Bruxelles, 21/04/2008 (Agence Europe) - La conférence des épiscopats de la Communauté européenne COMECE, la Church and Society Commission de la Conférence des Eglises Européennes (CEC) et la Konrad Adenauer Stiftung, organisent, en partenariat avec des associations musulmanes, quatre séminaires sur le thème de l'islam, du christianisme et de l'Europe, dans le cadre de l'Année européenne du dialogue interculturel 2008. Le premier de ces séminaires s'est tenu le jeudi 17 avril, sous les auspices du Parlement européen. L'objectif de cette initiative est de renforcer la cohésion sociale et la paix en Europe et de montrer aux citoyens l'intérêt de vivre ensemble dans la diversité, un aspect important de cette diversité étant l'accroissement de la population musulmane dans un espace jusqu'ici majoritairement chrétien, soulignent les organisateurs. Les séminaires auront pour but de débattre chacun d'un aspect de cette nouvelle configuration démographique, compte tenu de l'objectif affiché de l'Union européenne de développer les relations avec les pays méditerranéens partenaires. Chaque panel comprendra un intervenant chrétien, un musulman, un universitaire et un député européen chargé de la conclusion.
La première conférence a tenté d'identifier les problèmes d'intégration rencontrés par une majorité de musulmans dans les pays européens, en distinguant ceux liés directement à des questions de religion et de culture, et ceux d'ordre purement socio-économique. Il a également évoqué l'importance du dialogue interculturel entre les communautés chrétiennes et musulmanes pour résoudre ces problèmes. Le professeur Ural Manço, sociologue des religions, a rappelé l'origine des vagues d'immigration des populations de confession musulmane en Europe. Celles-ci se dont déplacées à l'appel des pays d'Europe occidentale qui cherchaient une main-d'œuvre ouvrière pour effectuer le travail que sa population ne voulait pas faire. A la différence des vagues d'immigration précédentes, qui ont vu arriver dans les pays européens du nord des ouvriers d'origine italienne, espagnole ou portugaise, les immigrés maghrébins, turcs, indiens et pakistanais n'ont connu qu'une petite décennie de plein emploi. Au début des années 80, un chômage massif est enregistré au sein de ces populations qui ont perdu, en même temps, leur légitimité et la possibilité de s'intégrer a expliqué M. Manço. A ce premier facteur s'est ajouté l'échec scolaire des enfants de ces immigrés de première génération qui n'ont pas réalisé le rêve d'ascension sociale de leurs parents. Aujourd'hui, 14,5 millions d'immigrés de confession musulmane issus de la migration ouvrière cohabitent en Europe. Les différents modèles mis en place pour réussir leur intégration ont échoué et l'on constate parmi cette population une volonté de trouver sa place dans une société où la valeur de l'individu est chérie et où il faut se distinguer pour réussir, souligne le professeur Manço. Selon lui, la religion est devenue, pour les jeunes musulmans, un instrument pour se distinguer et jouer un rôle dans une société européenne pluraliste qui reconnaît le droit des individus. Les musulmans en Europe occidentale vivent bien et mieux leur religion que dans d'autres régions du monde, a cependant précisé M. Manço. Tareq Oubrou, imam à la Mosquée Al-Houda de Bordeaux, a évoqué pour sa part l'entrée « fracassante » de l'islam dans une société judéo-chrétienne en plein doute, dans un monde en mutation. Pour la première fois de l'histoire, des peuples culturellement et spirituellement différents se mélangent sur un même territoire, donnant lieu à des crispations identitaires inévitables. Le manque de dialogue au sein des communautés religieuses elles-mêmes est à la base du manque de dialogue entre les communautés chrétienne et musulmane estime M. Oubrou. Il déplore la mauvaise image de l'islam auprès des chrétiens qui ignorent le message d'amour et d'altruisme véhiculé par le Coran. Nous avons tout intérêt à communiquer ; il faut davantage de visibilité pour ne pas doper l'intégrisme, a-t-il conclu. Pour le frère dominicain Ignace Berten, les événements mondiaux comme le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et le nouveau régime en Iran, conduisent à une solidarité exceptionnelle entre musulmans, cristallisant leur sentiment d'être des victimes sur l'échiquier géopolitique mondial. L'intégration (et non l'assimilation a-t-il insisté) des populations musulmanes en Europe doit commencer dès l'école, ce qui est loin d'être le cas a-t-il déploré. Et de poser une double question: jusqu'où le pays hôte doit-il changer sa manière de faire pour accueillir l'autre ? Et du côté des musulmans: jusqu'à quel point renoncer à des pratiques culturelles pour se faire accepter du pays hôte ? Seuls des espaces de rencontre ainsi qu'une relecture de ses traditions et de son histoire respectives, dans le respect de l'autre, pourra mener à un véritable changement de mentalité et à une acceptation des différences mutuelles, a-t-il souligné. Invitée à conclure, la députée Ramona Nicole Mãnescu (ALDE, roumaine) a déploré les obstacles qui empêchaient toujours une réelle liberté de culte au sein des Etats européens. Devant la montée de l'islamophobie, les Européens doivent réhabiliter l'islam et mettre davantage en évidence son apport à la culture et à la civilisation chrétienne. Optimiste, elle estime que le terrain culturel permettra, au fil du temps, de rétablir le dialogue. (I.L.)