Trois caractéristiques. La Slovénie à la Présidence de l'UE, c'est un événement qui mérite d'être souligné d'un triple point de vue: a) ; c'est la première fois que le Conseil (Sommets y compris), le Comité des Représentants permanents et tous les organes qui en dépendent sont présidés par l'un des Etats membres qui ont adhéré en 2004 ; b) après le Portugal, c'est à nouveau un petit pays ; c) ses dirigeants sont conscients de l'importance de leur tâche et en même temps des limites de ce qu'ils pourront réaliser au cours de ce semestre.
Je considère que le premier point cité représente une bonne occasion de perdre la mauvaise habitude d'opérer des distinctions entre les Etats membres selon leur date d'adhésion. Ce critère ne correspond plus à rien ; si des cassures subsistent dans l'UE, elles ne se situent pas dans la chronologie des adhésions (surtout depuis que la Pologne a retrouvé ses motivations et convictions pro-européennes). La Présidence slovène va le prouver. Quant à l'aspect «petit pays», l'expérience prouve que cette catégorie peut jouer un rôle essentiel pour rendre élan et idées à la construction européenne. Les rêves de grandeur nationale n'appartiennent pas aux petits pays, leurs ambitions sont d'une autre nature, et ils sont souvent en mesure de concilier les positions et les susceptibilités des «grands». Leurs convictions européennes sont parfois précieuses pour tous, deux noms suffisent: Jean-Claude Juncker et Guy Verhofstadt.
Respecter l'équilibre institutionnel. La Présidence du Portugal qui vient de se terminer avait déjà confirmé les constatations qui précèdent. Le premier ministre portugais et les ministres qui ont présidé les Conseils sectoriels ont lié de manière efficace la double tâche de maintenir (et réaffirmer avec vigueur, à l'occasion) les objectifs et les ambitions de l'Europe, notamment sur le plan international, et de concilier entre elles les orientations des grands Etats membres dans des dossiers où les intérêts étaient contradictoires, comme le financement et le fonctionnement du projet Galileo, certaines questions fiscales ou agricoles, quelques aspects de la relance et de l'approfondissement de la «stratégie de Lisbonne» (stratégie que les autorités portugaises maîtrisent mieux que quiconque, ayant été largement à son origine). De tels résultats présupposent une coopération étroite avec la Commission européenne, qui a le monopole des propositions et un «droit de regard» sur les modifications que le Conseil peut leur apporter (l'unanimité des Etats membres est nécessaire pour s'éloigner d'un projet de la Commission si celle-ci n'est pas d'accord). C'est un mécanisme conforme à l'esprit et à la lettre de la «méthode communautaire» mais que les grands Etats membres ne pratiquent pas toujours. L'équilibre institutionnel, respectueux des compétences de la Commission et des pouvoirs croissants du Parlement européen, est essentiel, et il faudra beaucoup de tact et de précautions à l'avenir pour éviter qu'il soit perturbé par la future Présidence stable du Conseil européen et par les règles futures sur la composition de la Commission (qui pourraient en compromettre la légitimité démocratique).
On aura l'occasion de revenir sur ce double danger. Constatons pour le moment que les Présidences des petits pays ont tendance, par conviction ou par nécessité, à mieux respecter que certains «grands» l'esprit de la méthode communautaire et le rôle des autres institutions. La Slovénie n'ignore pas par ailleurs que les débats de fond sur quelques grands dossiers (comme la réforme de la politique agricole commune et la préparation des innovations institutionnelles inscrites dans le Traité de Lisbonne) n'entreront dans le vif qu'au semestre suivant, et elle a dessiné un programme raisonnable de ses ambitions présidentielles. Je renvoie pour les détails à nos bulletins précédents et en particulier à notre dossier spécial L'Europe à l'heure slovène (N° 2007 de la série EUROPE/Documents).
Une image double. Je me limite à constater que se dégage, des orientations de la Présidence slovène, un esprit qui correspond à l'image que la construction européenne doit montrer de plus en plus aux opinions publiques, réunissant l'intégration communautaire et le respect des identités nationales. L'histoire et la géographie des Balkans occidentaux sont tellement enchevêtrées, qu'il est inévitable que quelques problèmes subsistent entre la Slovénie et ses voisins, comme l'Italie et la Croatie. Ce qui compte, c'est l'esprit avec lesquels ces difficultés sont vues et abordées, et le fait que des projets de coopération ambitieux et clairement définis ont été conçus et que leur réalisation progresse (voir cette rubrique dans le bulletin précédent). Par ailleurs, la Slovénie sera parmi les premiers à ratifier le nouveau Traité, en vue de donner l'exemple à propos d'un objectif que la nouvelle Présidence a placé parmi ses priorités: la bonne marche du processus de ratification. C'est un objectif sur lequel pèsent encore des incertitudes sur lesquelles il faudra revenir.
(F.R.)