*** LAURENT BEURDELEY, RENAUD DE LA BROSSE, FABIENNE MARON (sous la dir. de): L'Union européenne et ses espaces de proximité. Entre stratégie inclusive et partenariats rénovés: quel avenir pour le nouveau voisinage de l'Union ? Etablissements Bruylant (67 rue de la Régence, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 5129842 - fax: 5119477 - Internet: http://www.bruylant.be ). Collection "Voisinages européens", n° 1. 2007, 372 p., 45 €. ISBN 978-2-8027-2385-1.
Que faut-il penser de la Politique européenne de voisinage, développée à l'aube et dans le contexte des derniers élargissements de l'Union ? Telle est la question qui a été au cœur d'un colloque interdisciplinaire organisé à Reims par l'Université Champagne-Ardenne et dont cet ouvrage rend compte fidèlement. Il a eu pour ambition d'offrir une lecture approfondie des partenariats existants sur le plan politique, technique et financier afin de mieux déterminer quelle pourrait être la valeur ajoutée de ce nouvel instrument de politique extérieure de l'Union. Avec succès, sans conteste, à ceci près que cette rencontre académique s'est déroulée en décembre… 2005 et que beaucoup d'eau a coulé depuis sous les ponts que les Vingt-sept jettent à destination de leurs voisins du Sud et de l'Est. Du coup, sur le plan factuel, beaucoup de ces contributions sont naturellement défraîchies. Même si leur intérêt persiste, le lecteur ne pourra s'y fier que s'il les prend comme points de départ fiables de recherches ultérieures destinées à mettre à jour l'état des dossiers examinés.
A cette réserve près, l'ouvrage - qui inaugure une nouvelle collection - mérite toutefois l'intérêt en ce qu'il braque les projecteurs sur des enjeux qui, d'ordinaire, sont occultés dans le maelström de l'actualité chaude. Par exemple, dans la seconde partie qui est consacrée à la valeur ajoutée que les partenariats rénovés pourraient représenter pour les Etats éligibles, les auteurs emmènent d'Ukraine en Moldavie en passant par la Communauté des Etats indépendants et du Maghreb à la Palestine, toutes zones étant envisagées dans le contexte de leur présence aux marges de l'Union européenne.
Surtout, l'ouvrage pose, dans sa première partie, des questions fondamentales sur la nature même de cette Politique européenne de voisinage conçue par certains comme une alternative à la poursuite perpétuelle des élargissements. Cette nouvelle donne n'est-elle pas dictée par les seuls intérêts de l'Union et destinée à essaimer coûte que coûte son modèle démocratique et d'économie de marché ? Les "voisins" seront-ils en mesure de souscrire à l'ensemble des obligations posées (droits de l'homme, libertés fondamentales) et ce nouveau dispositif répond-il aux besoins de leurs peuples ? Surtout, cette offre sera-t-elle, comme l'écrit Laurent Beurdeley dans son introduction, perçue comme suffisante et adéquate pour susciter un effet de levier significatif en matière de réformes et ainsi permettre la stabilité et la sécurité attendue, ce alors que, jusqu'à présent, "seule la perspective d'adhésion s'est avérée un puissant catalyseur de changement" ? Autant de questionnements légitimes - et souvent escamotés - auxquels les auteurs apportent des réponses marquées du sceau de la critique scientifique, à l'instar des pistes esquissées par Laurent Beurdeley qui, après avoir relevé que "garantir l'étanchéité et l'hermétisme des frontières extérieures" est devenu "l'obsession" de la plupart des dirigeants européens, affirme que les partenariats renforcés ou privilégiés ne seront pas véritablement crédibles s'ils se réduisent à ériger une simple zone de libre-échange, seule l'émergence à terme d'un véritable espace commun impliquant "inexorablement une libre circulation des personnes" étant de nature à détourner certains voisins de l'aspiration à l'adhésion pure et simple.
