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Bulletin Quotidien Europe N° 9639
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

La crise financière était inéluctable et pourrait même s'avérer positive

L'opinion de Valéry Giscard d'Estaing. J'ai moins l'impression d'être isolé. Depuis l'été dernier, j'observe que la crise financière a, à côté des problèmes et difficultés qu'elle soulève, un mérite: faire éclater un système pervers de gestion des marchés financiers, mettre fin à des comportements inacceptables. Chaque fois qu'apparaissent des informations sur les pertes ahurissantes de telle ou telle institution financière et sur la manière dont les résultats positifs tout aussi ahurissants du passé avaient été obtenus, on devrait se demander si la situation immorale et inadmissible n'était pas celle d'hier, davantage que les difficultés d'aujourd'hui. Et on pourrait s'interroger aussi sur la sincérité d'une partie des prévisions catastrophiques actuelles; certaines puissances financières n'ont-elles pas tendance à gonfler les risques afin de convaincre les banques centrales et les autorités politiques à venir plus amplement à leur secours ?

Je m'interrogeais. Et voici ce que je lis dans une interview récente de Valéry Giscard d'Estaing: «La crise financière et bancaire (…) remet en question l'évolution du système bancaire depuis une vingtaine d'années, évolution qui consistait à installer à côté de la fonction bancaire proprement dite (dont l'objet est de financer les investissements, la production et les échanges) une autre fonction: celle d'un casino purement spéculatif, où les joueurs engageaient des montants élevés, touchaient des commissions et empochaient des primes et des bénéfices inacceptables. C'est ce casino qui s'est effondré. Il reposait sur deux facteurs: a) l'obscurité et la sophistication des techniques, qui ne permettaient pas aux investisseurs d'évaluer la valeur de ce qu'ils recevaient ; b) la croyance à l'augmentation continue des valeurs, notamment immobilières, qui permettait de s'échapper à tout moment du système, sans trop de risques. Ce système s'est écroulé (…) On ne le reverra plus, et il y aura encore d'autres disparitions de ses officines». D'autres commentaires dans le même sens sont encore plus vifs, mais leur origine politique peut conseiller la prudence, et c'est à dessein que j'ai cité l'un des pères de l'euro, qui n'a pas la renommée d'un dangereux révolutionnaire.

Quelques constatations. Chaque jour apporte une preuve supplémentaire de la perversité du système qui était en place, fondé sur la spéculation sans rapport avec la production de biens, la recherche, les découvertes et le progrès technique, le savoir-faire. Les pertes faramineuses dénoncées par telle ou telle institution financière ne constituent, dans la plupart des cas, que l'échec d'une spéculation qui a mal tourné, après toutes celles qui ont réussi au cours des années. Certes, il existe des petits épargnants qui sont entraînés dans la chute des marchés financiers, mais à ce sujet également une certaine prudence est opportune. Exiger des intérêts dépassant le taux de 15% constitue déjà un comportement usurier, et il est sain que de telles attentes soient réduites. Par ailleurs, on ne pouvait pas s'imaginer que la consommation américaine dépassant la valeur de l'activité nationale puisse continuer à être financée à temps indéterminé par d'autres pays qui accumulent les dollars: un assainissement était inéluctable et il doit être accepté, même s'il entraîne un ralentissement momentané des exportations européennes. On constate par ailleurs que les banques dont l'activité est restée concentrée sur l'activité bancaire traditionnelle ne sont pas malmenées par la crise.

Le prix du pétrole. Un aspect foncièrement malsain demeure: le mécanisme purement spéculatif de fixation du prix du pétrole. Il est déterminé par des opérations artificielles qui ne sont fondées ni sur la production ni sur la demande réelle, mais sur des achats fictifs à terme, dans lesquels les acteurs ne possèdent ni le produit ni les capitaux pour l'achat. Selon la presse spécialisée, certains opérateurs se seraient déjà engagés dans des opérations à terme au prix de 200 dollars par baril ; si c'est vrai, lorsque l'échéance fixée sera là, il y aura soit une nouvelle hausse des cours du pétrole, soit des faillites retentissantes. C'est inadmissible.

Ne jamais oublier l'objectif. Ces remarques générales pourraient contribuer à mieux comprendre la signification et les enjeux des négociations en cours, dans l'UE et dans les enceintes internationales plus larges, sur les différents aspects de la régulation des marchés financiers. Ces négociations portent sur un grand nombre d'aspects spécifiques: transparence, mécanismes de surveillance, sauvetage d'organismes financiers en difficulté, contrôle des Fonds souverains, réapparition de l'idée des «golden share». Les négociations sont complexes et des intérêts colossaux sont en jeu, mais il ne faut jamais oublier l'objectif global, qui doit être la suppression définitive d'un système pervers de gestion des marchés financiers. Si l'on y parvient, le résultat final de la crise actuelle, laquelle était inéluctable, pourrait être globalement positif pour tous.

(F.R.)

 

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