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Bulletin Quotidien Europe N° 9647
Sommaire Publication complète Par article 25 / 26
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 775

*** GENEVIEVE DUCHENNE, VINCENT DUJARDIN, MICHEL DUMOULIN (sous la dir. de): Rey, Snoy, Spaak, fondateurs belges de l'Europe. Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Courriel: jean@bruylant.be - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection « Bibliothèque de la Fondation Paul-Henri Spaak », 2007, 455 p., 75 €. ISBN 978-2-8027-2498-8.

Ce bel ouvrage propose les actes d'un colloque organisé en mai de l'année dernière à l'Académia Belgica à Rome et coordonné par des historiens de l'Université catholique de Louvain. Le but de cette rencontre de très haut niveau a été de mieux cerner la personnalité, la pensée et l'action de trois personnalités belges qui ont joué un rôle déterminant dans la création de l'Europe communautaire et dans sa relance au cours des années 60, mais aussi et surtout de voir jusqu'à quel point leur apport laissé en héritage pourrait encore être mis à profit aujourd'hui, alors que l'Europe, une fois encore, se languit.

Qui étaient Jean Rey, premier président de la Commission unique, Paul-Henri Spaak, le « père de l'Europe » de nationalité belge par excellence, et Jean-Charles Snoy et d'Oppuers, grand commis de l'Etat - belge et européen - et signataire des Traités de Rome aux côtés du précédent ? Quelles avaient été leur formation, les voies de leur découverte de l'Europe et des défis qu'elle posait ? Quelle était leur vision de l'avenir ? Comment, en tant qu'acteurs, ont-ils contribué, en amont et en aval des traités, à la mise en œuvre de ceux-ci ? C'est à ce type de questions que les seize contributions et les cinq témoignages reproduits dans ce volume (qui voit aussi quelques belles pages consacrées à Albert Coppé, détenteur du record de longévité en qualité de commissaire) apportent des réponses qui, en se conjuguant, éclairent la dimension éthique, voire même spirituelle, des parcours de ces personnages qui venaient d'horizons idéologiques différents mais se retrouvaient, sans doute, dans ce propos de Paul-Henri Spaak adressé à un député catholique belge qui lui reprochait, en 1954, de donner dans la mystique européenne et que rapporte le Pr. Michel Dumoulin: « Il faut prouver au public que nous poursuivons la réalisation d'une grande idée, d'un véritable renouveau. Bien entendu, je suis d'accord avec vous si vous entendez par mystique un manque complet du sens des réalités, mais j'estime qu'il faut une certaine mystique, celle de l'idéalisme basé sur de solides réalités ».

Des perles de ce style, précieuses à méditer par les temps qui courent, l'ouvrage en est truffé. Ainsi, au détour de contributions qui content les tensions entre la France gaullienne et un Jean Rey par trop fédéraliste aux yeux de Paris, Jean-Jacques Rey rappelle que son père avait envisagé et redouté, dans un ouvrage publié en 1981 en hommage à Henri Brugmans, l'installation d'une Commission composée de vingt membres car cette extension affaiblirait son autorité… Les sujets de méditation ne manquent donc pas à la lecture de ces pages, d'autant que certaines d'entre elles entraînent carrément le lecteur à l'essence même du combat existentiel pour une intégration européenne bien comprise. Ambassadeur de Belgique à Rome à l'époque du colloque dont ce livre rend compte, Jean De Ruyt, aujourd'hui Représentant permanent de la Belgique auprès de l'Union, accueillit les participants en expliquant que, jeune diplomate, il avait dû, comme beaucoup de ses collègues, « subir les critiques de nos amis britanniques qui nous accusaient de faire trop vite bon marché de notre souveraineté nationale ». Dans les pages de conclusion, l'un de ses éminents prédécesseurs, Philippe de Schoutheete, établit une comparaison entre les qualités de leadership de Paul-Henri Spaak - « quelqu'un qui, ayant une vision politique claire, en dérive de fortes convictions et qui a, en plus, la capacité de communiquer ces convictions et un désir passionné de le faire » - et celles de Tony Blair. Premier ministre britannique le plus pro-européen depuis Ted Heath, il avait, lui aussi, « une vision et des convictions sur l'Europe », outre un grand talent de communicateur. « Malheureusement, il n'a pas voulu exercer cette force de conviction sur l'électorat britannique. Quand il s'adressait à ses compatriotes, il se montrait prudent et timide. En faisant cela, il laissait le champ libre à l'euroscepticisme distillé quotidiennement par la presse de Murdoch et de Pearson. Après dix ans de pouvoirs, son pays est plus éloigné que jamais de l'entreprise européenne. Quel dommage ! », regrette Philippe de Schoutheete qui égratigne aussi au passage, pour manque de conviction européenne affichée, le précédent gouvernement Balkenende et les protagonistes de la dernière élection présidentielle française, seule la chancelière Merkel lui donnant des raisons d'espérer. Tout ceci n'est-il pas à méditer alors qu'approche le moment où devront être désignées les personnalités appelées à incarner le rêve européen ?

