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Bulletin Quotidien Europe N° 9585
AU-DELÀ DE L'INFORMATION / Au-delà de l'information, par ferdinando riccardi

Pour une meilleure compréhension entre l'UE et l'Afrique à propos des accords de partenariat économique (APE)

Á première vue, la polémique sur la révision des relations entre l'UE et les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) s'est apaisée. En réalité, rien n'est réglé ; tout simplement, pour le moment, on en parle moins. Les pourparlers et recherches de compromis à propos des Accords de partenariat économique (APE) se poursuivent, avec parfois quelques résultats, mais les déclarations et les comportements prouvent que les divergences radicales subsistent. Aucune partie ne prend en considération, dans ses prises de position publiques, les raisons de l'autre. Quelques groupes politiques du Parlement européen ne contribuent pas à l'apaisement et à la recherche de solutions raisonnables lorsqu'elles accusent les institutions européennes de vouloir la ruine de l'Afrique. Les positions d'organisations ayant l'envergure d'Oxfam, dont l'action est souvent méritoire, nuisent à l'Afrique dans ce dossier, avec leur bataille pour l'ouverture des frontières européennes aux produits agricoles du monde entier, dont le résultat serait d'éliminer les «préférences» dont les produits africains bénéficient dans l'UE (pour les bananes et le sucre, c'est déjà fait). On ne parviendra à des solutions raisonnables qu'en tenant compte des causes des divergences et des raisons de tous.

Les motivations de M. Mandelson. Pourquoi Peter Mandelson a-t-il pris la position de pointe qui est la sienne en faveur du respect de l'échéance du 1er janvier 2008 (fixée depuis longtemps, et acceptée à l'époque par les Etats africains) pour rendre le régime des échanges UE/ACP conforme aux règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ? Parce qu'il est le responsable de la politique commerciale de l'UE, et il ne peut pas admettre que l'UE ne respecte pas les règles ni ses propres engagements, surtout dans la phase actuelle du Doha round. M. Mandelson considère la liberté des échanges comme instrument-clé pour le développement des pays pauvres, et dès le commencement du débat, il n'a pas arrêté d'affirmer que l'échéance du 1er janvier 2008 n'était pas un bluff ni une tactique de négociation inventée à Bruxelles.

La vision de M. Michel. Pourquoi Louis Michel, responsable de la politique européenne du développement, soutient-il avec vigueur et conviction les APE ? Il est absurde d'affirmer, ou de faire semblant de croire, qu'il soit l'ennemi des progrès de l'Afrique et de l'épanouissement des relations entre l'UE et les pays ACP. Mais il croit fermement que les APE sont positifs et que le nouveau type de relations qu'ils introduisent aidera les pays africains à prendre leurs responsabilités et à combattre la mauvaise gouvernance et la corruption. Ses convictions, il les a exprimées à plusieurs occasions. Pour lui, les APE représentent l'instrument pour établir entre l'UE et l'Afrique des relations entre partenaires égaux en droits et en devoirs, et l'Europe (tout en renonçant à l'idée que l'Afrique soit sa chasse gardée) est le meilleur partenaire possible, pour des raisons historiques, géographiques et linguistiques ainsi que pour les réalités économiques: l'Europe est le premier marché pour les produits africains et le premier bailleur de fonds (en dons, pas en prêts comme la Chine). Les investissements ne doivent pas viser l'achat des ressources naturelles africaines mais à les transformer sur place: le new deal serait d'encourager les investissements à valeur ajoutée se traduisant en emplois en Afrique. L'intégration régionale rendra les marchés africains plus attractifs pour les investissements. L'objectif est un partenariat d'égalité et de responsabilité partagée, allant au-delà de l'aide au développement, pour une approche plus politique et plus économique.

Ce que l'Afrique conteste. Les adversaires des APE ne contestent pas les objectifs de Louis Michel mais certains aspects de sa vision, essentiellement: a) la réciprocité commerciale (requise par les règles de l'OMC pour que des préférences soient licites) et l'exigence de l'UE que les ACP en acceptent le principe dès maintenant, avec des engagements fermes et des échéances ; b) l'inclusion dans les accords d'aspects qui ne sont pas requis par les règles de l'OMC, comme les investissements, les services, les mouvements de capitaux, les marchés publics (considérés par l'UE comme indispensables pour réaliser les nouveaux modèles de relations, et positifs pour les pays africains eux-mêmes) ; c) l'insistance sur l'échéance convenue dans le cadre de l'OMC (que la Commission européenne estime incontournable pour éviter que d'autres pays en développement attaquent le régime commercial UE/ACP ; certains l'ont déjà fait, et ils ont gagné).

Cette situation conflictuelle a provoqué une série d'inconvénients dont les effets ne peuvent pas encore être évalués dans leur entièreté. La solidarité interafricaine est cassée, car certains pays ont souscrit avec l'UE les accords que d'autres rejettent, si bien que les groupements régionaux sont en partie désarticulés. Comment sortir de l'impasse ? Cette rubrique y reviendra. (F.R.)

 

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