Bruxelles, 15/11/2007 (Agence Europe) - La Présidence portugaise de l'UE mène actuellement des consultations discrètes avec les Vingt-sept en vue de préparer la mise en place d'un « comité de sages » chargé de réfléchir à l'Europe d'ici 2020-2030. La création de ce groupe, qui soumettrait son rapport en 2009, sera formellement décidée par les chefs d'Etat et de gouvernement le 14 décembre, lors du Conseil européen. Un accord de principe sur ce sujet avait déjà été dégagé lors du Sommet informel en octobre.
L'idée du groupe a été lancée en août 2007 par le président français Nicolas Sarkozy, qui s'oppose ouvertement à l'adhésion de la Turquie et qui préconise une simple « association ». M. Sarkozy a établi un lien entre ce groupe et les négociations avec Ankara: si le groupe voit le jour avant la fin 2007, la France ne s'opposera pas à la poursuite des pourparlers d'adhésion, mais seulement sur les chapitres qui seront nécessaires pour mettre en œuvre l'association ou le « partenariat privilégié » préconisé par Paris. Quant aux « cinq chapitres » de négociation qui visent directement l'adhésion de la Turquie (agriculture, union économique et monétaire, politique régionale et fonds structurels, budget, institutions), la France refusera de les ouvrir tant que tous les 30 autres chapitres n'auront pas été traités.
Le lien établi entre le comité des sages et le processus d'adhésion de la Turquie inquiète les principaux défenseurs de la cause turque (Royaume-Uni en tête, mais aussi Suède, Danemark et d'autres). Ils craignent que le groupe puisse être instrumentalisé pour mettre en cause la future adhésion turque qui, selon le cadre de négociation adopté en octobre 2005, est pourtant « l'objectif partagé » des Vingt-sept et de la Turquie (même si le résultat des pourparlers ne peut pas être « garanti d'avance »).
Sur cette toile de fond, les consultations de la Présidence portugaise se concentrent sur le mandat du groupe. Une certitude: le groupe ne traitera pas de questions institutionnelles ; cela avait déjà été convenu lors du Sommet informel d'octobre. Si la France partage l'avis que l'institutionnel doit être exclu, elle estime cependant que la finalité politique, les perspectives d'élargissement ainsi que les limites géographiques de l'Union doivent « évidemment » être discutées par le groupe car ces questions font « partie intégrante du projet d'intégration européenne », explique un diplomate. Ce qui ne veut pas dire que la France ait déjà un « plan préconçu », souligne-t-il. En revanche, le Royaume-Uni, appuyé par beaucoup d'autres délégations ainsi que par la Commission européenne, est catégorique: « Le groupe ne devrait pas s'occuper des futures frontières de l'Union ». « Ce n'est pas aux 'sages' de dresser la carte de l'Europe », explique un diplomate britannique. Selon lui, le risque de voir le groupe s'occuper des frontières de l'UE a « heureusement déjà été écarté » dans les travaux préparatifs en cours. Le Royaume-Uni insiste aussi pour que la composition du groupe soit « aussi large que possible », en incluant des « personnalités jeunes, ouvertes et modernes » venant non seulement du monde politique, mais également économique, scientifique et culturel. A ce stade, la Présidence portugaise refuse de spéculer sur le mandat et la composition du groupe: « les consultations se poursuivent », explique un porte-parole. (H.B.)