Bruxelles, 30/01/2008 (Agence Europe) - Les députés européens sont unanimes pour condamner les violations massives des droits de l'Homme et des libertés fondamentales en Iran et pour s'opposer fermement à toute tentative du président iranien Mahmoud Ahmadinejad de se doter de l'arme nucléaire. En revanche, ils sont divisés sur l'approche que la communauté internationale devrait suivre pour empêcher l'Iran de continuer ses activités d'enrichissement nucléaire et l'obliger à se conformer aux règles de l'Agence internationale pour l'énergie atomique (AIEA). C'est ce qui est ressorti du débat que le Parlement européen, réuni en mini-session plénière à Bruxelles, a organisé mercredi 30 janvier avec le Haut représentant de l'UE pour la PESC, Javier Solana, et la commissaire européenne chargée des relations extérieures, Benita Ferrero-Waldner. La semaine dernière, à Berlin, les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie) et l'Allemagne s'étaient mis d'accord sur un projet de résolution renforçant les sanctions internationales pour forcer l'Iran à arrêter son enrichissement d'uranium. La discussion sur ce projet a commencé lundi 28 janvier au Conseil de sécurité à New York. Ce texte inclut une interdiction de voyager pour les responsables impliqués dans le programme nucléaire iranien et de possibles contrôles du fret maritime et aérien à destination de Téhéran s'il existe des soupçons qu'il contient des matériaux prohibés.
Alors que Michael Gahler (allemand, PPE-DE) et Hannes Swoboda (autrichien, PSE) ont exprimé le soutien de leurs groupes politiques respectifs en faveur d'un renforcement des sanctions contre Téhéran, d'autres ont mis en garde devant de telles mesures qui, selon eux, seraient davantage dirigées contre la population que contre le régime iranien. Pour Angelika Beer (allemande, Verts/ALE), qui a dirigée récemment la visite d'une délégation du PE en Iran, les sanctions ne feraient que « renforcer Mahmoud Ahmadinejad et punir les citoyens ». Plutôt que d'isoler l'Iran, il faudrait davantage intensifier les contacts avec la société civile et les forces démocratiques « qui existent dans ce pays et qui doivent être soutenues ». Le fait que plus que
7 000 personnes aient posé leur candidature pour les élections du 14 mars prochain en Iran (une grande partie de ces candidatures ont cependant été déclarées illégales par le régime) « démontre que Ahmadinejad se trouve avec le dos face au mur » sur le plan politique intérieur, estime Mme Beer qui plaide pour la poursuite des négociations. Tobias Pflüger (allemand, GUE/NGL) a dit que son groupe s'opposait aussi à un renforcement des sanctions par l'ONU qui, à son avis, aurait seulement un « impact contre-productif ». Sur ce même point, Javier Solana avait souligné auparavant que l'objectif du renforcement des sanctions « n'est pas de punir l'Iran, mais de le persuader à revenir à la table des négociations le plus rapidement possible ».
Dans son exposé devant les députés, M. Solana a décrit les deux visages de l'Iran. D'un côté, il s'agit d'un « grand pays qui a tout notre respect », un pays avec une grande histoire et une société dynamique, un pourcentage très élevé de femmes diplômées. L'Iran est aussi un « acteur clé » au Moyen-Orient et offre beaucoup de perspectives de coopération, pas seulement dans le domaine de l'énergie. De l'autre côté, la situation des droits de l'Homme se détériore et les libertés fondamentales sont de plus en plus restreintes. Le soutien actif de Téhéran au Hamas en Palestine et au Hezbollah au Liban et en Irak fait de l'Iran un facteur d'instabilité dans la région, d'autant plus que le pays refuse la « solution des deux Etats » recherchée dans le processus de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne. S'y ajoute le programme nucléaire iranien sur lequel la communauté internationale est « unie ». L'Iran a le droit d'utiliser l'énergie nucléaire à des fins civiles, mais elle n'a pas besoin de l'enrichissement de l'uranium pour cela, a dit le Haut représentant. L'UE et la communauté internationale sont même prêtes à aider l'Iran à développer un programme nucléaire strictement civil, a-t-il ajouté. Et M. Solana de conclure: « L'Iran doit revenir à la table des négociations. Nous ferons tout pour poursuivre sur la voie du dialogue ».
La commissaire Benita Ferrero-Waldner a aussi salué « l'unité et la fermeté » de la communauté internationale sur la question nucléaire. Malheureusement, l'Iran n'a pas en ce moment la « volonté politique » de revenir à la table des négociations, ce qui aura pour conséquence de reporter la conclusion d'un accord de commerce et de coopération entre l'UE et l'Iran, a déploré Mme Ferrero-Waldner. En revanche, le blocage sur le dossier nucléaire ne doit pas empêcher l'UE d'essayer de poursuivre le dialogue sur les droits de l'Homme (que Téhéran a suspendu unilatéralement) et de tenter d'intensifier les contacts avec la société civile et les forces démocrates, estime la Commissaire. La situation des droits de l'Homme se dégrade de façon alarmante, a poursuivi la Commissaire. Le nombre des exécutions est passé de 177 en 2006 à 297 en 2007, selon Mme Ferrero-Waldner qui cite des articles de presse et de des chiffres d'Amnesty International. « La Commission est d'accord avec le Parlement européen: les relations UE/Iran ne pourront pas se développer sans une amélioration systématique de la protection des droits de l'Homme dans ce pays », a-t-elle conclu.
Il est « paradoxal » qu'un pays comme l'Iran, qui possède une histoire et une civilisation tellement riches et une population aussi dynamique, soit tombé aussi bas en termes de protection des droits de l'Homme, a dit Annemie Neyts-Uyttebroeck (belge, ALDE). Sur le programme nucléaire, Hannes Swoboda (autrichien, PSE) a été catégorique: « Nous ne voulons pas d'armes nucléaires, ni en Iran, ni dans la région » du Moyen-Orient (il a dans ce contexte aussi critiqué les Etats-Unis qui, à l'époque, ont permis au Pakistan de se doter de l'arme nucléaire). Même préoccupation du côté de Philip Claeys (belge, non inscrits) pour qui les plans nucléaires iraniens restent un « danger pour la région et pour la paix mondiale ».
Le Parlement européen doit adopter ce jeudi 31 janvier une résolution sur l'Iran. (H.B.)