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Bulletin Quotidien Europe N° 9493
Sommaire Publication complète Par article 28 / 29
SUPPLEMENT HEBDOMADAIRE / Bibliothèque européenne

N° 744

*** ANTONIN COHEN, ANTOINE VAUCHEZ (sous la dir. de): La Constitution européenne. Elites, mobilisations, votes. Editions de l'Université de Bruxelles (26 av. Paul Héger, CP 163, B-1000 Bruxelles. Tél.: (32-2) 6503799 - fax: 6503794 - Courriel: editions@admin.ulb.ac.be - Internet: http: //www-editions-universite-bruxelles.be). Collection "Etudes européennes". 2007, 298 p., 25 €. ISBN 978-2-8004-1387-7.

La Constitution européenne, de la Convention à ses refus français et néerlandais, a déjà fait couler bien de l'encre. Et c'est loin d'être fini, comme en atteste cet ouvrage. L'originalité incontestable - et l'immense intérêt ! - de ce dernier est toutefois que ses auteurs, tous représentants distingués du monde académique, ont refusé d'y procéder, eux aussi, à un "exercice de diagnostic rétrospectif" ayant "tout d'une autopsie": ainsi que l'expliquent les coordinateurs du livre dans leur introduction, leur pari n'a pas été "de tirer les leçons du moment constituant ou de juger de sa contribution - positive ou négative - à l'intégration européenne, mais de faire de cet épisode un point d'entrée, un analyseur des transformations en cours de la construction européenne et des dynamiques transnationales qui en sont au principe". Par cet "autre" regard qu'ils portent sur la Convention et les institutions européennes, bien sûr, mais aussi sur des univers sociaux nationaux "saisis par la dynamique de politisation de l'Europe", ils font apparaître au fil des trois parties - consacrées à la genèse et à la structuration de la Convention, d'abord, aux enjeux et controverses constituants, ensuite, aux investissements militants et électoraux, enfin - des constats inédits quant à la manière dont la construction européenne évolue désormais.

Ainsi, Antonin Cohen (maître de conférences en science politique à l'Université de Picardie Jules-Verne à Amiens) et Antoine Vauchez (chargé de recherche en science politique au CNRS et membre du Centre universitaire de recherche sur l'action publique et le politique) relèvent d'emblée que les chapitres se conjuguent pour montrer que "l'Europe n'est pas un continuum social, mais une mosaïque d'espaces sociaux" qui, pour être interdépendants, n'en sont pas moins largement autonomes les uns par rapport aux autres. En outre, la relative déconnexion des niveaux européens et nationaux est attestée par le faible écho réservé, au plan national, aux travaux de la Convention - y compris dans les rangs des "eurosceptiques" et des "altermondialistes" - et par leur centralité lors des procédures référendaires de ratification, ce qui implique, observent Cohen et Vauchez, qu'une "large part de la saillance du débat sur la Constitution européenne relève moins d'un intérêt partagé pour l'Europe et son avenir que d'une dynamique proprement sectorielle et nationale d'intéressement à cette question dans le contexte de dramatisation et d'élargissement des sites d'interaction propre aux campagnes électorales". Alors que les groupes eurosceptiques font de la critique de l'Europe leur cheval de bataille, Simon Usherwood (Université du Surrey) montre ainsi qu'ils sont restés extrêmement discrets tout au long de la Convention et que ce n'est que quand la bataille politique s'est déplacée à l'échelon national que leurs échanges et leurs mobilisations transnationales se sont intensifiés. Idem pour les altermondialistes français, Eric Agrikoliansky (Université Paris Dauphine) arguant, indices concordants à l'appui, que leurs mobilisations ont moins été le prolongement naturel d'un intérêt ancien pour les questions européennes - qui reste un intérêt de façade - que le produit d'une forme de reconversion politique nationale d'une fraction de cette nébuleuse au moment où elle connaissait ses premiers revers. Idem encore pour le PS ou pour les catholiques intransigeants, tout concourant à valider cette affirmation d'Eric Agrikoliansky: "ce sont moins les forces centripètes qui attirent vers l'Europe que la centrifugeuse des espaces nationaux qui projette les militants vers cette marge institutionnelle qu'est l'Union". A contrario, Xavier Landrin (Université Paris 10 - Nanterre) montre que la Déclaration de Laeken ne peut être expliquée que comme le produit d'une forme d'interdépendance qui a placé le gouvernement belge au croisement d'enjeux et de logiques sociales spécifiques (nationales, transnationales et communautaires) avec lesquels il a dû compter pour réussir "sa" Présidence.

