Bruxelles, 29/01/2007 (Agence Europe) - Réunis samedi à Davos en marge du Forum économique mondial (24-28 janvier), les ministres du Commerce de 26 pays membres de l'OMC ont convenu de reprendre les pourparlers sur la libéralisation des échanges dans le cadre du round de Doha, formellement suspendues depuis juillet 2006, sans pour autant fixer un calendrier.
Depuis l'ouverture du Forum, jeudi, plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement présents en Suisse s'étaient relayés dans des appels à la reprise du round, préparant ainsi leurs ministres à de claires incitations à revenir formellement à la table des négociations. La chancelière allemande et présidente du Conseil européen, Angela Merkel, avait appelé les négociateurs à « faire preuve de souplesse » ; pour sa part, lors d'un débat consacré à l'Afrique, son homologue britannique Tony Blair avertissait de « l'effet démoralisateur » et des « conséquences désastreuses » pour l'Afrique subsaharienne d'un échec du round ; le président brésilien Lula da Silva réclamait quant à lui un « signal pour les pays les plus démunis ».
L'unanimité au plus haut niveau politique a donc été suivie samedi d'un accord, au niveau des ministres du Commerce, pour une reprise des négociations formelles (les discussions au plan technique à Genève ont repris depuis la mi-novembre, EUROPE n° 9308). A l'issue de la réunion, le directeur général de l'OMC, Pascal Lamy, a réaffirmé que la relance du round nécessitera de nouvelles propositions de la part de toutes les parties. « Cette négociation ne se conclura pas sur les bases qui ont fait capoter le processus en juillet dernier. Il faudra une nouvelle offre américaine sur les subventions à l'agriculture, une nouvelle offre de l'Union sur les tarifs agricoles et une nouvelle offre indo-brésilienne sur les produits industriels et les services », a-t-il résumé.
Samedi, aucun nouveau chiffre et aucun calendrier n'ont été mis sur la table. Côté européen, le Commissaire au Commerce Peter Mandelson s'est borné à répéter que, « si les conditions sont réunies, l'Union est prête à jouer son rôle sur le volet agricole ». Autrement dit, le négociateur en chef européen à l'OMC pourrait proposer, au risque de s'attirer les foudres françaises, une offre agricole améliorée en termes d'accès au marché. « Nous avons dit que nous sommes prêts à ajouter plus de 10 points de pourcentage » à l'offre de réduction moyenne des droits de douane agricoles de 39% mise sur la table en octobre 2005 « et nous rapprocher ainsi des exigences du G-20 » (les pays émergents demandent une baisse moyenne de 54%), a réaffirmé M. Mandelson devant ses partenaires. La représentante américaine au Commerce, Susan Schwab, a quant à elle assuré que les Etats-Unis étaient prêts à « faire davantage » pour réduire leurs soutiens internes. Mme Schwab a également assuré que son gouvernement allait demander au Congrès une prolongation du mandat de négociation américain, le Trade Promotion Authority (TPA), qui expire en juin prochain, avertissant néanmoins qu'elle dépendra de la nature des éléments sur la table. Washington attend non seulement des gestes de ses partenaires européens et émergents en matière d'accès au marché agricole (les discussions avec l'Union achoppent en particulier sur les produits sensibles, produits laitiers et viande notamment), mais également des concessions de la part des pays émergents sur la libéralisation du commerce des produits industriels (NAMA) et des services. Le ministre brésilien et chef de file du G-20, Celso Amorim, a indiqué que Brasilia était prête à se montrer flexible si les Etats-Unis et l'Union prouvent leur volonté de réforme du commerce agricole. « L'impression que j'ai, c'est qu'ils ont une marge de manœuvre », a-t-il déclaré en faisant référence aux subventions américaines. « Je perçois une disposition favorable, mais reste encore à voir s'ils iront aussi loin que nous le souhaitons. Il faudra une percée d'ici la fin mars ou début avril. De quelle ampleur, c'est difficile à dire », a-t-il ajouté, précisant que des chiffres définitifs pourraient faire l'objet d'un accord de principe avant fin juin. Pour le ministre australien Warren Truss, leader du groupe de Cairns, « Américains et Européens doivent faire plus ». Un effort également demandé par l'Indonésienne Mari Pangestu, chef de file des pays exportateurs de produits spéciaux du G-33. « La percée majeure doit provenir d'un compromis entre Européens et Américains. C'est ce qui est nécessaire pour débloquer le reste des négociations », a-t-elle insisté.
S'ils se sont de nouveau cantonnés à des déclarations de bonnes intentions et des appels lancés à l'adresse de Washington et Bruxelles, les ministres du Commerce présents à Davos ont toutefois convenu d'adopter une nouvelle stratégie de négociation en abordant de front tous les volets du round, aussi bien l'agriculture et les produits industriels que les services, la facilitation du commerce, les règles et les indications géographiques, de nouveau chèrement défendues à Davos par M. Mandelson. Cette nouvelle stratégie laisse présager une percée possible dans les prochains mois. L'objectif d'une reprise des négociations formelles serait de dégager, avant Pâques, les bases d'un accord de principe - avec des perspectives claires sur les contreparties que les Américains pourraient obtenir sur les autres volets de négociation en échange d'une réduction de leurs soutiens internes - que le président américain George W. Bush pourrait présenter au Congrès pour obtenir un prolongement du TPA. « Une prolongation d'un an suffira pour conclure le round si un accord de principe est trouvé dans les prochains mois », a estimé M. Lamy, qui pourrait demander le feu vert du Conseil général de l'OMC lors de sa réunion du 8 février prochain pour une reprise des négociations formelles. (eh)