Bruxelles, 29/01/2007 (Agence Europe) - La Commission européenne a adopté, lundi 29 janvier, un rapport soulignant que les mesures actuellement en vigueur « sont trop mal appliquées pour assurer la protection des stocks » des espèces d'eau profonde (grenadier de roche, sabre noir, lingue bleue, empereur…). Ce rapport analyse les mesures en place depuis 2002, date à laquelle les quotas ont été introduits pour ces espèces, mais ne tient pas compte des décisions du Conseil de novembre 2006 sur les niveaux de captures pour les années 2007 à 2008.
La Commission souligne, dans son rapport, que de nombreux stocks d'eau profonde ont une si faible productivité que « les niveaux d'exploitation sont probablement trop bas » pour permettre une activité de pêche « économiquement viable ». En outre, le rythme de reconstitution des stocks est si lent (ces espèces grandissent doucement et vivent longtemps) « que toute réduction de leur exploitation doit être considérée comme une mesure permanente » et non comme un moyen d'augmenter les prises à plus long terme.
Les données recueillies ont permis à la Commission de constater que les captures de ces espèces débarquées dans les ports, ont été, le plus souvent, très inférieures aux totaux admissibles de captures (TAC), « ce qui semble indiquer que ces derniers ne sont pas encore suffisamment restrictifs ». Un tableau montre en effet que les quotas en 2005 n'ont pas du tout été utilisés entièrement (utilisation de 13 à 61% pour les requins d'eaux profondes, de 10 à 98% pour le sabre, de 13 à 75% pour le brosme, de 8 à 79% pour le grenadier, de 23 à 76% pour l'empereur, ou encore de 5 à 98% pour la lingue bleue). En dépit des insuffisances, « il est probable que les TAC ont permis de réduire quelque peu la mortalité par pêche de certaines des principales espèces ciblées. Pour la gestion à long terme des stocks d'eau profonde, il est cependant manifeste que les TAC doivent être complétés par d'autres mesures, et en particulier des restrictions de l'effort de pêche », lit-on dans le rapport.
L'UE a mis en place progressivement des mesures de gestion de l'effort de pêche (permis de pêche, plafonnement des capacités de pêche, réduction de 10% en 2005, puis d'autant en 2006, de l'effort de pêche). La Commission a évalué notamment si les décisions en matière d'effort de pêche ont permis à l'UE de respecter l'avis de la Commission des pêches de l'Atlantique Nord Est (CPANE), à savoir diminuer l'effort de pêche de 30 %. L'Allemagne, le Danemark, l'Espagne, la France, l'Irlande, les Pays-Bas, le Portugal, la Suède et le Royaume-Uni ont fourni les données qui montrent que l'effort de pêche en 2005 représentait au plus 65 % de l'effort déployé en 2000, « ce qui permet de penser que la Communauté s'est bel et bien conformée à la recommandation de la CPANE », note la Commission.
Le rapport souligne aussi qu'à de rares exceptions près, les navires qui exploitent les espèces d'eau profonde capturent des espèces mélangées, même si elles n'en ciblent vraiment qu'une ou deux. Il arrive en particulier que certaines espèces d'eau profonde, comme la lingue et le brosme, figurent parmi les prises accessoires des pêcheries démersales des hauts-fonds.
La Commission stigmatise aussi le manque de sérieux des Etats membres dans la mise en œuvre des mesures de protection de l'empereur (zone interdite à la pêche, située à l'ouest du Royaume-Uni et de l'Irlande). Les alarmes dont disposent les centres de surveillance des activités de la pêche « ne sont généralement pas réglées pour déclencher automatiquement une alerte lorsqu'un navire pêche ou croise dans les zones de protection de l'empereur », a constaté la Commission. (lc)