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Bulletin Quotidien Europe N° 9614
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

UE/Afrique: comment rendre la priorité à la dimension «développement», tout en tenant compte des bouleversements internationaux en cours ?

Orientations de la Commission. La relance du dialogue euro-africain avec pour objectif de rendre la priorité à la dimension «développement» (voir cette rubrique dans le bulletin précédent) ne sera pas simple. Peter Mandelson reste logiquement vigilant sur le respect des règles de l'OMC (il en discute ces jours-ci avec l'Afrique du Sud et d'autres pays d'Afrique australe) et Louis Michel est pour le moment surtout préoccupé par le rétablissement de la paix et la légitimité démocratique au Tchad, au Kenya, au Darfour et ailleurs. Mais la définition des relations futures, après les divergences de l'année dernière, demeure essentielle.

D'après les indications disponibles, l'objectif de la Commission européenne serait d'aboutir, vers la fin de l'année ou au début de l'année prochaine, à clarifier avec les organisations régionales africaines les grandes lignes des Accords de partenariat économique (APE) qui n'existent à l'heure actuelle que sous une forme incomplète et provisoire. Certaines clauses générales de coopération ont été élaborées, mais l'essentiel des dispositions concernant les domaines autres que les échanges de marchandises restent à discuter: services, investissements, mouvements de capitaux, règles de concurrence, marchés publics. De l'avis de la Commission, les APE, pour être efficaces, devraient couvrir la plupart de ces domaines. Elle souligne que le mécanisme des préférences commerciales (d'ailleurs contesté au niveau international) n'a pas obtenu les résultats espérés. La place de l'Afrique dans les importations de l'UE a continué à se réduire et ne couvre qu'un nombre infime de produits, et les échanges entre les pays africains sont restés presque insignifiants même à l'intérieur des groupements régionaux, alors que le commerce d'autres pays en développement a connu une expansion spectaculaire. La Commission estime que les APE, libérant les échanges commerciaux et couvrant aussi les autres domaines cités, peuvent renverser la tendance, le point de départ indispensable étant la création en Afrique même de zones économiques élargies et de marchés unifiés plus étendus, susceptibles de développer l'activité et d'attirer les investissements.

On sait que cette orientation soulève deux objections: a) les produits africains ne peuvent pas faire face à la concurrence des produits européens, les niveaux de développement étant trop différents ; b) les recettes douanières sont indispensables pour la plupart des pays africains, pour financer leurs budgets nationaux. La réponse de la Commission est que l'ouverture aux produits européens sera progressive et très lente (jusqu'à 20 années, voire davantage), qu'il est indispensable pour l'Afrique de devenir compétitive et surtout que l'UE compensera les pertes de recettes douanières (2 milliards d'euros sont déjà disponibles au titre du FED actuel). Les droits de douane élevés nuisent au développement économique et portent préjudice aux consommateurs ; le non-respect des règles sur la propriété intellectuelle entrave le progrès technologique et la production de marchandises de qualité (il en existe en Afrique, il faut les multiplier) ; ces lacunes favorisent la corruption. Les changements seront donc positifs pour l'Afrique elle-même.

La Chine, les Etats-Unis, le pétrole, les matières premières… Ces arguments ne suffiront pas pour vaincre les oppositions et les réticences. Les polémiques de l'année dernière ont envenimé le débat et l'ont déplacé sur le terrain politique, alors que, selon la Commission, l'analyse devrait être essentiellement économique ; elle demande une certaine sérénité. Certaines prises de position outrancières, comme celle de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) sont inappropriées et ne facilitent pas la tâche. De toute manière, rien ne serait imposé ; les pays africains resteront libres de leurs choix.

Le résultat n'est pas acquis. Le risque existe, d'une négociation trop théorique, ne tenant pas suffisamment compte des transformations profondes qui sont en train de bouleverser la réalité africaine. L'Afrique est devenue un élément essentiel de la bataille planétaire pour le pétrole et d'autres matières premières dont elle est très riche ; la présence de la Chine et des Etats-Unis n'est plus une hypothèse mais une réalité qui a pris des proportions impressionnantes. Pour la République du Congo, les accords avec la Chine ont désormais davantage d'importance que les relations avec l'Europe. Les conflits du Soudan et du Darfour ne peuvent plus être compris et évalués sans tenir compte de la présence chinoise, et ceux du Kenya en négligeant l'intérêt concret des Etats-Unis pour ses ressources de pétrole et de gaz. L'Europe peut encore jouer un rôle essentiel à condition de tenir compte des bouleversements intervenus.

Quelques éléments de réflexion sont disponibles. J'y reviendrai demain.

(F.R.)

CORRIGENDUM: Les trois pays qui n'ont pas paraphé d'accord et sont donc soumis au tarif douanier UE sont Gabon, Congo-Brazzaville et Nigeria (non pas Kenya comme indiqué samedi par erreur).

 

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