Dans la même veine du questionnement scientifique politiquement incorrect et partant du principe qu'une "politique de voisinage est une politique étrangère de proximité", le Pr. Michel Hastings (Institut d'études politiques de Lille) observe que "c'est probablement à travers l'expérience de ses limites extérieures que l'Europe éprouve le mieux aujourd'hui les questions paradoxales de son identité ainsi que la fragilité de ses certitudes", tant il est vrai, ajoute-t-il, que "si les hommes font l'Europe, ils ne savent pas toujours l'Europe qu'ils font". Ce professeur de science politique présente ensuite une rapide phénoménologie du voisinage, le voisin étant tout à la fois, à ses yeux, "une figure de Proximité" (l'Union "choisit elle-même ses voisins en fonction de critères jugés in-négociables, des voisins définis comme des alliés, des soutiens, avant de les envisager comme des partenaires"), ensuite "une figure d'Altérité" (il est une déclinaison de l'étranger, représentant "une forme dégradée de Eux mais encore inaboutie de Nous") et, enfin, "de Socialité", le voisin étant "le partenaire d'un acte de communication, d'un geste fondateur des sociétés humaines". Il observe ensuite que la Politique européenne de voisinage est un terme générique trompeur car il regroupe des statuts contractuels particulièrement hétérogènes, le cas de la Turquie étant exemplaire d'un "travail de requalification/disqualification d'un ancien voisin à qui on avait déjà envoyé un carton d'invitation, en un intrus désormais jugé inacceptable", alors même qu'un nouveau membre de l'Union est, lui, "un ex-voisin", à savoir "un pays migrant qui a reçu sa carte de séjour européenne, un ancien aspirant à l'adhésion qui se retrouve douanier européen"… En conclusion, après avoir expliqué de manière convaincante que le voisin "interroge la nature de ce que nous construisons sous le terme d'Europe", la politique de voisinage devenant, dès lors, "l'occasion de réciter le roman identitaire de l'Europe, d'en rappeler les idéaux constitutifs, les croyances fondatrices, les valeurs partagées", Michel Hastings constate le "diffusionnisme démocratique porté aux marges de l'Europe" et lance cette mise en garde: "Méfions nous (…) que cette couronne vertueuse de voisins européanisés, socialisés à la démocratie européenne, ne devienne pas un jour une banlieue où couveraient tous les ressentiments historiquement accumulés. Ne transformons pas, par de fausses promesses ou de vraies arrogances, ces peuples qui attendent en peuples qui désespèrent". A méditer, comme beaucoup d'autres éléments des analyses consignées dans cet ouvrage !
Michel Theys
*** RONALD HATTO, ODETTE TOMESCU: The EU and the Wider Black Sea Region: Challenges and policy options. Garnet Network of Excellence (56 rue Jacob, F-75006 Paris. Tél.: (33-1) 58717000 - fax: 58717091 - Internet: http://www.garnet-eu.org ). Collection "Garnet Policy Brief", n° 5. 2008, 8 p..
Le réseau Garnet, issu du 6ème programme cadre de l'Union et composé de 42 Universités et centres de recherche européens, regroupe chercheurs, analystes et praticiens issus de multiples disciplines. Coordonné par le Centre pour l'Etude de la globalisation et de la régionalisation de l'Université de Warwick (le Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po se chargeant de la dissémination des travaux), sa raison d'être est de livrer des recommandations politiques destinées aux décideurs. Dans ce numéro dédié à la situation géopolitique de la mer Noire, deux enseignants de Sciences Po font le tour des enjeux européens dans la région: l'épineuse question de sa trop grande dépendance à l'énergie russe, la stabilité d'une région historiquement conflictuelle, la problématique du respect des droits de l'Homme et de la démocratie, la lutte contre le terrorisme et le crime organisé… Ils analysent ensuite les enjeux des différents acteurs de la région: les puissances occidentales comme l'Union ou les Etats-Unis, nouveaux venus dans une région où ils ont des intérêts croissants ; la Russie et la Turquie qui voient d'un mauvais œil cette intrusion dans leur sphère d'influence et s'attachent à maintenir le statu quo ; Ukraine, Georgie, Roumanie et Bulgarie qui essaient, malgré une marge de manœuvre restreinte, d'y tirer leur épingle du jeu. Ils présentent ensuite les différents programmes de coopération économique et politique en place dans la région, ainsi que les stratégies de rapprochement de l'Union et de l'Otan. La conclusion porte sur les axes géopolitiques qu'il serait possible de créer à partir de cette région.
