres devraient être davantage sensibilisés à l'histoire tragique des nouveaux Etats: il y a là un « déficit de reconnaissance » qui doit être comblé ; - pour que la réconciliation soit possible, il faut établir la vérité sur le génocide et les crimes de guerre ; - de grandes différences existent dans la méthode pour traiter la reconnaissance et la réconciliation ; - il n'existe pas de modèle européen dans ce domaine. Malgré la forte demande de prise de position de la part des institutions européennes, M. Barrot souligne que chaque Etat doit « trouver la voie pour gérer sa mémoire » et que l'Union ne peut que faciliter le processus et favoriser les échanges, sans se substituer aux Etats membres.
Il existe trop de différences dans le traitement de la mémoire totalitaire, affirme en revanche pour le PPE-DE, le Lituanien Vytautas Landsbergis: à son avis, les crimes de l'Allemagne et de la Russie doivent trouver une réponse globale, sans oublier ceux des « petites dictatures nationales ». C'est contre la falsification de l'histoire, et notamment la négation de l'Holocauste, que s'insurge, pour le groupe socialiste, le Néerlandais Jan Marinus Wiersma, comme la Baronne Ludford, Britannique, pour le groupe ADLE. Cette dernière est cependant contre la criminalisation du déni de ces crimes, car, à son avis, la pénalisation ne doit intervenir que s'il y a incitation à la violence ou à la haine. Elle demande aussi que l'on aborde des crimes plus récents, comme le cas de Guantanamo, et que l'on donne au Tribunal pénal international la possibilité d'agir avec efficacité. L'Union doit arriver à établir une interprétation commune de la guerre et de ses causes, selon l'Allemand Daniel Cohn-Bendit (Verts/ALE) en reconnaissant que le nazisme et le stalinisme étaient deux « totalitarismes singuliers » mais qui partageaient des similitudes structurelles. Pour la GUE/NGL, le Français Francis Wurtz affirme n'avoir aucun problème à accepter une « condamnation radicale des crimes abominables du stalinisme », mais estime inacceptable que l'on essaie « subrepticement de banaliser le nazisme en l'assimilant à d'autres totalitarismes ». Le conservateur britannique Christopher Beazley aurait par contre souhaité de la part de la Commission européenne une condamnation plus forte et explicite du totalitarisme russe. (L.G.)