Michel Theys

*** GENEVIEVE DUCHENNE: Esquisses d'une Europe nouvelle. L'européisme dans la Belgique de l'entre-deux-guerres (1919-1939). Presses Interuniversitaires Européennes / Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: pie@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection « Euroclio », n° 40. 2008, 712 p., ISBN 978-90-5201-367-1.

Bien qu'elle soit déjà largement publiée et reconnue dans le cénacle des historiens spécialisés dans les questions européennes, Geneviève Duchenne était encore, voici quelques années à peine, une simple étudiante prometteuse dont le Pr. Michel Dumoulin balisait le parcours à l'Université catholique de Louvain. Cet ouvrage majestueux est précisément issu de la thèse de doctorat qu'elle a utilement consacrée à la montée en puissance de l'idée - et de la revendication - européenne entre les deux guerres mondiales. L'auteur y étudie le courant européiste dans sa spécificité belge, ce qui lui vaut naturellement d'étudier aussi les relations de ce dernier avec les initiatives prises dans d'autres pays européens, ainsi que la manière dont la Belgique - officielle et officieuse - y réagit, qu'il s'agisse du Plan Briand ou des idées défendues, par exemple, par Richard Coudenhove-Kalergi à la tête de son mouvement Paneuropa. Fruit de contacts multiples et de recherches qui ont mené l'auteur jusqu'à des archives entreposées à Moscou, l'ouvrage fait revivre des personnages dont ne se souviennent plus, aujourd'hui, que les descendants et les historiens, ainsi que leurs idées et combats dont on mesure combien ils restent parfois d'une… troublante actualité un siècle plus tard. Parmi les conclusions que tire l'auteur, retenons notamment que le donné géopolitique belge a induit à l'époque un a priori favorable pour l'idée d'Europe unie, ce petit pays situé au cœur de l'Europe et coincé entre deux grands voisins souvent envahissants ayant alors cherché à jouer un rôle de trait d'union pour pacifier un continent en quête d'équilibre politique et économique. Ce positionnement reste valable, à tel point, observe Geneviève Duchenne, « qu'étudier les stratégies et les ambitions européennes de la Belgique donne (…) à réfléchir sur la place et le rôle des petits Etats dans l'Europe d'aujourd'hui ». Sans compter aussi, ajoute-t-elle, que « l'idée d'Europe permit - et permet encore - de légitimer la fédéralisation de l'Etat belge », ce qui prouve que rien de vraiment nouveau ne se crée décidément sous certains cieux d'Europe…

(MT)

*** JEAN-CLAUDE PIRIS: Il processo di riforma dell'UE. Centro nazionale di informazione e documentazione europea (Palazzo Campanari, 149 via Quatro Novembre, I-00187 Rome. Tél.: (39-6) 69999257 - Call center: 69999227/230 - fax: 6786159 - Courriel: info@cide.it). 2007, 300 p., ISBN 88-901393-2-3.

Au départ du constat de l'échec de la ratification du traité constitutionnel, Jean-Claude Piris, directeur du service juridique au Secrétariat général du Conseil de l'Union, fournit, dans ce livre préfacé par Giuliano Amato, une fine analyse juridique de l'importante littérature scientifique dédiée aux récents développements du processus de réforme de l'Union. Ce volume apporte une masse importante d'informations relatives au fonctionnement concret des Institutions et aux innovations qui détermineront le futur schéma normatif. Dans les chapitres centraux, le lecteur trouvera l'esquisse mise à jour des modifications apportées à l'architecture juridique du système et à la rationalisation des procédures d'adoption des décisions. L'auteur définit aussi avec une grande clarté le difficile contexte politique de la longue pause de réflexion qui a suivi les résultats référendaires négatifs et imposé les innovations consignées dans le traité réformateur de Lisbonne. En conclusion, cet expert éclairé répond à deux questions fondamentales: quelle est la finalité de l'Union et celle-ci deviendra-t-elle un Etat fédéral ?

(JPe)

*** The Treaty of Lisbon in Perspective. The European Reform Treaty: Consolidated Treaty on European Union and the Consolidated Treaty on the Functioning of the European Union. British Management Data Foundation (Highfield, Longridge, Sheepscombe, Stroud, Gloucestershire, England, GL6 7QU. Tél.: (44-1452) 812837 - fax: 812527 - Courriel: bmdfstroud@aol.com - Internet: http://www.bmdf.co.uk ou http://www.eurotreaties.com ). 2008, 448 p., 27,50 £. ISBN 978-0-9558262-0-7.

