L'UE a clarifié ses idées. Du côté de l'UE, la querelle sur le projet euro-méditerranéen est apaisée. Le Conseil européen a inséré l'Union pour la Méditerranée dans le cadre du processus de Barcelone rénové, en confiant à la Commission européenne la responsabilité de préparer l'évolution. On avait ensuite constaté qu'il subsistait en France une tendance non officielle à ignorer la déclaration du Sommet et à relancer le projet ancien, intergouvernemental, rhétorique et inefficace. Les débats et la « déclaration du Forum de Paris » (voir cette rubrique dans nos bulletins N° 9637 et 9638) étaient en effet incompatibles avec le compromis qui avait permis à l'Allemagne de se rallier à l'initiative et au Conseil européen de réaliser l'unanimité.
La France « officielle » a toutefois confirmé que sa position est bien celle qui résulte de l'accord de principe du Sommet de printemps. Elle l'a fait doublement: par un discours du secrétaire d'Etat aux Affaires européennes Jean-Pierre Jouyet et par un exposé du Représentant permanent à Bruxelles, l'ambassadeur Pierre Sellal, devant ses collègues. Bien entendu, les ambitions globales et certaines orientations françaises (notamment celle de donner à l'Union pour la Méditerranée une « gouvernance paritaire » partagée à égalité entre l'UE et les pays tiers méditerranéens) subsistent, ainsi que l'indication des projets communs considérés comme prioritaires. Ceci reste à approfondir, mais il est acquis que, du côté de l'UE, tous les Etats membres participeront au processus sans distinction entre les pays riverains et les autres, que les institutions européennes joueront pleinement leur rôle et que les initiatives et décisions seront prises selon les procédures et avec les instruments communautaires. Il n'y a plus de divergences à cet égard.
Pour la Commission européenne et pour la plupart des Etats membres, l'objectif est la relance du processus de Barcelone grâce à une nouvelle impulsion politique et à davantage de visibilité, le contenu des initiatives et des actions restant ce qu'il était. La commissaire Benita Ferrero-Waldner a observé: « Tout existe déjà dans le partenariat lancé en 1995 - environnement, énergie, migration, lutte contre le terrorisme, etc. - mais tout doit être renforcé. Le Conseil européen a décidé que cela se fera dans le cadre des institutions européennes et sur la base des politiques existantes. La visibilité du Sommet que la France organise le 13 juillet contribuera à donner davantage d'impulsion au processus. » Interrogé sur l'hypothèse d'un secrétariat spécifique à l'Union pour la Méditerranée - donné à Paris pour acquis - la commissaire aux relations extérieures s'est limitée à indiquer: « Il est trop tôt pour en parler ». Il reste dont des aspects à clarifier.
Mais les différences d'approche ne doivent pas être dramatisées. Elles seront surmontées. Le président Barroso mettra en œuvre son habilité diplomatique, les susceptibilités céderont le pas à la politique. Divergences fondamentales. Les vraies divergences sont celles qui existent entre les pays tiers méditerranéens. Cette rubrique a déjà observé que l'idée d'une Union, avec tout ce que cela signifie dans le langage européen, ne tient pas la route. Elle ne peut pas exister à l'heure actuelle (en raison des conflits en cours) et elle n'est pas envisageable pour l'avenir, car les pays conviés à la cérémonie du 13 juillet ont des ambitions radicalement différentes. À Paris, les partisans de l'Union pour la Méditerranée reconnaissent évidemment l'impossibilité d'agir sur le plan politique aussi longtemps que se prolongent le conflit Israël-Palestine, le drame du Liban, la querelle Maroc-Algérie, et l'accent est mis sur certains domaines concrets de coopération, où les objectifs sont partagés, en commençant par la dépollution de la Méditerranée. Mais plusieurs pays arabes, l'Egypte en tête, n'acceptent pas que les aspects politiques soient négligés, et un diplomate marocain a observé que si la dépollution n'intéresse pas suffisamment, on devra faire autre chose.
Trop de pays tiers méditerranéens n'envisagent pas la création d'une Union nouvelle dans laquelle ils constitueraient un groupe ; je me demande même s'ils seront intéressés à (et en mesure de) désigner un co-président commun qui guiderait cette Union avec le co-président désigné par l'UE. Leurs objectifs diffèrent radicalement: la Croatie et la Turquie négocient l'adhésion, d'autres y aspirent ; le Maroc vise le statut avancé déjà annoncé par la Commission européenne, et Israël son statut spécial ; l'Algérie souhaite un partenariat énergétique ; la Ligue arabe et plusieurs de ses membres ne voient que les aspects politiques.
Rien à faire, alors ? Absolument pas. Plusieurs exemples prouvent qu'il y a beaucoup de concret à faire, et des projets importants avancent. Mais en marge des grandes cérémonies rhétoriques.
(F.R.)