Aspects positifs des deux événements de l'été. Oublions les titres à sensation, les exagérations et l'alarmisme spectaculaires: en fait, les deux événements économiques qui ont agité le mois d'août européen ont quelque chose de positif. Je me réfère à l'alerte relative à certains produits fabriqués en Chine, d'une part, et aux remous sur les marchés financiers et dans les bourses, d'autre part. Ils ont eu l'un et l'autre le grand mérite d'alerter la classe politique et les opinions publiques sur la réalité de deux concepts qui, positifs en principe, deviennent dangereux et parfois de véritables fléaux s'ils se transforment en vérités absolues et intouchables, à savoir: a) la libre circulation des capitaux et la création d'un marché financier mondial sans contrôles ou peu contrôlé, qui déséquilibre l'économie au point que les manipulations financières priment sur la production des biens ; b) la liberté du commerce considérée comme une valeur absolue en elle-même, en négligeant les conditions et les règles auxquelles elle doit être soumise.
Une réaction compréhensible. Je formule aujourd'hui quelques considérations sur le second dossier. Cette rubrique s'en est souvent occupée, et les dernières évolutions confirment avec éclat les remarques que les quelques lecteurs fidèles connaissent. Il était inévitable que l'expansion illimitée du recours à la main-d'œuvre chinoise et à son savoir-faire de la part de firmes occidentales obsédées par la réduction des coûts et par la maximalisation des profits, aurait provoqué un jour ou l'autre les désagréments rencontrés par la firme américaine Mattel pour ses poupées «Barbie» et pour d'autres jouets mondialement connus. La santé des enfants étant en jeu (des vernis au plomb !), l'émotion des opinions publiques est compréhensible. Presque dans les mêmes jours, il a été question d'habits toxiques. Des dangers encore plus graves avaient été dénoncés auparavant à propos d'un autre aspect du commerce avec la Chine, celui des faux produits (médicaments, dentifrices, pièces de rechange pour avions, etc.) qui donnaient au piratage un caractère dangereux, voire même criminel. L'affaire Mattel a contribué à créer chez les consommateurs occidentaux une réaction de rejet à l'égard du «Made in China » en général, même au-delà de ce qui serait raisonnable et justifié. Mais comment ne pas comprendre cette réaction émotionnelle, en Europe comme aux Etats-Unis ?
Il faut reconnaître que depuis quelque temps les autorités de Pékin agissent enfin avec vigueur contre ces fléaux et coopèrent avec les autorités communautaires (voir cette rubrique dans notre bulletin N. 9475, de la fin juillet) ; mais elles rencontrent des difficultés pour maîtriser la situation dans l'ensemble de leur immense pays, même si les méthodes utilisées sont parfois, pour ainsi dire, vigoureuses (un haut fonctionnaire corrompu dans l'affaire des faux médicaments a été fusillé, un responsable de l'utilisation des vernis au plomb pour les poupées s'est suicidé). Les autorités chinoises commencent peut-être à comprendre que les amis véritables de leur pays et de son admirable civilisation plurimillénaire sont ceux qui, depuis le début, dénoncent ouvertement les abus et la piraterie, et certes pas les trafiquants sans scrupules et les importateurs des faux produits qui ont accumulé des bénéfices parfois ahurissants, ni ceux qui font valoir le principe sacré de la liberté des échanges pour réclamer la tolérance et entraver les contrôles et la rigueur. Peter Mandelson a eu raison de souligner que ce qui arrive n'a rien à voir avec le protectionnisme, que ce n'est pas une question commerciale, mais de santé des Européens et en particulier des enfants.
Et maintenant, attention aux échanges agricoles. L'étape suivante pour un commerce mondial loyal et transparent concerne les échanges agricoles, où la Chine n'est pas seule impliquée loin de là. Les efforts de l'UE pour définir et appliquer à sa production agricole des normes rigoureuses sont inutiles si ces normes ne sont pas appliquées telles quelles aussi aux produits importés. Les règles sur la qualité et la sécurité des produits, la santé des consommateurs, la sauvegarde de la nature et le respect des animaux doivent être les mêmes pour les produits en provenance d'autres Continents. En ce domaine, la concurrence sur les prix et les coûts ne peut pas représenter le critère unique. Chaque pays ou groupe de pays a droit à un degré raisonnable d'autonomie alimentaire et d'occupation équilibrée de son territoire. Tout indique par ailleurs que le monde va avoir besoin d'une activité agricole généralisée pour faire face aux besoins alimentaires futurs de l'humanité. Ces aspects doivent être pris en considération dans la phase finale du Doha round et, pour ce qui concerne l'UE en particulier, dans les prochaines discussions sur l'avenir de la politique agricole commune (PAC). La sécurité et la qualité des produits ainsi que la sécurité des consommateurs doivent de toute manière être garanties.
(F.R.)