Cet ouvrage présente le Traité de Lisbonne de manière approfondie et sera, à l'évidence, d'une aide précieuse à toute personne devant naviguer dans les textes juridiques des traités sur l'Union européenne et sur son fonctionnement. Le traité réformateur consistant en une série d'amendements aux traités précédents, les auteurs ont décidé d'ajouter des annotations faisant référence à l'origine de chaque article, qu'il vienne d'un traité existant, du projet constitutionnel ou soit une innovation. Ils ont aussi inclus des explications et une table d'équivalences concernant les changements de numérotation des articles, de manière à ce qu'on puisse repérer l'origine de ces derniers. Le volume offre, en outre, un historique des traités communautaires, des analyses concernant les changements dans le système de prise de décision (passage de l'unanimité au vote à la majorité qualifiée au Conseil, entre autres) et le rôle grandissant du Parlement européen. Les réticences des milieux économiques britanniques sont également étudiées. A noter, par ailleurs, la présence d'autres textes comme la Déclaration de Berlin de mars 2007, la Charte des droits fondamentaux ou la Déclaration de Laeken, ainsi que les discours prononcés lors de la signature du traité réformateur par les présidents Barroso et Socrates.

(NDu)

*** B. GUY PETERS: The two futures of governing. Decentering and Recentering Processes in Governing. Institut für Höhere Studien (56 Stumpergasse, A-1060 Wien. Tél.: (43-1) 599 91-237 - fax: 59991-555 - Courriel: library@ihs.ac.at - Internet: http://www.ihs.ac.at/library ). Collection « Reihe Politikwissenschaft - Political Science Series », nº 114. 2008, 18 p., 8 €.

Portant sur les réformes et modernisations vécues ces dernières années par les gouvernements des pays industrialisés, cette brève étude en analyse les conséquences et s'interroge quant à leur avenir. Des nombreuses réformes entreprises, dans un souci d'efficacité, par les gouvernements occidentaux aux cours de ces dernières décennies, l'auteur en dégage deux styles: la « Nouvelle Gestion Publique » et la « Gouvernance » qui, l'une et l'autre, tendent à décentraliser les prises de décision vers les niveaux inférieurs du système gouvernemental. Ayant augmenté de manière générale l'efficacité des administrations, elles ont aussi, pour cet enseignant à l'Université de Pittsburgh (Etats-Unis) créé de nouveaux dysfonctionnements, notamment des problèmes au niveau de la cohérence et de la coordination, ainsi qu'au niveau du contrôle exercé par le gouvernement central. L'idée de base de la première méthode est que, pour augmenter les performances du secteur public, celui-ci doit ressembler davantage au secteur privé et jouir d'autant de liberté que ce dernier, de manière à promouvoir la créativité des gestionnaires. La deuxième méthode met, elle, en avant le rôle des acteurs sociaux dans l'élaboration et la mise en œuvre des politiques, tendant à déléguer les pouvoirs à des réseaux et à des organisations sans but lucratif. Ces deux manières de procéder ont, selon Guy Peters, toutes deux leurs points forts et leurs points faibles. Elles seraient même complémentaires car, explique-t-il, à mesure que les problèmes liés à ces réformes émergeaient, chaque méthode avait tendance à appliquer les solutions de l'autre, créant par là une troisième voie qu'il nomme « méta-gouvernance ». L'avenir pourrait donc résider quelque part dans le meilleur de ces deux mondes, l'auteur proposant de les marier de manière à pouvoir profiter de leurs points forts tout en atténuant leurs points faibles.

(NDu)

*** FRANCIS SNYDER (sous la dir. de): Designing the European Union - L'Union européenne: Projets de société en devenir. Bruylant (voir coordonnées supra). Collection « Travaux du Ceric ». 2007, 214 p., ISBN 978-2-8027-2374-5.

Cet ouvrage, focalisé sur de grandes questions qui se posent à l'Union européenne, est l'aboutissement de la Quatrième Rencontre Internationale des Jeunes Chercheurs (RIJC) tenue à Aix-en-Provence en novembre 2005. Celle-ci a constitué une opportunité pour les jeunes chercheurs de présenter leurs travaux et de voir ceux-ci publiés. Trois thèmes sont abordés: éducation et justice sociale, asile et immigration, identité politique et constitutionnalisme.

Cette étude intéressante « démontre que les jeunes chercheurs d'aujourd'hui, qui feront partie des chercheurs reconnus et des décideurs politiques de demain, sont entièrement capables d'apporter une contribution importante à la formidable tâche de concevoir l'Union européenne ».

(TBa)

*** The Federalist Debate. Papers on Federalism in Europe and the World. Einstein Center for International Studies (26 via Schina, I-10144 Torino. Tél./fax: (+39-011) 4732843 - Courriel: federalist.debate@libero.it - Internet: http://www.federalist-debate.org ). 2008, n° 1, 64 p., Abonnement annuel: 15 €.

Dans ce numéro, l'éditorial de cette publication fédéraliste toujours très intéressante est consacré aux problèmes que rencontre la démocratie à l'heure de la « globalisation », c'est-à-dire au moment où le marché est devenu global alors que le « politique » censé le contrôler reste confiné dans les espaces nationaux. Dans ce contexte débilitant et potentiellement explosif, la revue estime que « le Parlement européen est le laboratoire de la démocratie internationale », l'Union européenne étant mieux outillée que quiconque pour tenter d'amener le monde à se lancer dans l'aventure salutaire d'une démocratie planétaire.

(MT)

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