Kigali, 19/11/2007 (Agence Europe) - A Kigali où se tient la quatorzième session de l'Assemblée parlementaire paritaire (APP), il était clair, lundi, dès la cérémonie d'ouverture, que les accords de partenariat économique (APE), objets de difficiles négociations entre l'UE et six régions ACP (Afrique/Caraïbe/Pacifique), mobiliseraient toute l'attention de la centaine de députés européens et ACP, décidés à se faire entendre pour que ces futurs arrangements commerciaux, compatibles avec les règles de l'OMC, renforcent plutôt que n'étiolent le partenariat entre l'UE et les 78 pays ACP. Nul ne savait néanmoins, à l'entame des travaux, quelle formulation exacte serait retenue dans « la déclaration de Kigali sur le commerce» que devrait adopter l'APP pour demander à la Commission européenne de reconnaître que les pays ACP ont besoin de plus de temps pour évaluer les implications des accords proposés. D'un commun accord, les députés européens ont décidé de se laisser jusqu'au 21 novembre pour trouver, entre eux, un consensus avant d'adopter, avec leurs collègues ACP, la déclaration conjointe.
Les espoirs de pacification de la République démocratique du Congo sont, eux aussi, revenus comme un leitmotiv dans les discours d'ouverture. Au pays des mille collines, voisin de la République du Congo (RdC), il ne pouvait en être autrement: l'Assemblée parlementaire paritaire veut saisir l'opportunité de cette session pour adresser un message d'encouragement tant au Rwanda qu'à la RdC pour que cessent les combats et les exactions dans l'Est de la Rdc. Paul Kagamé, président de la République du pays hôte a vanté les mérites des tribunaux Gacaca, « pierre angulaire de la réconciliation », qui « a atteint son objectif et arrivera à son terme en fin d'année ». Soulignant que dans l'Est de la RdC « la présence des forces qui ont commis le génocide au Rwanda demeure le problème sous-jacent», le président a estimé que l'accord signé par le Rwanda début octobre, dans lequel la RdC s'engage à résoudre le problème, et l'appui promis par la communauté internationale, sont sources « d'optimisme ». Il s'est réjoui de « la position forte de l'APP qui demandera, dans une résolution, le désarmement des forces négatives ». A propos des APE, le président rwandais, s'est contenté d'appeler l'APP à « discuter vigoureusement » dans la perspective du prochain sommet UE/Afrique à Lisbonne (8-9 décembre).
René Radembino-Coniquet, président du Sénat gabonais et coprésident sortant de l'APP a rappelé que l'état des lieux des APE « ne permet pas d'envisager la signature d'APE à la date butoir du 31 décembre 2007 », compte tenu des divergences de vues entre l'UE et les ACP. « Les ACP sont déterminés à n'envisager la conclusion des APE que dans la mesure où ils servent les objectifs du développement fixés dans l'accord de Cotonou », a-t-il martelé. Le coprésident ACP s'est dit inquiet des retombées, sur les importateurs européens de produits ACP, des incertitudes quant au régime commercial qui prendra le relais de Cotonou au 1er janvier 2008. La même inquiétude vaut pour la ratification de l'accord de Cotonou révisé, conclu en 2005, mais toujours en souffrance. Seuls 30 Etats ACP sur 78 et 16 Etats membres de l'UE ont bouclé leurs procédures, ce qui compromet le financement des projets au titre du 10ème Fonds européen de développement. Dans un discours très applaudi, Glenys Kinnock, travailliste britannique, coprésidente de l'APP a rendu hommage à « la force et la capacité de rebondir » du Rwanda et de sa population « qui impressionnent le monde entier ». Le relèvement et la réconciliation du pays après le génocide de 1994 sont, à ses yeux, porteurs d'espoir pour la paix définitive entre les deux pays limitrophes. « Les progrès réalisés depuis par votre pays sont remarquables et nous saluons votre décision d'abolir la peine de mort (…) Nous sommes ici dans la région des Grands Lacs en Afrique qui a connu tant de troubles et de souffrances, et où de réels efforts sont entrepris pour s'attaquer à la menace que représente l'Est du Congo pour la stabilité régionale (…) », a déclaré Mme Kinnock. Elle a dénoncé avec vigueur le déplacement de 350.000 personnes au Nord Kivu depuis décembre, les violences faites aux femmes et le viol utilisé comme instrument de guerre. La coprésidente de l'APP s'est dite encouragée par « le plan de désarmement et de rapatriement des groupes armés irréguliers dans l'Est de la Rdc », ajoutant: « maintenant nous espérons avec confiance un règlement politique contraignant ».
A l'adresse des gouvernements africains, Mme Kinnock a rappelé que, depuis 1990, les conflits en Afrique ont coûté 300 milliards de dollars, soit ce qu'il faudrait en fonds additionnels pour s'attaquer aux problèmes de VIH sida, ou couvrir les besoins en éducation ou en eau propre et en assainissement en Afrique. S'agissant des APE, Mme Kinnock n'a pas mâché ses mots, reprochant aux négociateurs de la Commission « d'avoir envisagé les négociations comme s'il s'agissait de la négociation d'accords de libre-échange conventionnels, centrés sur l'ouverture du marché plutôt que comme des instruments de développement ». Evoquant l'espoir de l'Afrique de l'Est de signer un accord intérimaire (un APE sur les produits) le 23 janvier prochain, Mme Kinnock a souligné que d'autres régions, certainement, suivront. Ses préoccupations les plus vives concernent les pays ACP qui ne sont pas des PMA (pays les moins avancés), qui ne signeraient pas d'APE et se verraient donc offrir le SPG (les PMA, eux, continueront à bénéficier, pour leurs produits, de l'accès à droits nul et sans quotas au marché européen). Plusieurs produits exportés par ces pays vers l'UE doivent absolument bénéficier de marges préférentielles adéquates pour garantir la viabilité du commerce, ce qui « en général ne sera pas possible au titre du SPG » a observé Mme Kinnock. Et d'exprimer l'espoir que la déclaration de Kigali contiendra une référence à l'article 37 (6) de l'accord de Cotonou « en vertu duquel l'UE est obligée de fournir un accès continu au pays non PMA dans des termes au moins aussi favorables qu'actuellement, qu'ils soient ou non en mesure de conclure un APE ». (A.N)