login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 9631
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Aspects à clarifier concernant l'avenir des relations entre l'UE et l'Afrique

Le partenariat ACP/UE n'est pas vraiment en crise mais plusieurs aspects, dont dépend l'avenir des relations entre l'UE et l'Afrique, doivent être approfondis et clarifiés. Les principaux concernent:

1. Le sort des Accords de partenariat économique (APE) entre l'UE et les six groupes de pays ACP. Tels qu'ils sont conçus et en partie déjà paraphés, ces accords sont contestés ou carrément rejetés par plusieurs pays africains, alors que la Commission européenne continue à les considérer comme positifs pour l'Afrique elle-même (voir cette rubrique d'avant-hier). Si les négociations échouent, l'UE sera tenue d'appliquer aux pays ACP le même régime commercial qu'aux autres pays en développement, c'est-à-dire: ouverture presque intégrale aux produits des pays les moins avancés ; résultat des négociations au sein de l'OMC pour les autres. Les pays ACP perdraient les préférences exclusives que l'UE leur octroie depuis presque un demi-siècle. Pour certains produits (bananes, sucre), ces préférences ont déjà été supprimées ou réduites, sous la pression de pays tiers concurrents appuyés par des organismes comme OXFAM.

Les pays ACP, moins concurrentiels, risqueraient de perdre les parties du marché européen qu'ils ont réussi à conserver ou à conquérir. Mais les négociations sur les APE peuvent aboutir. La Commission se donne toute l'année pour les négocier (voir cette rubrique dans le bulletin n° 9613), en mettant l'accent sur la politique de développement au lieu du régime commercial qui a dominé les négociations précédentes.

2. La prise en considération des évolutions réelles en Afrique. À quelques exceptions près, les textes officiels ACP/UE et les débats de ses institutions ont quelque chose d'abstrait et de théorique, car les problèmes de fond sont rarement évoqués. Est-il raisonnable de parler du Nigeria ou du Soudan sans citer le pétrole, ou la Chine, ou les deux ? Du Kenya sans nommer les Etats-Unis et leurs ambitions, y compris militaires? Du Congo (RDC) sans expliquer qu'il est en train d'annuler ou de réviser tous les accords miniers inéquitables conclus depuis 2002, couvrant un tiers du territoire du pays ? L'Afrique est le théâtre de la bataille planétaire pour les produits de base, et ceci, à côté des perspectives qui s'ouvrent et du poids économique qui se concrétise, suscite et encourage les conflits, la corruption, l'injustice sociale et la misère. Les querelles autour d'une règle de l'OMC paraissent bien abstraites face à la réalité. Quelques aspects concrets de cette problématique avaient été évoqués par cette rubrique dans le bulletin n° 9615. S'y ajoute le fait que, selon l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OCS), plusieurs pays africains sont devenus la plaque tournante du trafic mondial de cocaïne et d'éphédrine.

3. La révision radicale des programmes d'ajustement structurel. Qui, en dehors de l'Agence Europe (bulletin d'avant-hier), a rendu compte du débat de l'Assemblée parlementaire paritaire sur les Programmes d'ajustement structurel (PAS) imposés aux pays africains dans les années 80 ? La résolution à ce sujet réclame une transformation radicale de ces programmes et indique une série d'orientations parfois courageuses: par exemple, le rapatriement systématique dans les pays ACP des fonds détournés par les dictateurs et autres gouvernants corrompus. En énumérant les corrections que les organismes mondiaux (FMI, Banque mondiale) doivent apporter aux PAS, cette résolution indique aussi ce que les pays africains eux-mêmes doivent accomplir pour leur décollage économique qui, dans quelques cas, est en cours mais dans d'autres, est encore inexistant. La fin des conflits et la guerre à la corruption ne sont pas oubliées.

4. La demande de l'Union africaine (UA) d'une stratégie européenne uniforme à l'égard de l'Afrique dans son ensemble. L'UE a toujours opéré une distinction entre les pays au sud du Sahara et les pays méditerranéens. Il est compréhensible que l'UA, vu qu'elle représente l'ensemble du continent, réclame une politique globale, selon les lignes définies par le Sommet UE/Afrique de décembre dernier à Lisbonne. En réalité, l'UE ne pourra que continuer à poursuivre des politiques séparées pour les pays méditerranéens et pour les pays ACP associés. La Commission européenne a approuvé un document (voir notre bulletin n° 9627) qui indique quelques mesures envisagées. Elles sont insignifiantes: renforcement de son bureau d'Addis-Abeba (siège de l'UA) ; désignation d'interlocuteurs spécifiques dans chaque pays africain (Maghreb et Machrek compris) ; bonne circulation des informations entre Louis Michel (commissaire au Développement) et Benita Ferrero-Waldner (commissaire aux Relations extérieures). Il n'y aura pas davantage à l'avenir, malgré les huit partenariats thématiques retenus au Sommet UE/Afrique, parce qu'une stratégie uniforme n'a pas de sens, compte tenu de la différence des situations. (F.R.)

 

Sommaire

AU-DELÀ DE L'INFORMATION
JOURNEE POLITIQUE
INFORMATIONS GENERALES
CALENDRIER
INTERPENETRATION ECONOMIQUE