(NDu)
*** BRUNO COPPIETERS: The EU and Georgia: time perspectives in conflict resolution. Institut d'études de sécurité de l'Union européenne (43 av. du Président Wilson, F-75775 Paris cedex 16. Tél.: (33-1) 56891930 - fax: 56891931 - Courriel: info@iss.europa.eu - Internet: http://www.iss.europa.eu ). Collection "Occasional Paper", n° 70. 2007, 31 p. ISBN 978-92-9198-122-9.
Professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles (VUB), Bruno Coppieters revient, dans ce "Papier occasionnel", sur les divergences d'opinions entre l'Union et la Géorgie en matière d'urgence de la résolution des conflits sécessionnistes auxquels cette dernière fait face. Comme l'auteur l'indique, cette étude défend la thèse selon laquelle ces différences de perspective temporelle, à savoir l'empressement géorgien face à la patience de l'Union illustrée par la Politique européenne de voisinage, constituent une caractéristique majeure des relations UE-Géorgie en matière de résolution de conflits et qu'elles peuvent uniquement "être analysées à travers une différentiation" entre les divers objectifs des politiques de résolution propres aux deux parties en présence. Partant, les options de sortie de crise envisageables sont d'abord étudiées, pour ensuite céder la place à un examen des quatre objectifs de l'Union liés à la résolution du conflit entre la Géorgie, d'un côté, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie, de l'autre. Soulignant que l'Union européenne et la Géorgie doivent "éviter un déséquilibre entre ces quatre objectifs", l'auteur tente de déterminer le meilleur moyen d'atteindre cet équilibre. Cet article propose une série de pistes intéressantes en vue d'apporter une solution à ce dossier difficile pour l'Union, l'auteur précisant que "le statu quo n'est pas une option" et que "la patience sera nécessaire".
(TBa)
*** MARC PALLEMAERTS, ARMELLE GOURITIN: La stratégie de l'Union européenne en faveur du développement durable. Centre de Recherche et d'Information Socio-Politiques (Crisp, 1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 - Internet: http://www.crisp.be ). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 1961. 2007, 45 p., 6,90 €.
Les auteurs de ce Courrier hebdomadaire analysent de manière critique l'élaboration et l'impact de la stratégie en faveur du développement durable adoptée lors du Conseil européen de Göteborg en 2001, ainsi que de sa nouvelle mouture arrêtée en 2006. Leur analyse les conduit à affirmer que cet engagement de l'Union reste à tout le moins ambigu, marqué par un "grand décalage entre le discours et l'action". La cause ? Le caractère équivoque de l'engagement politique des institutions communautaires et des Etats membres, sans compter une "crise plus générale de la gouvernance européenne".
(PBo)
*** FLEUR FRAGOLA: Vers une politique ferroviaire européenne. L'Europe à toute vapeur ? Editions L'Harmattan (5-7 rue de l'École-Polytechnique, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 40467920 - fax: 43258203 - Courriel: diffusion.harmattan@wanadoo.fr - Internet: http://www.librairieharmattan.com ). Collection "Questions contemporaines". 2007, 126 p., 12,50 €. ISBN 978-2-296-04039-7.