Parmi les autres constats (impossible de les mentionner tous dans le cadre de cette recension…) opérés dans cet ouvrage, il y a aussi le fait que la distinction entre des "niveaux de gouvernement" distincts n'est plus d'actualité pour qualifier la construction européenne, la politisation de l'Europe, c'est-à-dire la mobilisation des citoyens autour d'enjeux européens (et, précisent Cohen et Vauchez, "est-il impossible de considérer que, tout en étant favorables à la construction européenne, certains électeurs ne seraient pas favorables à telle ou telle orientation actuelle de l'Union ?"), s'affirmant de plus en plus au fil des pages comme le produit d'un processus de désenclavement et de désectorisation des sites d'interaction (national/communautaire, politique/social) dont la fréquence va croissant depuis quinze ans. Dans d'autres registres, des auteurs mettent en lumière la proximité particulière - voire carrément déterminante - qu'entretiennent les milieux académiques (en particulier ceux gravitant autour de l'Institut européen de Florence) avec les espaces politiques et administratifs communautaires. Apparaît ainsi tout un ensemble d'enceintes (comité d'experts, cellules de réflexion, kern, groupes de travail, intergroupes, etc.) au sein desquels des "agents doubles", mi-experts, mi-politiques, règnent en maîtres, ces lieux informels échappant à une analyse "intergouvernementale" ou "institutionnaliste" mais étant ceux où se forgent les formules politiques susceptibles d'organiser la gouvernance de l'Europe. Même si, tempère toutefois Yves Buchet de Neuilly (Université Lille II), le Praesidium de la Convention a, dans les faits, joué le rôle d'une pré-Conférence intergouvernementale… Prodigieusement intéressant de la première à la dernière page !

Michel Theys

*** PASCAL DELWIT, PHILIPPE POIRIER (sous la dir. de): Extrême droite et pouvoir en Europe - The extreme right parties and power in Europe. Editions de l'Université de Bruxelles (voir coordonnées supra). Collection "Science politique". 2007, 336 p., 25 €. ISBN 978-2-8004-1388-4.

Regroupant des contributions de spécialistes issus du monde académique européen, cet ouvrage prend la mesure de la percée par des partis d'extrême droite ou de la droite populiste dans de nombreux pays d'Europe - de l'Allemagne à la Slovaquie en passant par Autriche, Belgique, Bulgarie, Danemark, France, Grèce, Italie, Pays-Bas et Roumanie, mais aussi Norvège et Suisse - et, surtout, analyse les conditions et les conséquences de la donne nouvelle qu'a constituée, ces dernières années, l'accession de certains d'entre eux au pouvoir. A partir d'études de cas et d'approches comparées, les auteurs apportent des réponses scientifiques à des questions qui sont lourdes de sens pour nos démocraties: ces partis souhaitent-ils accéder au pouvoir et/ou se déchirent-ils à ce propos ? Un processus de modération s'observe-t-il quand ces partis rentrent au gouvernement ? Le parti est-il sanctionné ou conforté aux élections suivantes ? Les thèmes portés par ces formations percolent-ils chez les partis démocratiques ? L'apport de l'extrême droite est-il marquant sur certains thèmes qui lui sont chers ? Embrasser l'extrême droite, est-ce mieux l'étouffer ? A noter, en particulier, une contribution que Philippe Poirier (Université de Luxembourg où il enseigne l'histoire des idées politiques et la politique européenne) consacre à l'influence exercée par les "nouvelles droites" sur le régime politique de l'Union de 1979 à 2004.

(MT)

*** ANA MAR FERNÁNDEZ PASARIN: El neoinstitucianalismo como instrumento de análisis del proceso de integración europea. Institut Universitari d'Estudis Europeus (Universitat Autònoma de Barcelona, Edifici E-1, 08193 Bellaterra, Barcelona. Tél.: (34-93) 5812016 - fax: 5813063 - Courriel: iuee@uab.es - Internet: http://www.uab.es/iuee ). Collection "Quaderns de treball", n° 46. 2006, 29 p, 6,01 €. ISBN 84-95201-18-6.

Les Quaderns de treball ont comme finalité de stimuler le débat et les échanges scientifiques autour des résultats de la recherche dans le domaine européen. Dans ce cas, une jeune politologue (diplômée des Universités libre de Bruxelles et autonome de Barcelone) revient sur le "cas" que constitue l'Union, entité politique de type nouveau qui, échappant aux critères d'un Etat national classique comme à ceux d'une organisation internationale conventionnelle, pose notamment deux questions fondamentales aux politologues: la première est l'impact de ce processus sur l'Etat, la seconde renvoyant au concept de la base politique de l'Union. L'étude analyse les deux courants existants dans le "corpus" théorique des années 50, à savoir les interprétations néo-fonctionnalistes et intergouvernementalistes. Elle porte aussi sur les conceptualisations engendrées par le nouvel élan de construction européenne du milieu des années 80 dont émerge le néo-institutionnalisme. Elle réexamine d'abord brièvement les postulats du néo-fonctionnalisme et de l'intergouvernementalisme, mais Ana Mar Fernández Pasarin se concentre ensuite et surtout sur le néo-institutionnalisme en tentant de bien mettre en évidence le caractère structurant des institutions communautaires.

(JPe)

*** SANDRA BOLDRINI: La Commission européenne. Centre de recherche et d'information socio-politiques (1A place Quetelet, B-1210 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2110180 - fax: 2197934 - Internet: http://www.crisp.be ). Collection "Courrier hebdomadaire", n° 1942. 2006, 44 p, 6,90 €.

