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Bulletin Quotidien Europe N° 9377
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« convergence ou divergence de la zone euro ? », s'interrogent parlementaires nationaux et européens

Bruxelles, 01/03/2007 (Agence Europe) - Près d'une centaine de représentants de parlements nationaux ont participé mercredi et jeudi avec les membres de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen à deux journées d'échanges sur la convergence au sein de la zone euro, sa gouvernance et son rôle à l'échelle mondiale. Alimentés par les contributions écrites d'une vingtaine de parlements nationaux et animés par des experts de premier plan, les débats auront posé plus de bonnes questions qu'apporté de réponses, a souligné à la fin des travaux Pervenche Berès (PSE, Française), Présidente de la commission du PE.

Pour les grands pays de la zone euro il existe bien une convergence en termes de PIB par habitant, mais vers le bas, a d'emblée argumenté Jean-Paul Fitoussi, professeur à l'Institut d'études politiques de Paris, qui estime que « nous payons les coûts de la non Europe politique ». Comme lui, Philippe Aghion, qui enseigne à Harvard, a plaidé pour des politiques budgétaires et monétaires contra cycliques et plus de flexibilité en termes d'inflation. La définition des objectifs d'inflation pourrait ainsi relever des politiques et pas uniquement de la BCE, ont estimé les deux économistes français. S'interrogeant aussi sur le mandat de la Banque centrale européenne (BCE), Joseph Stiglitz, professeur d'économie à Columbia University, a jugé que l'Europe avait payé au prix fort une concentration excessive sur ce seul objectif d'inflation. A la différence de la Federal Reserve, qui s'intéresse aussi à la croissance et à l'emploi, ce « ciblage mécanique sur l'inflation est une règle simpliste, qui ne fonctionne pas bien », a dit le prix Nobel d'économie 2001. L'inflation n'est pas un objectif en soi, c'est un moyen pour un objectif plus vaste, comme l'amélioration du niveau de vie. Or, tant que l'inflation se situe en dessous de 8 à 12%, elle n'a quasiment aucune influence sur la croissance, a poursuivi avec franc-parler M. Stiglitz, qui fut conseiller de l'ancien Président américain Bill Clinton entre 1993 et 1997. Egalement dans sa ligne de mire, le Pacte de stabilité et de croissance (PSC) qui se penche sur le déficit budgétaire, alors que cette variable n'est pas intéressante au plan économique. « Ce qui compte ce n'est pas qu'on emprunte, mais ce que l'on fait avec l'argent », car « si on investit, on peut devenir une société riche », a-t-il jugé. Revenant lui aussi sur un élément qui fut évoqué lors du débat sur la réforme du PSC, M. Fitoussi a estimé qu'un moyen de coordonner les politiques budgétaires serait de faire en sorte que le Conseil européen définisse chaque année des projets pour lesquels les investissements ne seraient pas comptabilisés dans les déficits publics. Et de plaider pour une Communauté européenne de l'environnement, de l'énergie et de la recherche (European community for environment, energy and research - ECEER) sur le mode de la CECA.

Faute de budget fédéral pour se prémunir des chocs asymétriques, il a bien fallu se protéger du risque que ferait courir le laxisme budgétaire d'un Etat membre à l'ensemble de la zone, a rétorqué le Président de la BCE. Le PSC est à cet égard un « élément clé », mais c'est au niveau national que les réformes structurelles doivent contribuer à la croissance et aux créations d'emplois, a souligné Jean-Claude Trichet, qui insiste particulièrement sur l'achèvement du marché unique des services et sur la levée des barrières à la mobilité du travail et des capitaux. Insistant avec pragmatisme sur le consensus politique qui règne entre les ministres et la Commission sur l'application du PSC révisé, Joaquín Almunia a lui aussi défendu le bilan de l'euro (baisse de l'inflation, taux d'intérêt bas et création d'emplois). La monnaie unique fait l'objet de « critiques injustes », qui ne sont « pas fondées sur les chiffres », a ainsi regretté le Commissaire aux affaires économiques et monétaires, qui juge aussi: « Il faut un Eurogroupe avec un rôle plus actif et plus pertinent qu'à l'origine ».

« La mondialisation économique va plus rapidement que la mondialisation politique » de sorte qu'aucune organisation internationale, qu'il s'agisse du G8, duquel la Chine est absente, ou des institutions de Bretton Woods, ne peut résoudre les déséquilibres mondiaux, a également observé M. Stiglitz. Le FMI ou la Banque mondiale, dont il fut d'ailleurs économiste en chef pendant plus de deux ans et qu'il quitta avec fracas en en critiquant le rôle auprès des pays pauvres, souffrent d'un manque de légitimité et donc d'efficacité selon lui. Abondant dans ce sens, Ngaire Woods, professeur de politique et relations internationales à l'Université d'Oxford, a aussi remis en cause le mode de répartition du pouvoir au FMI, plaidant pour une responsabilité ('accountability') et un contrôle accru de ces institutions, qui manquent de transparence. Et de proposer un système de double majorité lors des votes importants, afin de réunir à la fois une majorité des quotes-parts et une majorité de pays. Le représentant de la France au FMI et à la Banque mondiale, Pierre Duquesne, a rappelé qu'une représentation unique de la zone euro se heurtait à de nombreuses difficultés pratiques et à l'absence de volonté politique. Bien que perfectible, une certaine coordination des Etats membres de l'UE existe néanmoins déjà, avec l'existence d'un sous-comité du Comité économique et financier chargé du FMI à Bruxelles et des réunions hebdomadaires des représentants européens au FMI à Washington, a-t-il insisté. Les pays européens n'ont toutefois pas toujours une vision homogène, a rappelé M. Duquesne, qui reconnaît par ailleurs une sous-représentation des pays d'Afrique subsaharienne. (ab)

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