Bien que déjà présente dans le Traité de Rome, la mise en place d'une stratégie européenne du rail n'a commencé à prendre forme qu'après 1991. S'agissant à la base d'un domaine nettement national et très cloisonné, la politique ferroviaire a pris ces dernières années, grâce entre autres au marché unique et à la nécessité de la libre circulation des biens et des personnes qui en découle, un caractère de plus en plus européen. Si l'on ajoute à cela des motivations d'aménagement du territoire, des motivations sociales liées à la notion de service public et les préoccupations sans cesse croissantes concernant l'environnement, on comprend aisément la place de plus en plus importante que prend ce domaine dans l'agenda européen. L'enjeu est double: d'une part, créer un marché unique et unifié par la dérégulation et le libre accès aux réseaux ; d'autre part, impulser une dynamique d'interopérabilité du réseau ferré transeuropéen. Chargée des affaires européennes pour la SNCF, Fleur Fragola s'attache, dans cet ouvrage, à analyser l'impact de l'Union sur les secteurs ferroviaires nationaux. A cette fin, elle a privilégié les modèles français et anglais car ils sont, d'une part, les plus dissemblables et, d'autre part, les plus exemplatifs au plan européen. L'analyse porte sur les niveaux national et supranational afin de donner une idée des dynamiques qui se créent entre les pouvoirs concernés. Après un premier chapitre où sont exposés les concepts d'intégration européenne et d'européanisation, assortis d'un rappel historique à propos du secteur et de son évolution, l'auteur compare les cas anglais et français afin d'illustrer les réponses nationales aux demandes européennes et, d'autre part, pour dégager des similitudes dans deux formes d'européanisation. La troisième partie examine la stratégie européenne proprement dite, les conséquences directes découlant de cette politique et les conséquences latentes au niveau national. De la conclusion émergent un sentiment de progression, étant donné la vitesse et l'impact de la politique commune du rail sur les Etats membres, ainsi que l'apparition d'une dynamique européenne allant dans le sens d'une intégration toujours plus poussée dans le secteur.
(NDu)
*** ANNIE CUDENNEC, GAELLE GUEGUEN-HALLOUET (sous la dir. de): L'Union européenne et la mer. Vers une politique maritime de l'Union européenne ? Editions A. Pedone (13 rue Soufflot, F-75005 Paris. Tél.: (33-1) 43540597 - fax: 46340760). 2007, 437 p., 42 €. ISBN 978-2-233-00518-2.
Tirant son inspiration d'événements récents tels que la création d'une "Task force politique maritime de l'Union européenne" (au sein de la Direction générale de la pêche) ou encore de la publication du "Livre vert" de la Commission sur le même sujet, cet ouvrage n'est autre que le compte-rendu d'un colloque tenu à Brest en octobre 2006. Pour les différents intervenants, il s'agit de déterminer si, oui ou non, l'avènement d'une politique communautaire de la mer est en marche et, de surcroit, de chercher à paver le chemin de cette éventuelle intégration des questions maritimes. Tout en tentant de se maintenir à l'écart du débat sur la souveraineté en Europe, les auteurs ont voulu "définir une vision stratégique d'ensemble de ce que devraient être nos relations avec les mers et les océans pour en tirer le meilleur parti de façon durable". Leur constat est sans appel: l'intégration des politiques maritimes au niveau européen permettrait de rationnaliser les outils de surveillance, d'éviter le chevauchement des réglementations et, surtout, de remédier à la complexité des systèmes territoriaux tels qu'ils existent aujourd'hui. Partant, toutes les pistes sont explorées pour une gestion communautaire de l'espace maritime, en tenant compte des possibilités juridiques qui s'offrent à l'Union. Les diverses réflexions sont orientées suivant deux grands axes: la régulation des activités et la préservation du milieu. Parmi les questions soulevées, il est à noter que celle du "nécessaire dépassement des politiques communautaires sectorielles" est ici abordée de manière très osée, les auteurs allant jusqu'à évoquer l'idée d'une "super-DG" englobant toutes les autres. Quoi qu'il en soit, cet ouvrage constitue une étude de faisabilité extrêmement complète et poussée de l'éventuelle mise en place d'un espace maritime européen.
(TBa)