Bon nombre d'observateurs ont le sentiment que la Commission est, depuis quelques années, en perte de vitesse, qu'elle est passée d'un rôle de leadership à une position de retrait. Pourquoi ? La Commission est-elle victime de l'évolution des rapports de forces au sein du système politique et institutionnel européen ? L'institution est-elle en perte de vitesse ? A-t-elle été mise hors circuit ou, à tout le moins, ravalée au rang d'entremetteur falot ? Telles sont les questions auxquelles une jeune assistante en sciences politiques à l'Institut d'études européennes de l'Université catholique de Louvain s'emploie à apporter des éléments de réponse en instruisant le dossier à charge et à décharge. La première partie de ce Courrier hebdomadaire du Crisp traite de la Commission en tant qu'acteur du système politique communautaire à travers l'étude de ses pouvoirs et compétences, de sa structure et de son mode de fonctionnement. Consacrée au contexte dans lequel cette institution évolue ces derniers temps, de l'affaire Rocco Buttiglione à la crise du Traité constitutionnel, la seconde partie porte sur les mutations du système politico-institutionnel européen et envisage leur impact sur la Commission elle-même comme sur la méthode communautaire en général.

(MT)

*** STEVE JACOB, FRÉDÉRIC VARONE, JEAN-LOUIS GENARD (sous la dir. de): L'évaluation des politiques au niveau régional. Presses Interuniversitaires Européennes - Peter Lang (1 av. Maurice, B-1050 Bruxelles. Courriel: info@peterlang.com - Internet: http://www.peterlang.com ). Collection "Action publique", n° 1. 2007, 218 p., 24,90 €. ISBN 978-90-5201-324-4.

Les contributions de cet ouvrage sont issues d'un colloque scientifique organisé dans le cadre du programme Prospective Research for Brussels financé par la Région de Bruxelles-Capitale. L'évaluation des politiques publiques constitue un phénomène à la mode, "une sorte de leitmotiv de l'action publique qui se veut modernisée", comme l'expliquent Jean-Louis Genard et Steve Jacob. Toutefois, si elle a le vent en poupe, elle soulève aussi bien des questions quant à son application effective. Faut-il, par exemple, évaluer la politique concernée dans son ensemble ou, plutôt, chacun de ses éléments ? Et qui devrait le faire, en interne ou en externe ? Pour répondre à ces questions, le livre rassemble des études de cas d'entités différentes - Flandre, Communauté française de Belgique, Québec… - qui permettent de comparer des expériences et de dégager les principes d'une évaluation réussie. Ainsi, la première contribution porte sur l'évaluation des politiques régionales de et par l'Union européenne, pionnière à certains égards de la méthode sur le continent. L'ouvrage inclut aussi d'autres types de contributions: ainsi, si le chapitre sur l'évaluation de la politique du logement à Bruxelles tient plus de l'évaluation - intéressante, au demeurant - de cette politique que d'une étude sur le processus d'évaluation lui-même, d'autres sont de nature plus synthétique et théorique et présentent, par exemple, le rôle de l'évaluation dans la gouvernance territoriale telle qu'elle se renforce ces derniers temps ou encore les éléments nécessaires au développement des capacités d'évaluation.

(FRo)

*** L'Europe en formation. Les cahiers du fédéralisme. Centre international de formation européenne (10 av. des Fleurs, F-06000 Nice. Tél.: (33-4) 93979397 - fax: 93979398 - Courriel: europe.formation@cife.org - Internet: http: //http://www.cife.org ). 2007, n° 1, 98 p., 11 €. Abonnement: 30 €.

Ce numéro de la revue fédéraliste fondée par Alexandre Marc revient, sous la plume de Jean-Pierre Gouzy, sur la genèse des Traités de Rome, tandis que Jean-Jacques Rey, président du Panel monétaire de la Ligue européenne de coopération économique et ancien directeur de la Banque nationale de Belgique, offre une réflexion sur le possible avènement, moins extravagant qu'il n'y paraît de prime abord même si ce n'est pas pour demain, d'une "monnaie mondiale".

(MT)

*** ShiftMag. Europe talks to Brussels. Ascii Communication (270 av. de Tervueren, B-1150 Bruxelles. Tél.: (32-2) 2355644 - fax: 2355699 - Courriel: communication@ascii.be - Internet: http://www.ascii.be ). 2007, n° 1, 24 p..

Une entreprise de communication active dans le domaine européen vient de lancer cette publication trimestrielle (le premier numéro est consacré au nationalisme et aux identités en Europe) afin de nouer le dialogue avec les citoyens, invités aussi à la découvrir et à contribuer à son contenu sur http://www.shiftmag.eu.

(MT)

*** ERRATUM: Dans les versions anglaise et italienne de la Bibliothèque européenne n° 9474/743 du 24 juillet dernier, c'est par erreur que le nom du chef du parti conservateur britannique, David Cameron, s'est glissé dans la recension de l'ouvrage An Introduction to European Foreign Policy. Dont acte, même si les lecteurs auront sans nul doute rectifié d'eux-mêmes puisque le nom de l'auteur véritable, Fraser Cameron, y est correctement cité à trois reprises…

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